Le Maroc est devenu l’un des marchés numériques les plus dynamiques d’Afrique. Smartphones omniprésents, accès mobile généralisé, jeunesse ultra-connectée… le terrain était idéal pour que les réseaux sociaux s’y enracinent profondément. Mais quand on gratte un peu sous la surface, on réalise que le paysage marocain ne ressemble pas tout à fait à celui de la France ou des États-Unis. Certaines plateformes qu’on attendrait en tête de liste peinent à décoller, tandis que d’autres affichent des chiffres qui surprennent. Alors, qui domine vraiment ?
La domination incontestée du trio Meta
Si vous demandez à un Marocain quelles applis il utilise chaque jour, il y a de fortes chances qu’il vous cite WhatsApp en premier. Et les chiffres lui donnent raison : selon le baromètre 2025 de Sunergia, 75 % des Marocains utilisent WhatsApp, avec un taux de connexion quotidienne qui atteint 95 %. C’est colossal. L’application est devenue le canal de communication universel — famille, amis, collègues, groupes d’école, communautés de quartier — tout transite par WhatsApp.
Juste derrière, Facebook conserve une place d’honneur que beaucoup, en Europe, lui croient perdue. Le rapport Digital 2026 Morocco publié fin 2025 révèle que Facebook touche 22,8 millions d’utilisateurs, soit 64 % des internautes marocains. La plateforme reste particulièrement ancrée chez les adultes : 84,5 % des plus de 18 ans y sont actifs. Pour les marques, c’est un passage obligé.
Instagram, troisième pilier de l’empire Meta, s’impose comme la plateforme de référence pour la création de contenu et l’influence. Avec 15,1 millions d’utilisateurs et une croissance de +20,8 % en un an, elle séduit surtout les femmes (51 % de ses utilisateurs) et les jeunes de 18-24 ans. Les créateurs de contenu marocains, les marques de mode, de beauté ou de lifestyle y ont trouvé leur terrain de jeu naturel.
YouTube et TikTok, les challengers qui changent la donne
YouTube s’impose comme la plateforme du quotidien
Longtemps sous-estimé dans les classements, YouTube fait désormais une entrée fracassante dans le baromètre 2025 de Sunergia, se positionnant directement à la quatrième place nationale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 21,6 millions d’utilisateurs, une audience adulte presque équilibrée entre femmes (48 %) et hommes (52 %), et une croissance régulière de 2,4 % sur l’année. Ce qui distingue YouTube, c’est sa capacité à toucher toutes les tranches d’âge — des adolescents fans de gaming aux adultes qui cherchent des tutoriels, des séries marocaines ou des documentaires en darija.
TikTok, la croissance qui impressionne
C’est sans doute la grande histoire de ces deux dernières années. TikTok a dépassé Instagram au Maroc en nombre d’utilisateurs adultes, avec 16,7 millions d’utilisateurs et une croissance annuelle de +19,1 %. La plateforme touche désormais 62,3 % des adultes marocains connectés, un chiffre qui aurait semblé utopique il y a cinq ans.
TikTok a su toucher une corde sensible dans la culture marocaine : le format court, le contenu en darija, les danses, les sketchs humoristiques, les recettes de cuisine traditionnelle filmées en plan rapproché… La plateforme a permis à toute une génération de créateurs marocains d’émerger sans avoir besoin d’un studio ni d’un budget. Des tiktokers comme @marocmemes ou des comptes culinaires anonymes atteignent régulièrement des millions de vues sur des sujets 100 % locaux.
Les plateformes de niche et leur audience spécifique
Toutes les plateformes ne jouent pas dans la même cour. Certaines touchent des profils très ciblés, et c’est précisément là que réside leur valeur.
Voici un aperçu des réseaux secondaires et de leur audience au Maroc en 2025 :
- Telegram — utilisé par 8 % des Marocains, principalement des actifs de 25-34 ans et des profils CSP A/B. La plateforme est prisée pour ses canaux d’information et ses groupes communautaires sécurisés.
- LinkedIn — 6,9 millions de membres, soit 19,4 % des internautes marocains. Son poids dans le monde professionnel en fait un outil incontournable pour le recrutement, la visibilité des cadres et le B2B.
- Snapchat — en recul, avec 8 % d’utilisateurs dont beaucoup chez les 18-24 ans, mais une utilisation quotidienne en baisse (48 %, soit -5 points sur un an).
- X (anciennement Twitter) — 5 % d’utilisateurs au Maroc, un chiffre qui stagne malgré les changements opérés sous Elon Musk. Le réseau reste un espace de débat pour une frange éduquée et politisée, mais ne percole pas massivement.
- Pinterest — 4 % d’utilisateurs, audience féminine et créative, avec une intention d’achat notable chez les 18-24 ans.
Pourquoi les usages marocains sont si particuliers
La langue, un facteur structurant
Ce qui frappe quand on analyse les contenus qui cartonnent au Maroc, c’est la place du darija — l’arabe dialectal marocain. Les plateformes qui permettent une expression en darija, comme TikTok ou WhatsApp, bénéficient d’une adoption bien plus forte que celles qui restent ancrées dans le français ou l’anglais. C’est l’une des raisons pour lesquelles Twitter, qui a longtemps fonctionné en anglais, peine à s’imposer malgré sa visibilité internationale.
Le mobile comme porte d’entrée unique
Au Maroc, la très grande majorité des internautes accèdent au web via leur smartphone. Cette réalité favorise des plateformes pensées mobile-first — TikTok en tête, mais aussi Instagram et WhatsApp. Le PC reste présent, mais c’est le téléphone qui dicte les usages. Résultat : les formats courts, visuels et verticaux ont un avantage structurel sur les formats longs ou horizontaux.
Une fracture numérique encore réelle
Malgré les progrès, 19 % des Marocains restent hors ligne en 2025. Ce sont majoritairement les seniors de 55 ans et plus (35 à 47 % selon les tranches d’âge), les habitants des zones rurales (29 %) et les personnes sans éducation formelle. C’est un rappel utile : quand on parle de “Marocains sur les réseaux sociaux”, on parle d’une population urbaine, jeune et relativement éduquée, pas encore de la totalité du pays.
Ce que ça change pour les marques et les créateurs
Pour une marque qui veut se lancer au Maroc, la question n’est plus “faut-il être sur les réseaux sociaux ?” mais “sur lesquels, et comment ?”. La réponse dépend du profil cible. Une marque de grande consommation visant les ménages populaires misera sur Facebook et WhatsApp. Une marque lifestyle premium s’orientera vers Instagram. Un acteur du recrutement ou du B2B privilégiera LinkedIn. Et pour toucher la Gen Z, TikTok est aujourd’hui incontournable.
Le marketing d’influence s’est structuré à toute vitesse autour de ces plateformes. Les micro-influenceurs marocains, souvent plus accessibles et plus authentiques aux yeux de leur communauté que les célébrités, sont devenus de vrais leviers de visibilité. Et avec l’intégration progressive de Meta AI dans WhatsApp et Instagram, de nouvelles façons d’interagir avec les audiences sont en train d’émerger.
FAQ — Les réseaux sociaux au Maroc
Quel est le réseau social le plus utilisé au Maroc en 2025 ?
WhatsApp reste l’application la plus utilisée quotidiennement avec 75 % d’utilisateurs nationaux et un taux de connexion quotidienne de 95 %. En termes de nombre brut d’utilisateurs publics, Facebook dépasse les 22 millions de comptes.
TikTok a-t-il vraiment dépassé Instagram au Maroc ?
Oui, selon les données de fin 2025, TikTok compte 16,7 millions d’utilisateurs adultes contre 15,1 millions pour Instagram. C’est une inversion récente et significative, portée par la forte croissance des contenus en darija.
LinkedIn est-il utile au Maroc pour les professionnels ?
Absolument. Avec 6,9 millions de membres et une portée de 25,7 % chez les adultes, LinkedIn est devenu un outil essentiel pour le recrutement, le personal branding et le développement commercial B2B dans les grandes villes marocaines.
Pourquoi Twitter (X) ne décolle-t-il pas au Maroc ?
Plusieurs facteurs expliquent ce plafond : la prédominance du darija (langue peu supportée), une interface moins intuitive pour les profils peu habitués au réseau, et une concurrence féroce de plateformes visuelles plus accessibles comme TikTok ou Instagram.