Le temps où les Marocains fouillaient leurs poches pour trouver de la monnaie semble appartenir à une autre époque. En quelques années à peine, une technologie discrète a transformé le quotidien des achats dans tout le royaume : le paiement sans contact, ou contactless, propulsé par la technologie NFC (Near Field Communication). Ce n’est plus une tendance émergente, ni un gadget réservé aux technophiles casablancais. En 2026, c’est une réalité mesurable, documentée, et ancrée dans les habitudes de millions de Marocains. Mais jusqu’où l’adoption est-elle vraiment allée ? Et quels freins subsistent encore ?
- Une montée en puissance qui ne laisse plus de place au doute
- Comment la technologie NFC s’est installée dans le quotidien
- Les facteurs qui ont accéléré l’adoption
- Ce qui freine encore l’adoption totale
- Ce que 2026 change concrètement
- Ce que cela signifie pour vous, consommateur ou commerçant
- FAQ — Paiement sans contact au Maroc
Une montée en puissance qui ne laisse plus de place au doute
Les chiffres parlent mieux que n’importe quel discours. Selon les données de Bank Al Maghrib, le paiement sans contact représentait 74 % des paiements sur terminal électronique en décembre 2024, contre seulement 57 % un an auparavant. En volume, cela se traduit par un bond spectaculaire : ce mode de paiement est passé de 75,4 à 112,8 millions d’opérations en l’espace d’une seule année.
Ce n’est pas un accident. C’est l’aboutissement d’une transformation qui a commencé timidement, accéléré brutalement pendant la pandémie de Covid-19, et continue depuis sur sa lancée. En 2023, les paiements sans contact représentaient déjà 53,3 % des transactions, et plus de 16 millions de cartes sur 20 millions émises étaient des cartes contactless, soit plus de 80 % du total.
Ce que ces chiffres racontent, c’est une adoption de masse qui dépasse le simple engouement. Les Marocains n’utilisent plus le sans contact parce que c’est nouveau. Ils l’utilisent parce que c’est devenu le moyen le plus naturel de payer.
Comment la technologie NFC s’est installée dans le quotidien
Du supermarché à la pharmacie de quartier
L’adoption du NFC ne s’est pas faite de façon uniforme. Elle a suivi les usages réels. Les secteurs les plus précoces ont été la grande distribution, les pharmacies et les boucheries — des commerces où les paiements sont fréquents, les montants relativement faibles, et la rapidité d’exécution essentielle.
Imaginez une pharmacie à Marrakech un samedi matin, file d’attente longue, caissière débordée. Approcher sa carte ou son téléphone pendant une fraction de seconde, sans PIN, sans signature, sans attendre l’impression du ticket — c’est exactement le type d’expérience qui crée une habitude durable. Et c’est précisément là que le sans contact a d’abord convaincu les sceptiques.
Progressivement, cette adoption s’est étendue aux restaurants, aux stations-service, aux boutiques de vêtements et aux grandes enseignes. Selon Rachid Saihi, Directeur général du Centre monétique interbancaire (CMI), les Marocains déboursent en moyenne 1 830 dirhams par carte mensuellement, dont une part croissante réglée sans contact.
L’arrivée d’Apple Pay et des wallets mobiles
Un autre marqueur fort de maturité du marché : l’arrivée des grandes solutions de paiement mobile international. Mastercard a introduit Apple Pay au Maroc, avec CIH Bank et Crédit Agricole comme premiers partenaires, permettant aux détenteurs d’iPhone et d’Apple Watch de régler leurs achats par simple rapprochement de leur appareil d’un terminal.
En parallèle, MarocPay s’est imposé comme la solution locale incontournable, avec environ 8 millions d’utilisateurs actifs — un chiffre qui illustre l’appétit des consommateurs marocains pour les solutions de paiement digital natives.
Le CMI a également assuré l’acceptation de services internationaux comme Google Pay et Samsung Pay sur son réseau de commerçants, renforçant l’attrait du Maroc comme destination où les touristes étrangers peuvent payer facilement avec leurs habitudes.
Les facteurs qui ont accéléré l’adoption
Plusieurs éléments ont convergé pour rendre l’explosion du sans contact inévitable au Maroc. En voici les principaux :
- La pandémie de Covid-19, qui a transformé le sans contact en geste barrière recommandé par l’OMS, créant une rupture comportementale durable dans les habitudes d’achat.
- L’augmentation du plafond de transaction, passé de 400 à 600 dirhams sans saisie de code PIN, rendant la technologie pertinente pour un plus grand nombre d’achats quotidiens.
- La généralisation des smartphones NFC, qui a démocratisé le paiement via mobile bien au-delà des clients bancaires traditionnels.
- L’amélioration du réseau de TPE, avec un maillage de plus en plus dense permettant d’utiliser le contactless dans des zones auparavant exclues.
- MarocPay et l’inclusion financière, qui ont permis à des millions de Marocains sans compte bancaire classique d’accéder à des formes de paiement digital.
- La confiance croissante dans la sécurité, grâce à l’authentification biométrique (Face ID, empreinte digitale) et aux codes dynamiques à usage unique.
Ce qui freine encore l’adoption totale
Le cash reste roi dans certains segments
Malgré des progrès remarquables, le Maroc n’est pas encore une société sans cash. Environ 66 % des e-acheteurs préfèrent encore le paiement à la livraison, un indicateur symptomatique d’une méfiance persistante envers les transactions entièrement dématérialisées, particulièrement en ligne.
Cette résistance au changement est avant tout culturelle. Dans les souks, les marchés de proximité, le commerce informel qui représente une part significative de l’économie marocaine, le billet de banque reste la norme. Non par ignorance, mais par habitude profondément ancrée et par un écosystème d’acceptation encore insuffisant.
Le problème de l’acceptation chez les commerçants
C’est sans doute le frein le plus structurel. Le Maroc compte des millions de cartes actives, mais encore trop peu de lieux où les utiliser. La bataille du digital se joue désormais dans l’acceptation, pas dans l’émission.
Un commerçant qui n’a pas de TPE ne peut pas recevoir de paiement sans contact, quelle que soit la volonté du client. C’est un cercle vicieux classique : peu de terminaux = peu d’usage = peu d’investissement dans les terminaux. Des initiatives comme le Tap-to-Phone — qui transforme un simple smartphone NFC en terminal de paiement logiciel — permettent d’abaisser la barrière d’entrée pour les plus petits commerçants, et représentent l’une des pistes les plus prometteuses pour 2026.
Ce que 2026 change concrètement
Un ratio qui continue de progresser
Le ratio de paiement des porteurs marocains au Maroc a progressé de 28,9 % en 2023 à 32,4 % en 2024, signifiant que les cartes sont de plus en plus utilisées pour régler des achats plutôt que pour retirer des espèces. Cette tendance de fond se prolonge en 2026, avec des projections qui indiquent une part du sans contact dans les TPE pouvant dépasser les 80 % dans les zones urbaines.
L’IA et la tokenisation en renfort
La sécurité et la fluidité du paiement bénéficient en 2026 de nouvelles couches technologiques. L’empilement entre intelligence artificielle, tokenisation et authentification adaptative permet de faire baisser le taux de fraude tout en simplifiant l’expérience pour le consommateur. Moins d’OTP, moins de friction, plus de confiance.
Pour les enseignes qui souhaitent attirer les touristes — dans le contexte des grands événements sportifs prévus au Maroc — l’interopérabilité avec les wallets internationaux est devenue un argument commercial concret, et non plus un simple argument technologique.
Ce que cela signifie pour vous, consommateur ou commerçant
Si vous êtes consommateur marocain, vous avez probablement déjà effectué un paiement sans contact sans même y avoir réfléchi. La prochaine étape naturelle est de migrer vers le paiement via smartphone, plus pratique encore, surtout avec des solutions comme MarocPay ou Apple Pay désormais bien intégrées dans l’écosystème local.
Si vous êtes commerçant, la question n’est plus de savoir si vous devez accepter le sans contact, mais comment ne pas perdre de clients en ne l’acceptant pas encore. Le TPE moderne, ou mieux encore le Tap-to-Phone, est aujourd’hui accessible à des coûts raisonnables et ouvre votre commerce à une clientèle plus large, locale comme touristique.
Le Maroc est dans une phase de transition irréversible. Les habitudes ont changé, les infrastructures progressent, et l’écosystème réglementaire soutient cette évolution. Le paiement sans contact n’est plus une option à explorer — c’est le standard en train de s’imposer.
FAQ — Paiement sans contact au Maroc
Le paiement sans contact est-il sécurisé au Maroc ?
Oui. Chaque transaction est protégée par un code de sécurité dynamique à usage unique, et les paiements via smartphone nécessitent une authentification biométrique (empreinte ou reconnaissance faciale). Le risque de fraude est généralement inférieur à celui des transactions avec saisie de code PIN, notamment grâce à la tokenisation des cartes.
Quel est le plafond du paiement sans contact sans code PIN au Maroc ?
Le plafond est actuellement fixé à 600 dirhams par transaction sans saisie de code PIN, suite à l’augmentation décidée conjointement par :contentReference[oaicite:0]{index=0} et le :contentReference[oaicite:1]{index=1}. Au-delà, un code est requis.
Puis-je payer sans contact avec mon smartphone au Maroc ?
Oui, via MarocPay, Apple Pay (sur iPhone compatible, avec CIH Bank ou Crédit Agricole), Google Pay ou Samsung Pay, dans tous les commerces équipés d’un terminal NFC. Le réseau d’acceptation s’élargit continuellement.
Le paiement sans contact est-il disponible dans les petits commerces et les souks ?
De plus en plus. Des solutions comme le Tap-to-Phone permettent désormais aux petits commerçants d’accepter le NFC sans investir dans un terminal classique. La couverture reste néanmoins plus limitée dans le commerce informel et les zones rurales.