Depuis quelques années, le mot « 5G » circule dans les conversations des tech-enthousiastes marocains comme une promesse électrisante. Une connexion ultra-rapide, des villes intelligentes, une révolution industrielle pilotée par des réseaux invisibles mais surpuissants. Sauf que la réalité, sur le terrain, est un peu plus nuancée. Le Maroc a-t-il réellement amorcé sa transition vers la 5G, ou s’agit-il encore d’un horizon lointain qu’on repousse d’année en année ? Voilà une question que se posent des milliers d’internautes marocains, et c’est exactement ce que cet article cherche à démêler.
Ce que la 5G représente vraiment pour un pays en développement
Avant d’évaluer la situation marocaine, il faut comprendre ce que représente concrètement le déploiement de la 5G à l’échelle nationale. Ce n’est pas simplement une mise à jour de réseau — c’est une infrastructure critique qui touche à l’industrie, à la santé, à l’éducation et à la compétitivité économique globale.
Pour un pays comme le Maroc, dont l’ambition est de s’imposer comme hub technologique africain, la 5G n’est pas un luxe. C’est un levier stratégique. Elle permettrait de connecter des zones rurales isolées, de soutenir le développement des smart cities dans des métropoles comme Casablanca ou Rabat, et d’attirer des investissements étrangers dans des secteurs gourmands en connectivité, comme la logistique, l’automobile ou l’agrotech.
L’enjeu est colossal. Et c’est précisément pourquoi chaque retard, chaque flou institutionnel, chaque annonce sans suite est scruté à la loupe par les acteurs économiques et les citoyens.
L’état actuel du déploiement de la 5G au Maroc
Un calendrier qui tarde à se concrétiser
En toute franchise, le Maroc n’a pas encore déployé la 5G commercialement à grande échelle. Alors que des pays voisins comme l’Égypte ou l’Afrique du Sud ont franchi certaines étapes, le Royaume reste en phase de préparation — une phase qui dure, il faut le dire, depuis plusieurs années.
L’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT) a mené des expérimentations techniques dans quelques zones pilotes, notamment à l’occasion d’événements institutionnels. Des tests ont été réalisés par les trois opérateurs historiques — Maroc Telecom, Orange Maroc et Inwi — dans des environnements contrôlés. Mais le passage à une couverture nationale reste conditionné à l’attribution formelle des fréquences 5G, un processus qui a subi plusieurs reports.
L’appel d’offres pour les licences 5G, initialement attendu autour de 2022-2023, a été repoussé. Les discussions portent notamment sur les bandes de fréquences à allouer (3,5 GHz en priorité), sur le modèle de partage des infrastructures, et sur les conditions financières imposées aux opérateurs.
Des opérateurs prêts mais en attente
Ce qui est intéressant — et souvent sous-estimé dans le débat public — c’est que les opérateurs marocains ne sont pas en retard techniquement. Maroc Telecom, par exemple, a annoncé avoir modernisé une grande partie de ses équipements pour qu’ils soient compatibles 5G-ready. Inwi a également investi dans la mise à niveau de son réseau cœur. Orange Maroc, de son côté, capitalise sur l’expérience internationale du groupe pour anticiper la migration.
En d’autres termes, la machine est prête. C’est le feu vert réglementaire qui manque. Et dans cet entre-deux, les opérateurs continuent de perfectionner leur réseau 4G, qui reste aujourd’hui l’épine dorsale de la connectivité mobile au Maroc.
Les enjeux du déploiement pour les Marocains
Ce que les utilisateurs attendent vraiment
Il serait réducteur de penser que les Marocains attendent la 5G uniquement pour streamer des vidéos plus vite. Les attentes sont beaucoup plus concrètes et sectorielles. Voici ce que le déploiement de la 5G pourrait changer au quotidien :
- La santé connectée : télémédecine en temps réel, chirurgie assistée à distance, monitoring de patients dans des zones reculées
- L’éducation : classes virtuelles immersives, accès équitable aux ressources numériques pour les élèves des zones rurales
- L’industrie et la logistique : automatisation des chaînes de production, suivi en temps réel des marchandises, maintenance prédictive
- Les smart cities : gestion intelligente du trafic, éclairage public connecté, capteurs environnementaux dans les grandes villes
- Le tourisme : expériences augmentées dans les sites historiques, connectivité pour les voyageurs exigeants
- L’agriculture : drones de précision, capteurs de sol connectés, optimisation des ressources en eau
Ces cas d’usage ne sont pas de la science-fiction. Ils sont déjà opérationnels dans des pays qui ont franchi le cap. Le Maroc, avec sa structure économique diversifiée et ses zones industrielles en plein essor, est objectivement prêt à en bénéficier.
Le fossé numérique, un frein structurel
Mais il serait naïf d’ignorer un frein majeur : le fossé numérique qui persiste entre les grandes villes et les zones rurales. Aujourd’hui encore, une partie non négligeable de la population marocaine ne bénéficie pas d’une couverture 4G stable. Déployer la 5G dans ce contexte sans corriger les inégalités d’accès existantes risquerait de creuser encore davantage ces disparités.
L’enjeu n’est donc pas seulement technique — il est profondément social. Une 5G concentrée à Casablanca, Rabat et Marrakech, sans stratégie d’inclusion numérique pour les zones périphériques, ne répondra qu’à une fraction des besoins réels du pays.
Le Maroc face à ses voisins africains
Une compétition continentale qui s’intensifie
Sur le continent africain, la course à la 5G est bien engagée. L’Afrique du Sud dispose déjà d’une couverture 5G commerciale dans plusieurs grandes villes depuis 2020. Le Nigeria, le Kenya et l’Éthiopie avancent à leur rythme. L’Égypte a lancé ses premières expérimentations commerciales. Et des pays comme le Rwanda misent sur la connectivité comme pilier central de leur stratégie de développement.
Dans ce paysage, le Maroc occupe une position paradoxale : il dispose d’un des écosystèmes télécoms les plus matures d’Afrique, d’une régulation relativement solide, et d’opérateurs capitalisés — mais il n’a pas encore franchi le seuil commercial de la 5G. Ce paradoxe nourrit une certaine frustration dans les milieux économiques et technologiques.
Les ambitions de la Coupe du Monde 2030
Un élément change toutefois la donne de manière significative : la Coupe du Monde de football 2030, que le Maroc co-organise avec l’Espagne et le Portugal. Cet événement planétaire impose des standards d’infrastructure numérique très élevés. Et l’ANRT comme le gouvernement semblent avoir intégré cette contrainte dans leur calendrier.
Il est fort probable — et plusieurs sources institutionnelles le laissent entendre — que le Maroc accélère le déploiement de sa 5G d’ici 2026-2027 pour être en mesure d’offrir une connectivité de classe mondiale lors de la compétition. Les stades, les zones touristiques et les grandes métropoles seraient les premières bénéficiaires.
Ce contexte transforme la Coupe du Monde en véritable catalyseur technologique — un peu comme les Jeux Olympiques ont accéléré la modernisation numérique de Tokyo ou Paris.
Promesse ou déception ? Le vrai bilan
Ce qui manque encore
Si l’on devait dresser un bilan honnête de la situation, plusieurs lacunes sautent aux yeux. L’absence de date ferme pour l’attribution des licences crée une incertitude dommageable. Les investisseurs étrangers qui conditionnent leur implantation à la disponibilité de la 5G restent dans l’expectative. Et les startups locales qui voudraient développer des services basés sur la faible latence de la 5G ne peuvent pas le faire dans un environnement opérationnel réel.
Il manque également une stratégie de communication publique claire autour de la 5G. Contrairement à d’autres pays qui ont créé de véritables campagnes nationales d’information et de sensibilisation, le Maroc n’a pas encore mobilisé le grand public autour de ce chantier. Résultat : beaucoup de citoyens ignorent même que la 5G n’est pas encore disponible, confondant parfois avec la 4G+ ou la fibre optique.
Ce qui inspire confiance
Malgré tout, plusieurs signaux encourageants méritent d’être soulignés. Le Plan d’accélération industrielle, la stratégie « Maroc Digital » et les engagements pris dans le cadre du Nouveau Modèle de Développement placent tous le numérique au cœur des priorités nationales. L’ANRT a démontré, par le passé, sa capacité à piloter des transitions technologiques complexes.
Les investissements dans les datacenters, le développement du câble sous-marin Medusa qui relie le Maroc à l’Europe et à l’Afrique subsaharienne, et la montée en puissance des zones d’innovation comme Technopark Casablanca ou Rabat Technopolis — tout cela forme un écosystème favorable à l’émergence d’une économie 5G.
La question n’est donc plus de savoir si le Maroc déploiera la 5G, mais quand — et dans quelles conditions d’équité et d’inclusion.
FAQ — 5G au Maroc
La 5G est-elle disponible au Maroc en 2024-2025 ?
Non, la 5G n’est pas encore disponible commercialement pour le grand public au Maroc. Des tests ont été réalisés, mais l’attribution officielle des licences et le déploiement national n’ont pas encore eu lieu.
Quand la 5G sera-t-elle lancée au Maroc ?
Aucune date officielle n’a été confirmée à ce jour. Toutefois, la perspective de la Coupe du Monde 2030 pousse à anticiper un déploiement progressif entre 2026 et 2028, au moins dans les grandes villes.
Mon smartphone actuel sera-t-il compatible avec la 5G marocaine ?
Cela dépend de votre appareil. Les smartphones récents (depuis 2021-2022 pour les modèles milieu et haut de gamme) intègrent souvent une puce 5G. Vérifiez les spécifications techniques de votre téléphone avant de vous inquiéter d’un remplacement.
La 5G représente-t-elle un risque pour la santé ?
C’est une question fréquente. À ce jour, l’Organisation Mondiale de la Santé et les principales agences sanitaires internationales n’ont identifié aucun risque prouvé lié aux ondes 5G dans le cadre d’une utilisation normale. Les fréquences utilisées restent non-ionisantes.