Emmanuel Macron à New Delhi, une délégation de 19 startups françaises, et un sommet qui redessine les contours de l’intelligence artificielle mondiale. Voilà le décor d’un événement qui dépasse largement le cadre diplomatique habituel. L’Inde accueille cette année le Global AI Summit, et la France a décidé d’y peser de tout son poids.
- La France s’invite au cœur du débat mondial sur l’IA
- Pourquoi l’Inde est le bon partenaire au bon moment ✨
- Des startups françaises qui incarnent l’IA d’impact
- L’IA inclusive et souveraine, un idéal à construire ensemble
- La troisième voie, ambition réelle ou utopie diplomatique ?
- FAQ — Vos questions sur le sommet IA en Inde
La France s’invite au cœur du débat mondial sur l’IA
Il y a quelque chose de symbolique dans le choix de New Delhi comme théâtre de ce sommet. L’Inde, avec ses 1,5 milliard d’habitants et ses plus d’un million et demi d’ingénieurs formés chaque année, n’est plus simplement un marché émergent — c’est une puissance technologique à part entière, en pleine accélération. Et c’est précisément dans ce contexte que la France a décidé de frapper fort.
Emmanuel Macron assiste au sommet en tant que chef d’État, mais la dimension économique de sa visite est tout aussi importante que la dimension politique. La French Tech y envoie une délégation de 19 startups, toutes spécialisées dans l’intelligence artificielle, avec une mission claire : prouver que la France n’est pas seulement capable d’innover, mais qu’elle peut peser face aux géants américains et chinois qui dominent le secteur depuis des années.
Julie Huguet, Directrice de la Mission French Tech depuis New Delhi, résume parfaitement l’enjeu : “On a voulu montrer à quel point la France est bien positionnée sur les sujets d’intelligence artificielle, et surtout innover avec impact.” Ce mot — impact — n’est pas anodin. C’est précisément la thématique centrale du sommet cette année.
Pourquoi l’Inde est le bon partenaire au bon moment ✨
Une complémentarité stratégique entre deux géants de l’innovation
La relation franco-indienne dans le domaine technologique repose sur une logique simple mais puissante : les deux pays ont ce que l’autre n’a pas. L’Inde dispose d’un vivier de talents ingénieurs exceptionnel, d’un marché intérieur colossal et d’une capacité d’absorption technologique impressionnante. La France, de son côté, excelle dans la création de solutions tech de pointe, souvent des premières mondiales, portées par un écosystème de startups reconnu à l’échelle internationale.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le classement Dealroom, la France est le 3ème écosystème tech et IA mondial, juste derrière San Francisco et New York. Ce n’est pas rien. C’est une position qui crédibilise les ambitions françaises et qui justifie pleinement la présence d’une délégation de cette envergure à New Delhi.
Un calendrier diplomatique au service de l’économie
La semaine de visite présidentielle n’a pas été improvisée. La délégation French Tech a commencé par Bangalore — la Silicon Valley indienne — puis Mumbai, pour le lancement officiel de l’Année de l’Innovation franco-indienne, en présence d’Emmanuel Macron et du Premier ministre Narendra Modi. Avant de rejoindre New Delhi pour le salon de l’IA. Cette progression géographique reflète une stratégie commerciale mûrement réfléchie, qui cherche à ancrer des relations durables au-delà des effets d’annonce.
Des startups françaises qui incarnent l’IA d’impact
La santé, terrain de jeu privilégié de la French Tech en Inde
Parmi les secteurs les plus porteurs de cette coopération, la santé occupe une place centrale. Et pour cause : quand on parle d’un pays d’1,5 milliard d’habitants avec des défis sanitaires immenses, les solutions d’IA appliquées à la médecine prennent une dimension qui dépasse largement les simples enjeux commerciaux. Elles peuvent littéralement sauver des vies.
Deux exemples illustrent parfaitement cette dynamique. White Lab Genomics, d’abord, une startup spécialisée dans la réduction du temps de recherche médicamenteuse grâce à l’IA. Concrètement, ce que cette entreprise développe permet d’accélérer la mise sur le marché de nouveaux traitements — un enjeu critique dans un pays où les besoins thérapeutiques sont gigantesques. Ensuite, H Company, dont les agents IA dits “Computer Use” sont aujourd’hui déployés dans des hôpitaux pour optimiser les plannings infirmiers, réduire les temps d’attente aux urgences et améliorer l’organisation interne des établissements de santé.
Ces cas d’usage ne sont pas anecdotiques. Ils démontrent que l’IA française ne se contente pas de résoudre des problèmes abstraits — elle répond à des besoins concrets, humains, urgents.
Ce que cherchent ces startups en Inde
Voici ce que la délégation French Tech est venue chercher concrètement à New Delhi :
- Des partenariats commerciaux avec des entreprises indiennes de premier plan
- Un accès aux décideurs politiques pour participer aux débats réglementaires qui façonneront l’IA de demain
- Des opportunités de déploiement à grande échelle dans un marché qui absorbe les innovations à une vitesse sans égale
- Une visibilité internationale pour des startups qui ont besoin de références hors de l’Europe pour accélérer leur développement
- Des levées de fonds potentielles auprès d’investisseurs indiens de plus en plus actifs dans la tech mondiale
L’IA inclusive et souveraine, un idéal à construire ensemble
Macron et Modi sur la même longueur d’onde
L’un des moments forts du sommet est la convergence de vue affichée entre Emmanuel Macron et Narendra Modi sur la vision d’une intelligence artificielle plus ouverte, plus inclusive et plus respectueuse de la protection des données. Un discours qui peut sembler idéaliste, mais qui répond à une vraie demande de la part d’une large partie du monde — celle qui ne veut pas subir l’hégémonie technologique de quelques grandes puissances.
Comment y parvenir concrètement ? Julie Huguet est lucide sur le sujet : “La première manière d’y arriver, c’est d’en parler, de réfléchir, de découvrir les cas d’usage ensemble et leurs limites, pour voir où il faut réglementer et où on n’en a pas besoin.” Une approche pragmatique, qui reconnaît la complexité du sujet sans pour autant l’esquiver.
La réglementation, une nécessité à doser avec intelligence
Le sommet de New Delhi n’est pas seulement un espace de networking commercial — c’est aussi un lieu de délibération politique. Des chefs d’État, des dirigeants d’entreprises et des institutions internationales se retrouvent autour d’une même table pour tenter de définir les règles du jeu de l’IA mondiale. Un exercice difficile, mais indispensable, dans un domaine où les avancées technologiques dépassent souvent la capacité des législateurs à les encadrer.
La France a ici un avantage comparatif non négligeable : elle a co-porté l’AI Act européen, le premier cadre réglementaire mondial sur l’intelligence artificielle. Cette expérience lui confère une légitimité particulière dans les discussions internationales sur la gouvernance de l’IA.
La troisième voie, ambition réelle ou utopie diplomatique ?
Repenser les alliances commerciales dans un monde reconfiguré
La question posée à Julie Huguet en fin d’interview touche au cœur du défi géopolitique de notre époque : peut-on construire une troisième voie entre les États-Unis et la Chine dans la course à l’IA ? Sa réponse est mesurée mais déterminée. Oui, les cartes sont redistribuées. Oui, de nouvelles alliances émergent. Et l’Inde en est l’illustration parfaite.
À côté de l’Inde, d’autres partenaires sont cités : le Canada, les pays d’Amérique latine, une série de marchés avec lesquels la France entretient déjà des liens mais qu’elle doit aujourd’hui approfondir. Ce multilatéralisme technologique n’est pas seulement une option — c’est une nécessité stratégique pour qui veut exister face aux mastodontes que sont OpenAI, Google DeepMind ou les champions technologiques chinois.
La souveraineté par le commerce international
Il y a une paradoxe apparent dans cette logique : pour gagner en souveraineté, il faut s’ouvrir davantage aux marchés internationaux. Mais c’est précisément ce que défend Julie Huguet avec conviction. Une startup française ne peut devenir un leader mondial qu’à condition de se confronter aux marchés les plus exigeants et les plus vastes du monde. Et si elle y réussit, elle renforce non seulement sa propre position, mais aussi le rayonnement technologique de la France tout entière.
C’est cette logique qui explique l’engagement présidentiel dans cette visite. Macron ne vient pas simplement assister à un sommet — il vient accompagner une stratégie industrielle de long terme, dont les startups de la French Tech sont les ambassadrices les plus crédibles.
FAQ — Vos questions sur le sommet IA en Inde
Qu’est-ce que le sommet mondial sur l’intelligence artificielle organisé en Inde ?
C’est un événement international réunissant des chefs d’État, des dirigeants d’entreprises et des institutions mondiales pour débattre de l’avenir de l’IA, de ses applications concrètes et de son cadre réglementaire. La thématique de cette édition est l’impact de l’IA sur les sociétés.
Pourquoi la France participe-t-elle avec une délégation de startups ?
Parce que la French Tech souhaite démontrer le dynamisme de l’écosystème tech français, nouer des partenariats commerciaux avec des acteurs indiens et positionner les startups françaises sur un marché en croissance rapide. La France est classée 3ème écosystème IA mondial selon Dealroom.
Quels secteurs sont prioritaires pour la coopération franco-indienne dans l’IA ?
La santé est le secteur le plus mis en avant, notamment avec des startups comme White Lab Genomics ou H Company, mais d’autres domaines comme la productivité, l’éducation et les infrastructures sont également concernés.
Comment la France compte-elle construire une IA souveraine face aux États-Unis et à la Chine ?
En développant des alliances commerciales avec des marchés émergents puissants (Inde, Canada, Amérique latine), en portant un cadre réglementaire ambitieux au niveau européen, et en soutenant ses startups dans leur internationalisation pour qu’elles atteignent une taille critique mondiale.