Au bout du monde, là où le Sahara s’effondre dans l’Atlantique, une ville somnole depuis des décennies dans un silence presque total. Lagouira. Un nom que la plupart des Marocains eux-mêmes peinent à situer sur une carte. Pourtant, dans les cercles de l’investissement immobilier, dans les bureaux d’urbanisme de Rabat et dans les coulisses des forums économiques africains, ce nom revient de plus en plus souvent. Et pour cause : Lagouira pourrait bien devenir la prochaine grande métropole du continent africain.
Ce n’est pas un rêve utopique. C’est une équation géopolitique, géographique et économique qui se met lentement en place. Voici pourquoi.
Une position géographique qui change tout
Lagouira est nichée à la pointe la plus méridionale du Maroc, à la frontière mauritanienne, sur une presqu’île baignée par l’Atlantique. Cette localisation, longtemps perçue comme un handicap, est aujourd’hui son plus grand atout stratégique. Elle se trouve au croisement de deux mondes : l’Afrique du Nord arabophone et l’Afrique subsaharienne. En termes de flux commerciaux, c’est une position en or.
Pour comprendre l’enjeu, il suffit de regarder une carte. La côte Atlantique africaine concentre certains des ports les plus actifs du monde, de Casablanca à Dakar en passant par Abidjan. Lagouira, positionnée à mi-chemin de cet axe vital, pourrait devenir le hub logistique qui manque encore à cette façade maritime. Un port en eaux profondes à cet endroit permettrait de redistribuer les marchandises vers toute l’Afrique de l’Ouest sans passer par des détours coûteux.
La route Dakhla-Nouakchott, un corridor continental
Le Maroc investit massivement dans une route reliant Dakhla à Nouakchott, capitale mauritanienne. Ce projet, largement sous-médiatisé, est en réalité une infrastructure transformatrice. Une fois achevée, elle connectera le réseau routier marocain directement aux capitales d’Afrique de l’Ouest, traversant des zones aujourd’hui quasi inaccessibles. Lagouira, sur ce tracé, deviendrait une étape incontournable entre deux continents économiques. Ce type de positionnement, c’est exactement ce qu’a eu Dubaï avec ses axes Asie-Europe-Afrique dans les années 1990.
Le modèle Dubai, une vision réaliste pour Lagouira
Quand on parle du “Dubai de l’Afrique”, l’expression peut sembler exagérée. Mais elle est plus rigoureuse qu’il n’y paraît. Dubai n’était en 1960 qu’un petit port poussiéreux, une ville de pêcheurs de perles sans grande ressource. Ce qui l’a transformée, c’est la vision d’un leadership, un investissement massif dans les infrastructures et une attractivité fiscale taillée pour les capitaux étrangers.
Le Maroc, sous l’impulsion de Mohammed VI, adopte exactement cette philosophie pour ses provinces du Sud. Le roi a personnellement présidé plusieurs Conseils des ministres dédiés au développement de cette région. En 2022, un programme d’investissement de 77 milliards de dirhams a été annoncé pour les provinces du Sud, soit environ 7 milliards d’euros. Lagouira figure explicitement dans les documents de planification stratégique comme zone à fort potentiel de développement.
Les ingrédients d’une métropole émergente
Pour qu’une ville décolle comme Dubaï l’a fait, plusieurs conditions doivent être réunies simultanément. Regardons ce que Lagouira coche déjà sur cette liste :
- Un port stratégique : des études de faisabilité sont en cours pour la création d’un grand port atlantique dans la région
- Un aéroport régional : l’aéroport de Dakhla, à moins de 400 km, dessert déjà plusieurs liaisons internationales
- Une zone franche potentielle : le Maroc a l’expertise, avec Tanger Med comme modèle opérationnel
- Des ressources naturelles exceptionnelles : pêche, énergie solaire et éolienne, sables minéraux
- Une façade océanique : atout touristique majeur, notamment pour le surf de renommée mondiale
- Une stabilité politique : le Sahara marocain bénéficie d’un cadre juridique clair et d’un soutien diplomatique croissant
Chacun de ces éléments pris séparément est intéressant. Combinés, ils dessinent le portrait d’une ville en devenir.
L’énergie renouvelable, le pétrole du XXIe siècle
Dubaï a construit sa richesse sur les hydrocarbures. Lagouira n’a pas de pétrole, mais elle possède quelque chose d’encore plus précieux dans le monde de 2025 : un potentiel énergétique solaire et éolien parmi les plus élevés du monde. La région reçoit en moyenne plus de 3 500 heures d’ensoleillement par an. Les vents atlantiques y sont constants et puissants.
Le projet Noor, déployé à grande échelle au Maroc, a démontré que le pays sait transformer ce capital naturel en électricité exportable. Des projets d’hydrogène vert commencent à émerger dans le Sud marocain, avec des partenariats européens déjà signés. L’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas ont chacun engagé des négociations avec Rabat sur ce sujet. Si Lagouira devient un centre de production d’hydrogène vert, elle attirerait des industries entières à la recherche d’une énergie propre et bon marché.
Une vitrine écologique pour le continent
Là où Dubaï a longtemps symbolisé l’excès et la démesure, Lagouira pourrait incarner un modèle différent : celui de la ville durable, alimentée à 100 % par des énergies renouvelables, construite avec les matériaux du territoire, pensée pour résister aux défis climatiques du XXIe siècle. Ce serait non seulement une vitrine pour le Maroc, mais un message fort à l’Afrique tout entière : il est possible de construire une métropole moderne sans brûler une seule goutte de pétrole.
Le tourisme, moteur discret mais puissant
Lagouira est encore aujourd’hui quasiment vierge de tout tourisme de masse. Mais les pionniers y vont. Des surfeurs du monde entier font le voyage jusqu’à cette presqu’île sauvage pour trouver des vagues longues, régulières et désertées. La baie de Lagouira est d’une beauté rare, avec ses eaux turquoise sur fond de dunes ocre. C’est le genre d’endroit que les agences de voyages de luxe vendent à prix d’or sous l’étiquette “destination confidentielle”.
Le tourisme de kitesurf et de windsurf y est déjà actif, dans une version encore artisanale. Avec des infrastructures dignes de ce nom, des hôtels éco-responsables et un accès aérien facilité, Lagouira pourrait attirer le même profil de clientèle fortunée qu’un Essaouira ou un Taghazout, mais à une échelle bien supérieure. Le gouvernement marocain l’a d’ailleurs intégrée dans sa feuille de route touristique 2030.
Les défis à surmonter
Rien ne serait honnête sans évoquer les obstacles. Lagouira est éloignée, l’infrastructure routière actuelle est limitée et la population locale reste très réduite, estimée à quelques milliers d’habitants. Attirer des investisseurs, des talents et des entreprises dans une zone aussi isolée demande une volonté politique durable et des incitations économiques puissantes.
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FAQ — Lagouira : Le “Dubaï de l’Atlantique” à l’horizon 2026-2030
Lagouira est-elle déjà habitée et accessible en février 2026 ?
La situation a évolué. Bien que Lagouira reste une zone sous haute surveillance stratégique, elle n’est plus une “ville fantôme”. En ce début d’année 2026, le Maroc a consolidé sa présence administrative et militaire. L’accès par la route depuis Dakhla a été sécurisé et amélioré, même si le trajet reste une expédition de plusieurs heures à travers le désert. La population y est encore essentiellement composée de détachements administratifs, de forces de sécurité et d’équipes techniques chargées des premiers relevés topographiques pour les futurs ports.
Pourquoi la comparer à Dubaï et pas à une autre ville africaine ?
La comparaison, souvent relayée par la presse économique en 2026, repose sur une vision de hub ex-nihilo. Comme Dubaï dans les années 70, Lagouira bénéficie d’une configuration unique :
- Géostratégie : Une position charnière entre l’Atlantique, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest.
- Investissements massifs : Le partenariat stratégique Maroc-Émirats (signé fin 2023 et activé en 2025) apporte les capitaux nécessaires pour construire des infrastructures de luxe (marinas, centres commerciaux) en plein désert.
- Rupture technologique : Lagouira est pensée dès le départ comme une Smart City durable, intégrant le dessalement d’eau de mer à l’énergie éolienne.
Où en sont les grands projets d’infrastructure cette année ?
L’année 2026 est charnière :
- Port Dakhla Atlantique : Situé plus au nord, il atteint 70 % d’avancement et servira de poumon logistique à toute la zone jusqu’à Lagouira.
- Port de Lagouira : Les travaux de protection des bassins ont débuté. Ce sera un port de pêche et de plaisance haut de gamme.
- Connectivité : La finalisation de la voie express Tiznit-Dakhla facilite désormais l’acheminement du matériel vers l’extrême sud.
Est-il vraiment possible d’investir à Lagouira aujourd’hui ?
C’est le moment des pionniers. En 2026, l’investissement direct reste complexe car le foncier est encore largement sous contrôle étatique pour garantir un développement cohérent. Cependant :
- Opportunités indirectes : Investir dans les entreprises de BTP, de logistique ou d’énergie renouvelable qui opèrent sur ces chantiers.
- Foncier à Dakhla : Beaucoup d’investisseurs achètent à Dakhla en pariant sur l’extension naturelle de l’activité vers Lagouira.
- Cadre légal : La Charte de l’Investissement marocaine offre des primes territoriales spécifiques pour les projets dans les provinces du Sud, pouvant couvrir jusqu’à 30 % du montant de l’investissement.