Le Maroc est en train de devenir l’un des partenaires stratégiques les plus recherchés du monde arabe. Non plus seulement pour ses phosphates ou son tourisme, mais pour quelque chose de bien plus structurant : sa transformation numérique. Depuis quelques années, le rapprochement entre le Royaume chérifien et les pays du Golfe persique dans le domaine de la technologie prend une ampleur inédite. Des investissements massifs, des accords bilatéraux, des hubs d’innovation… L’histoire s’écrit vite, et elle mérite qu’on s’y attarde.
- Un contexte géopolitique favorable aux échanges numériques
- Les secteurs phares de cette coopération technologique
- Les points d’ancrage institutionnels de ce rapprochement
- Le Maroc, hub technologique pour l’Afrique subsaharienne
- Les défis qui restent à relever
- FAQ — Coopération technologique Maroc-Golfe en 2026
Un contexte géopolitique favorable aux échanges numériques
Pour comprendre ce rapprochement, il faut d’abord saisir le terrain sur lequel il s’est construit. Le Maroc bénéficie d’une position géographique unique : à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du monde arabe. Cette triple appartenance culturelle et économique en fait un pont naturel pour les capitaux du Golfe qui cherchent à se diversifier hors des hydrocarbures.
Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar ont tous, ces dernières années, intensifié leur présence sur le sol marocain. On ne parle plus ici de simples flux touristiques ou de projets immobiliers. Il s’agit d’investissements dans les infrastructures numériques, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les télécommunications. En 2023, les investissements du Golfe au Maroc ont dépassé 6 milliards de dollars, avec une part croissante dédiée au secteur tech.
Ce mouvement n’est pas unilatéral. Le Maroc a de son côté mis en place une politique volontariste pour attirer ces capitaux : réforme du code des investissements, création de zones d’accélération industrielle, et surtout une stratégie digitale nationale ambitieuse portée par le Plan d’Accélération Industrielle et la Vision 2030.
Les secteurs phares de cette coopération technologique
L’intelligence artificielle et la data au cœur des priorités
L’un des domaines les plus dynamiques de cette collaboration est sans conteste l’intelligence artificielle. Les entreprises émiraties, notamment du groupe G42 basé à Abu Dhabi, ont exprimé un intérêt marqué pour le marché africain, et le Maroc en est la porte d’entrée. G42, qui compte parmi les acteurs les plus influents de l’IA mondiale, a engagé des discussions avec des institutions marocaines pour déployer des solutions de cloud computing et d’analyse de données à grande échelle.
Parallèlement, Microsoft et Oracle — très présents dans le Golfe — ont annoncé des datacenters au Maroc, en partie pour répondre à la demande régionale. Ces infrastructures cloud souveraines permettent au Royaume de stocker et traiter des données localement, renforçant sa crédibilité comme hub numérique continental.
La fintech et les paiements digitaux
Le secteur financier est un autre terrain d’entente entre Rabat et les capitales du Golfe. Des startups marocaines de fintech ont levé des fonds auprès de fonds d’investissement basés à Dubaï ou Riyad, attirés par un marché de 36 millions d’habitants encore largement sous-bancarisé. Les solutions de paiement mobile, de transfert d’argent et de micro-assurance intéressent particulièrement les investisseurs du Golfe, qui y voient un potentiel de croissance comparable à ce qu’a connu l’Asie du Sud-Est dans les années 2010.
Bank Al-Maghrib, la banque centrale marocaine, a d’ailleurs lancé un cadre réglementaire sandbox pour les fintechs, facilitant l’expérimentation avant déploiement à grande échelle. Une démarche saluée par les acteurs régionaux.
Les télécommunications et la 5G
La 5G est un autre chapitre de ce rapprochement. Huawei, très active dans les pays du Golfe, est également présente au Maroc pour le déploiement de ses infrastructures télécom. Mais au-delà des équipementiers, c’est la convergence des standards numériques entre le Maroc et ses partenaires du Golfe qui est en jeu. Des accords de coopération technique ont été signés pour harmoniser les protocoles, partager les bonnes pratiques et former conjointement les ingénieurs télécom.
Les points d’ancrage institutionnels de ce rapprochement
Des accords bilatéraux en accélération
Ce rapprochement ne repose pas uniquement sur des initiatives privées. Il est soutenu par des cadres institutionnels solides. Le Maroc et les Émirats arabes unis ont signé, depuis 2019, plusieurs mémorandums d’entente couvrant explicitement la transformation digitale, la cybersécurité et l’innovation. La visite du roi Mohammed VI à Abu Dhabi en 2023 a encore densifié ce réseau d’accords.
L’Arabie saoudite, dans le cadre de sa Vision 2030, cherche à développer des partenariats avec des pays arabes stables et bien gouvernés. Le Maroc coche plusieurs cases : stabilité politique, capital humain qualifié, et une administration en cours de digitalisation active.
Les grandes conférences comme accélérateurs
Des événements comme le Forum Afrique-Développement organisé par Attijariwafa Bank, ou encore les sommets Africa CEO Forum, sont devenus des lieux de rencontre entre décideurs marocains et investisseurs du Golfe. Ces espaces de dialogue ont contribué à accélérer des deals qui, autrement, auraient mis des années à se concrétiser.
Voici les principaux piliers qui structurent cette coopération :
- Partage de savoir-faire dans les smart cities (Neom côté saoudien, Benguérir et Zenata côté marocain)
- Formation conjointe d’ingénieurs et développeurs via des programmes d’échange
- Co-investissement dans des startups africaines depuis des hubs marocains
- Interopérabilité des systèmes de paiement électronique régionaux
- Cybersécurité partagée face aux menaces numériques communes
Le Maroc, hub technologique pour l’Afrique subsaharienne
Une vitrine pour le continent
Ce qui rend le Maroc particulièrement attractif pour les investisseurs du Golfe, c’est sa capacité à servir de tremplin vers l’Afrique subsaharienne. Le Royaume est depuis longtemps le premier investisseur africain sur le continent, notamment via ses banques (Attijariwafa, Bank of Africa) et ses opérateurs télécom (Maroc Telecom). En s’appuyant sur ces réseaux, les capitaux et technologies du Golfe peuvent atteindre 54 pays africains depuis un seul point d’entrée.
C’est exactement ce que cherchent des fonds comme Mubadala (Abu Dhabi) ou STC Ventures (Arabie saoudite) : minimiser les risques d’entrée tout en maximisant la portée géographique. Le Maroc leur offre ce levier avec une crédibilité institutionnelle rare sur le continent.
Des talents locaux de plus en plus reconnus
Le succès de cette alliance passe aussi par les hommes et les femmes qui la font vivre au quotidien. Les ingénieurs marocains, formés dans des écoles comme l’École Mohammadia d’Ingénieurs ou l’Université Mohammed VI Polytechnique, sont de plus en plus recrutés par des entreprises technologiques du Golfe. Certains font même le chemin inverse : ils reviennent au Maroc après une expérience à Dubaï pour y lancer leur propre startup, créant un écosystème de retour de compétences particulièrement fertile.
Les défis qui restent à relever
Tout n’est pas rose pour autant. Ce rapprochement technologique se heurte à plusieurs obstacles concrets. La connectivité interne du Maroc reste inégale : si les grandes villes bénéficient d’infrastructures solides, les zones rurales accusent un retard significatif. De plus, la question de la souveraineté numérique est sensible : jusqu’où accepter une dépendance technologique vis-à-vis de partenaires étrangers, même arabes ?
La régulation pose aussi question. Les cadres juridiques marocains et émiratis ne sont pas toujours alignés sur la protection des données personnelles, les droits de propriété intellectuelle ou les conditions d’hébergement des données. Ces frictions réglementaires ralentissent parfois des projets pourtant prometteurs.
Enfin, la compétition est réelle. D’autres pays africains — comme l’Égypte, le Kenya ou le Rwanda — convoitent également les investissements tech du Golfe. Le Maroc ne peut pas se reposer sur ses acquis et doit continuer à innover dans sa proposition de valeur.
FAQ — Coopération technologique Maroc-Golfe en 2026
Pourquoi le Golfe investit-il autant dans la tech marocaine ?
En 2026, les pays du Golfe (Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Qatar) voient le Maroc comme le laboratoire idéal pour l’IA et la transition numérique des marchés émergents. Au-delà de la diversification post-pétrole, le Royaume offre une stabilité politique unique, une proximité avec l’Europe et un rôle de “passerelle” (Bridge) vers la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). C’est un terrain de jeu stratégique pour tester des solutions avant de les déployer à l’échelle du continent.
Quels sont les secteurs technologiques les plus développés grâce à cette coopération ?
La coopération s’est structurée autour de projets massifs en 2026 :
- Intelligence Artificielle : Création de centres d’excellence (type Jazari Institutes) financés par des fonds souverains du Golfe.
- Smart Cities : Intégration de technologies de pilotage urbain dans les grands projets liés à la Coupe du Monde 2030.
- Fintech & Cloud : Investissements massifs dans des Data Centers et des solutions de paiement mobile interopérables entre le Maroc et les pays du CCG.
- AgriTech : Solutions de gestion hydrique par IA pour sécuriser la souveraineté alimentaire régionale.
Le Maroc risque-t-il de perdre sa souveraineté numérique ?
C’est un arbitrage délicat en 2026. Si l’afflux de capitaux étrangers accélère les infrastructures, le Maroc a durci ses lois sur la résidence des données. L’État impose désormais que les infrastructures critiques soient opérées localement, même si le capital est étranger. Le pays mise sur l’“IA Made in Morocco” (stratégie 2026) pour développer ses propres modèles de langage et algorithmes, évitant ainsi de devenir un simple consommateur de boîtes noires technologiques importées.
Comment un entrepreneur peut-il profiter de ce rapprochement ?
Le moment est opportun pour les startups “scalables”. En février 2026, plusieurs opportunités se démarquent :
- Fonds de capital-risque : Le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement et des fonds partenaires du Golfe ont injecté plus de 150 millions de dollars dans l’écosystème startup national.
- Gitex Africa 2026 : Participer à ce hub à Marrakech pour pitcher directement auprès des investisseurs saoudiens et émiratis.
- Zones d’Accélération : S’installer à Casablanca Finance City ou à l’UM6P pour bénéficier d’incitations fiscales et d’un accès facilité aux marchés du Golfe via des programmes de “soft-landing”.