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Maroc : faut-il taxer l’intelligence artificielle ?

Le Maroc doit-il taxer l'intelligence artificielle ? Découvrez les enjeux fiscaux, les modèles envisageables et ce que le Royaume peut faire pour préparer l'avenir.

Maroc
Dernière mise à jour : 25 février 2026 3h36
Maroc
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Maroc : faut-il taxer l’intelligence artificielle ?
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L’IA révolutionne les entreprises marocaines — et soulève une question fiscale que Rabat ne peut plus ignorer : faut-il taxer ces systèmes qui créent de la valeur sans payer d’impôt ?

Sommaire
  • Une révolution silencieuse au cœur de l’économie marocaine
  • Le débat mondial sur la taxe IA et ce qu’il nous apprend
  • Les arguments pour une taxation de l’IA au Maroc
  • Les risques d’une taxation mal calibrée
  • Ce que le Maroc pourrait faire dès maintenant
  • Questions fréquentes — Taxe IA et services numériques au Maroc

Une révolution silencieuse au cœur de l’économie marocaine

Depuis deux ou trois ans, l’intelligence artificielle s’est infiltrée dans presque tous les secteurs d’activité au Maroc. Des banques de Casablanca qui utilisent des algorithmes de scoring de crédit aux start-ups agritech de Meknès qui prédisent les rendements agricoles, en passant par les plateformes e-commerce qui personnalisent leurs recommandations à la milliseconde — la transformation est réelle, profonde et souvent invisible au grand public.

Ce qui frappe, c’est la rapidité du phénomène. En 2022, l’IA était encore perçue comme un luxe réservé aux multinationales. Aujourd’hui, des PME de la région de Souss-Massa intègrent des outils d’automatisation dans leur logistique. Des cabinets d’avocats casablancais s’appuient sur des assistants juridiques intelligents pour préparer leurs dossiers. Des médecins à Rabat utilisent des systèmes de diagnostic assisté qui analysent des radiographies en quelques secondes.

Cette dynamique crée de la richesse. Mais elle soulève une interrogation fiscale légitime : qui paie pour cette valeur générée ? Les entreprises qui déploient ces outils réduisent souvent leurs effectifs, automatisent des tâches jadis rémunérées, et dégagent des marges inédites — sans que le système fiscal actuel n’ait été conçu pour capter cette nouvelle forme de productivité.

Les chiffres qui donnent à réfléchir

Selon une étude du Boston Consulting Group publiée en 2024, l’IA pourrait contribuer à hauteur de 4 % du PIB marocain d’ici 2030, soit environ 5 milliards de dollars de valeur ajoutée. Dans le même temps, le Forum Économique Mondial estime que 25 % des emplois de la région MENA sont exposés à une automatisation significative dans les dix prochaines années. Pour un pays où le chômage des jeunes dépasse les 30 %, ce chiffre mérite toute l’attention des décideurs.

Le paradoxe est frappant : l’IA génère de la croissance tout en réduisant potentiellement l’assiette fiscale liée au travail — cotisations sociales, IR, etc. Ce n’est pas une vue de l’esprit. C’est précisément ce que plusieurs économistes marocains commencent à documenter, et ce qui pousse certains à plaider pour un cadre de taxation adapté.

Le débat mondial sur la taxe IA et ce qu’il nous apprend

Le Maroc n’est pas seul face à cette question. À l’échelle internationale, le débat sur la fiscalité de l’intelligence artificielle a déjà commencé à agiter les parlements et les think tanks. Bill Gates lui-même a défendu, dès 2017, l’idée d’une « taxe robot » : si une machine remplace un travailleur humain, elle devrait acquitter une contribution équivalente aux charges sociales que ce salarié aurait générées.

En Europe, plusieurs eurodéputés ont relancé ce débat en 2023 dans le cadre du règlement européen sur l’IA. La Corée du Sud a, elle, opté pour une approche différente : plutôt que de créer une taxe nouvelle, elle a progressivement réduit les avantages fiscaux accordés aux entreprises qui investissent massivement dans l’automatisation. Une façon détournée, mais réelle, de rééquilibrer la donne.

Trois approches possibles sur la table

Si le Maroc devait structurer une réponse fiscale à l’essor de l’IA, trois grandes pistes se dessinent dans le débat économique :

Les modèles envisageables

  • La taxe sur les robots : un prélèvement calculé en fonction du nombre de postes automatisés, sur le modèle proposé par l’OCDE dans ses travaux sur la fiscalité du futur.
  • La taxe sur les données : car l’IA se nourrit de données, parfois collectées auprès des citoyens marocains, souvent sans contrepartie. Taxer leur exploitation commerciale est une piste sérieuse.
  • La contribution numérique augmentée : une extension de la taxe sur les services numériques (TSN) déjà en place au Maroc, élargie pour couvrir explicitement les revenus générés par des systèmes automatisés.
  • L’incitation inversée : pas de taxe nouvelle, mais suppression des avantages fiscaux à l’investissement pour les entreprises qui automatisent sans plan social ou de formation.
  • Le fonds de reconversion IA : une cotisation patronale dédiée, alimentant un fonds pour la requalification des travailleurs déplacés par l’automatisation.

Chacune de ces options a ses partisans et ses détracteurs. Les tenants d’une fiscalité agressive sur l’IA arguent que le statu quo creuse les inégalités. Leurs opposants répondent qu’une taxation prématurée risque de freiner un secteur encore naissant et de pousser les entreprises innovantes à s’installer ailleurs.

Les arguments pour une taxation de l’IA au Maroc

Le premier argument est celui de la justice fiscale. Dans un pays où les inégalités de revenus restent importantes et où une large partie de la population dépend d’emplois vulnérables à l’automatisation — tourisme, BTP, commerce de détail, agriculture — il paraît difficile de laisser les gains de productivité de l’IA entièrement entre les mains des actionnaires sans mécanisme de redistribution.

Le deuxième argument touche à la soutenabilité du modèle social. Si l’automatisation érode progressivement les bases de cotisation sociale, l’État marocain se retrouvera à financer ses dépenses de santé, d’éducation et de retraite avec une assiette fiscale réduite — à moins de trouver de nouvelles sources de recettes. Taxer les gains de productivité liés à l’IA est une réponse cohérente à ce défi structurel.

« La fiscalité doit suivre la création de valeur. Si demain l’essentiel de la valeur est créée par des algorithmes et non par des humains, nos systèmes de financement public doivent évoluer en conséquence. »— Economiste, Université Mohammed V, Rabat (2024)

Enfin, il y a l’argument de la souveraineté numérique. La majeure partie des outils d’IA utilisés au Maroc est développée et hébergée à l’étranger — États-Unis, Europe, Chine. Les bénéfices générés par ces technologies atterrissent souvent hors du territoire. Une fiscalité adaptée permettrait de mieux capter une partie de la valeur créée sur sol marocain, même quand l’outil provient d’ailleurs.

Les risques d’une taxation mal calibrée

À l’opposé, les défenseurs d’une approche prudente font valoir des arguments tout aussi solides. Le Maroc ambitionne de devenir un hub technologique régional. La Stratégie Nationale de Développement du Numérique, le programme « Digital Morocco 2030 », les investissements dans les zones économiques spéciales comme Casablanca Finance City — tout cela repose sur la capacité du Maroc à attirer des entreprises tech et à retenir ses talents locaux.

Instaurer une taxe sur l’IA sans concertation sérieuse avec l’écosystème pourrait envoyer un signal négatif aux investisseurs étrangers et freiner l’adoption de technologies qui, à terme, améliorent la compétitivité globale du tissu économique. Il ne faut pas oublier que l’IA crée aussi des emplois : ingénieurs, data scientists, spécialistes en cybersécurité, formateurs — des métiers bien rémunérés, qui contribuent à l’impôt et aux cotisations.

La question de la définition avant tout

Un problème technique majeur se pose également : comment définir précisément ce qu’on taxe ? Faut-il cibler les entreprises qui utilisent de l’IA ? Celles qui en développent ? Les gains de productivité mesurés ? L’absence de définition claire est une porte ouverte à l’optimisation fiscale et aux contentieux juridiques. Plusieurs pays qui ont tenté d’avancer sur ce sujet se sont heurtés à ce mur de la définition.

La Direction Générale des Impôts (DGI) marocaine a montré une réelle capacité d’adaptation ces dernières années — la mise en place de la facturation électronique en est un exemple. Mais bâtir un cadre fiscal pour l’IA nécessite une expertise pointue, une concertation avec le secteur privé et, sans doute, une inspiration des meilleures pratiques internationales. C’est un chantier de longue haleine, pas une réforme qu’on improvise.

Ce que le Maroc pourrait faire dès maintenant

Plutôt que de se précipiter vers une taxe spécifique, plusieurs experts recommandent au Maroc d’adopter une démarche en deux temps. D’abord, observer et documenter : constituer un observatoire de l’impact de l’IA sur l’emploi et les recettes fiscales, avec des données fiables et actualisées. Sans cette base empirique solide, toute politique fiscale risque d’être à côté de la réalité.

Ensuite, adapter l’existant avant d’inventer du neuf. La taxe sur les services numériques déjà en vigueur au Maroc pourrait être élargie et affinée. Les mécanismes d’amortissement accéléré accordés aux entreprises qui investissent dans les technologies pourraient être révisés pour intégrer des critères sociaux. Ces ajustements, moins spectaculaires qu’une « taxe IA », sont souvent plus efficaces et moins perturbateurs pour l’écosystème.

Il y a aussi la piste de la formation et de la reconversion comme contrepartie fiscale. Certains pays ont choisi d’accorder des avantages fiscaux substantiels aux entreprises qui automatisent, à condition qu’elles investissent un pourcentage équivalent dans la requalification de leurs salariés. C’est une approche qui réconcilie innovation et cohésion sociale, et qui pourrait parfaitement s’inscrire dans la vision sociale du Nouveau Modèle de Développement marocain.

Le Maroc dispose d’un atout précieux : il n’a pas à tâtonner seul. L’OCDE, dont il est pays associé, produit régulièrement des recommandations sur la fiscalité du numérique. L’Union Africaine travaille sur des cadres communs. En s’appuyant sur ces ressources tout en tenant compte de ses spécificités, le Royaume peut construire une réponse originale, adaptée à son stade de développement et à ses ambitions.

Questions fréquentes — Taxe IA et services numériques au Maroc

Le Maroc a-t-il déjà une taxe sur les services numériques ?

Oui. Le Maroc a introduit une taxe sur les services numériques qui s’applique aux plateformes étrangères réalisant des transactions avec des utilisateurs marocains. Elle ne couvre pas explicitement les systèmes d’IA, mais constitue une base sur laquelle une extension est possible.

Quels pays ont déjà instauré une taxe IA ou une taxe robot ?

Aucun pays n’a encore institué de “taxe robot” formelle au sens strict. La Corée du Sud a réduit certaines déductions fiscales liées à l’automatisation. Plusieurs pays européens réfléchissent à des mécanismes similaires. C’est un sujet encore en cours de structuration à l’échelle mondiale.

La taxe IA risque-t-elle de freiner l’innovation au Maroc ?

C’est le risque principal soulevé par les entreprises technologiques. Tout dépend du calibrage. Une taxe mal conçue peut décourager l’investissement ; une contribution bien ciblée, accompagnée d’incitations à la formation, peut au contraire encourager un usage responsable et socialement bénéfique de l’IA.

Quand le Maroc pourrait-il prendre une décision sur ce sujet ?

Aucune date officielle n’est connue. Le sujet n’est pas encore formellement inscrit à l’agenda parlementaire. Mais la vitesse d’adoption de l’IA dans l’économie marocaine laisse penser que la question pourrait devenir incontournable dans les deux à trois prochaines années.

ÉTIQUETTES :automatisation emploi Marocfiscalité IA MarocIA économie marocainenumérique fiscal Maroctaxe intelligence artificielle Maroctaxe robot Maroctaxe services numériques
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