Le 14 février 2026, une annonce a discrètement changé la donne pour des milliers d’entreprises marocaines. Lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, le président chinois Xi Jinping a confirmé ce que beaucoup attendaient depuis des mois : à compter du 1er mai 2026, la Chine appliquera un régime de droits de douane nuls sur l’ensemble des produits importés des pays africains entretenant des relations diplomatiques avec Pékin.
- Une décision historique dans un contexte mondial sous tension
- Ce que le Maroc peut vraiment exporter en Chine
- Les secteurs à surveiller de près dès mai 2026
- Les défis concrets qui restent à surmonter
- Une opportunité géopolitique autant que commerciale
- FAQ — Zéro droit de douane Maroc-Chine : vos questions
Le Maroc figure bien sûr parmi les grands bénéficiaires. Ce geste diplomatique d’ampleur, au-delà de sa portée symbolique, ouvre une fenêtre commerciale inédite pour le Royaume — à condition de savoir l’exploiter rapidement et intelligemment.
Une décision historique dans un contexte mondial sous tension
Pour bien comprendre le poids de cette annonce, il faut la replacer dans son contexte. Pendant des années, les exportateurs marocains ont dû composer avec des droits de douane chinois pouvant atteindre 25 % sur certains produits, rendant la conquête du marché asiatique extrêmement coûteuse. Le textile, les produits agroalimentaires ou encore les dérivés chimiques étaient soumis à des barrières tarifaires qui limitaient fortement leur compétitivité face aux fournisseurs locaux ou asiatiques.
Ce revirement de Pékin n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte mondial marqué par la montée du protectionnisme américain, avec les offensives tarifaires de Washington qui menacent plusieurs pays africains, notamment ceux qui bénéficiaient encore des facilités de l’African Growth and Opportunity Act. Face à cette pression, la Chine joue une carte stratégique claire : s’imposer comme le partenaire de référence du continent africain, en offrant précisément ce que les États-Unis retirent progressivement.
Au-delà de la suppression des droits de douane, Pékin souhaite accélérer la conclusion d’accords économiques structurants, optimiser le fameux « canal vert » — ce mécanisme qui fluidifie le passage des marchandises africaines aux douanes chinoises — et encourager des exportations à plus forte valeur ajoutée. Autrement dit, la Chine ne veut plus seulement des matières premières brutes ; elle invite l’Afrique à monter en gamme. Une invitation que le Maroc, avec son tissu industriel diversifié, est particulièrement bien placé pour accepter. 🔥
Ce que le Maroc peut vraiment exporter en Chine
Les phosphates et dérivés chimiques, un atout maître
Le Maroc détient environ 70 % des réserves mondiales de phosphates, ce qui en fait un acteur incontournable sur le marché des engrais. En 2025, les exportations de phosphates et de leurs dérivés ont atteint près de 99,8 milliards de dirhams, en hausse de 14,6 % selon l’Office des Changes. C’est là l’un des atouts les plus puissants que le Royaume peut faire valoir sur le marché chinois.
La Chine, en tant que premier producteur agricole mondial nourrissant 1,4 milliard de personnes, reste structurellement dépendante des engrais phosphatés. Avec la suppression des droits de douane, les engrais marocains — notamment ceux du Groupe OCP, qui a depuis longtemps entamé sa transformation vers des produits à haute valeur ajoutée — disposeront d’un accès au marché chinois sans précédent. Les analystes estiment que le Maroc n’exploite encore que 52 % de son potentiel exportateur dans ce segment, laissant une marge de plusieurs milliards de dollars à aller chercher.
L’agroalimentaire, entre terroir et montée en gamme
Le Maroc exporte depuis longtemps ses produits agricoles vers l’Europe. Tomates fraîches, agrumes, huile d’olive, produits de la mer — autant de filières qui ont su s’imposer sur des marchés exigeants. La Chine représente un débouché encore largement sous-exploité pour ces produits, et le zéro droit de douane change fondamentalement l’équation économique.
Les consommateurs chinois de la classe moyenne, en plein essor depuis une décennie, sont de plus en plus friands de produits alimentaires étrangers perçus comme sains, naturels ou premium. L’huile d’olive marocaine jouit d’une réputation croissante en Asie. De même, les conserves de poisson, les dattes ou encore les produits bio issus du terroir marocain ont un potentiel narratif fort pour séduire un consommateur urbain chinois. Il s’agit maintenant de structurer l’offre et d’adapter le marketing à ce marché très spécifique. ✨
Le textile et l’artisanat, la carte de l’authenticité
Avec 42 % de l’emploi industriel concentré dans ce secteur, l’industrie textile reste un pilier de l’économie marocaine. Si l’Europe demeure le principal débouché, l’ouverture du marché chinois pourrait offrir de nouvelles perspectives, notamment pour les créateurs et fabricants qui misent sur le « Made in Morocco » comme argument de différenciation. Un vêtement artisanal marocain, qu’il s’agisse d’une djellaba raffinée ou d’un textile berbère, répond à une demande croissante des classes aisées chinoises pour l’artisanat mondial authentique.
Les secteurs à surveiller de près dès mai 2026
Pour les entreprises marocaines qui souhaitent se positionner rapidement, voici les segments offrant les opportunités les plus immédiates sur le marché chinois :
- 🌿 Phosphates et engrais : demande structurelle forte, compétitivité accrue dès la suppression tarifaire
- 🫒 Huile d’olive et produits oléagineux : image premium, marché chinois en forte expansion
- 🐟 Produits de la mer transformés : sardines, anchois, conserves — filière bien établie, excellente réputation qualitative
- 🧵 Textiles haut de gamme et artisanat : différenciation par l’origine et le savoir-faire unique
- ⚗️ Produits chimiques dérivés : liés à la chaîne de valeur OCP, potentiel encore largement sous-exploité
- 🌴 Dattes et épicerie fine : forte image d’authenticité, demande croissante dans toute l’Asie orientale
Les défis concrets qui restent à surmonter
Soyons honnêtes : l’enthousiasme est légitime, mais il doit s’accompagner d’une vraie lucidité. Supprimer les droits de douane ne suffit pas à ouvrir grand les portes d’un marché aussi vaste et complexe que la Chine. Et les entreprises marocaines qui s’y aventureront sans préparation risquent de se heurter à des murs inattendus.
Les barrières non tarifaires, un obstacle réel
Les certifications sanitaires et phytosanitaires, les normes techniques, les exigences d’étiquetage en mandarin, les habitudes de distribution locales — tout cela constitue des obstacles concrets que les exportateurs marocains devront apprendre à maîtriser. Les entreprises européennes, qui disposent d’accords de libre-échange depuis des années avec Pékin, savent que l’entrée sur le marché chinois demeure un exercice d’endurance autant que de compétitivité tarifaire.
Il ne faut pas non plus négliger la question logistique. La distance géographique entre le Maroc et la Chine implique des délais et des coûts de transport qui peuvent rogner une partie des gains obtenus grâce à la suppression des droits de douane. Optimiser les chaînes d’approvisionnement, développer des partenariats avec des transitaires spécialisés sur l’axe Afrique-Asie, et explorer les routes maritimes directes via les ports de Tanger Med — autant d’impératifs opérationnels à anticiper dès maintenant.
La montée en gamme, un impératif stratégique
La Banque africaine d’import-export a estimé, dans un rapport de novembre 2025, que le continent ne peut tirer pleinement parti de ce démantèlement tarifaire qu’en développant des chaînes de valeur régionales à forte valeur ajoutée et en alignant les exportations sur les préférences réelles des consommateurs chinois. Le Maroc est mieux positionné que la plupart de ses voisins africains à cet égard, grâce à une industrie transformatrice déjà structurée. Mais l’effort de sophistication de l’offre reste indispensable pour maximiser les bénéfices de cette fenêtre d’opportunité historique.
Une opportunité géopolitique autant que commerciale
La Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis 2008. Les échanges bilatéraux ont atteint 348 milliards de dollars en 2025, mais la balance commerciale bénéficie largement à Pékin, qui a réalisé un excédent de près de 100 milliards de dollars. Ce déséquilibre est précisément ce que la politique tarifaire de Xi Jinping entend, du moins en apparence, atténuer.
Pour le Maroc, cela signifie qu’il dispose d’un levier de négociation précieux. Rabat peut jouer la carte chinoise pour diversifier ses partenariats stratégiques, sans pour autant abandonner son ancrage européen ou ses ambitions africaines. Le Royaume est en outre l’un des rares pays du continent à avoir développé des relations économiques avec la Chine dans des secteurs autres que les ressources naturelles brutes — ce qui lui confère un profil d’interlocuteur crédible et mature aux yeux de Pékin.
Des discussions sont déjà en cours sur des coopérations dans les énergies renouvelables, l’hydrogène vert ou encore les véhicules électriques. L’ouverture douanière du 1er mai 2026 s’inscrit donc dans un tissu relationnel qui va bien au-delà du simple commerce de marchandises. C’est une relation de long terme qui se dessine — et le Maroc a tout intérêt à l’aborder avec ambition et méthode. 🏕️
FAQ — Zéro droit de douane Maroc-Chine : vos questions
La mesure du 1er mai 2026 concerne-t-elle vraiment tous les produits marocains ?
Oui, l’annonce concerne l’ensemble des produits importés en provenance des pays africains ayant des relations diplomatiques avec Pékin. Le Maroc est pleinement inclus dans ce dispositif. Des précisions réglementaires pourraient toutefois apparaître dans les textes d’application officiels publiés dans les prochains mois.
Quels secteurs marocains en bénéficieront le plus rapidement ?
Les phosphates et dérivés chimiques, les produits agroalimentaires transformés et les produits de la mer sont les filières les plus immédiatement compétitives. Elles disposent d’une base exportatrice déjà structurée et d’une compétitivité-prix qui sera décuplée par la suppression des barrières tarifaires.
Y a-t-il des risques à une dépendance commerciale accrue vis-à-vis de la Chine ?
Oui. Une concentration excessive des exportations vers un seul marché expose l’économie aux fluctuations de la demande chinoise et aux décisions politiques de Pékin. La stratégie optimale consiste à utiliser cette ouverture pour diversifier les débouchés, pas pour les concentrer davantage.
Comment une PME marocaine peut-elle concrètement se préparer ?
La première étape est de se conformer aux normes sanitaires et techniques chinoises, puis d’identifier des partenaires distributeurs locaux fiables. L’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE) propose un accompagnement spécifique pour les entreprises souhaitant s’ouvrir aux marchés asiatiques.