Au cœur du quartier paisible de Souissi à Rabat, derrière la façade d’une villa marocaine traditionnelle, se cache un secret technologique que peu de voisins soupçonnent. C’est ici que vit Abdelkrim Hachadi, un homme dont le regard s’illumine dès qu’il évoque les lois de la portance ou les procédures d’approche sur une piste mouillée. Consultant industriel de métier, il a passé plus de quarante ans à conseiller les plus grands groupes mondiaux des secteurs de l’aéronautique et de l’automobile. Mais une fois sa journée de travail terminée, cet ingénieur de haut vol ne déconnecte pas. Au contraire, il s’installe dans un cockpit qu’il a mis près de vingt ans à bâtir, pièce par pièce, circuit après circuit. Son projet ? Un simulateur de vol de Boeing 737 d’un réalisme saisissant, capable de tromper les sens des pilotes les plus aguerris.
L’aventure n’est pas celle d’un simple amateur de jeux vidéo. On parle ici d’une prouesse d’ingénierie domestique où chaque interrupteur, chaque cadran et chaque levier de gaz a été pensé pour reproduire fidèlement l’expérience de pilotage d’un avion de ligne. Pour Abdelkrim, ce projet farfelu au départ est devenu une œuvre de vie, un pont entre sa carrière technique et son rêve d’enfant de toucher les nuages. Ce sexagénaire dynamique ne se contente pas de voler virtuellement au-dessus des Alpes ou de l’Atlantique ; il a recréé un univers où la précision aéronautique rencontre la patience de l’artisan. C’est une immersion totale dans le monde de l’aviation civile, réalisée avec des moyens personnels et une persévérance qui force le respect.
L’histoire de ce simulateur est aussi celle d’une mutation technologique. Commencé à une époque où l’informatique grand public balbutiait, le projet a traversé les décennies, intégrant peu à peu les écrans plats, les cartes graphiques surpuissantes et les logiciels de simulation de nouvelle génération comme Microsoft Flight Simulator ou Prepar3D. Pourtant, le cœur de la machine reste physique. Abdelkrim explique souvent que le toucher d’un vrai bouton est irremplaçable par rapport à un clic de souris. C’est cette quête de l’authenticité qui rend son installation unique au Maroc. Aujourd’hui, son salon n’est plus seulement une pièce à vivre, c’est une passerelle vers le monde entier, un poste de commandement où la passion de transmettre commence à prendre le pas sur le simple plaisir de piloter.
La genèse d’un cockpit Boeing 737 fait maison
Construire un simulateur de vol de cette envergure demande des compétences multidisciplinaires allant de l’ébénisterie à l’électronique complexe, en passant par le codage informatique. Pour Abdelkrim Hachadi, le défi était de taille : comment sourcer des composants de Boeing 737 quand on réside à Rabat ? L’ingénieur a dû faire preuve d’une ingéniosité sans limites. Certaines pièces proviennent de véritables avions mis au rebut, dénichées sur des sites spécialisés ou lors de voyages professionnels à l’étranger. D’autres ont été entièrement fabriquées à la main, moulées ou imprimées en 3D pour correspondre exactement aux cotes de l’appareil original. Le réalisme est tel que la disposition des instruments respecte scrupuleusement le standard des compagnies aériennes.
Le système repose sur une architecture complexe où plusieurs ordinateurs travaillent en réseau pour gérer l’affichage extérieur, les instruments de bord et les systèmes de navigation. L’un des aspects les plus impressionnants est la gestion du FMC (Flight Management Computer), l’ordinateur de bord qui gère le plan de vol. Abdelkrim l’utilise avec une dextérité de professionnel, programmant les routes aériennes, les altitudes de croisière et les contraintes de vitesse. Pour lui, l’intérêt ne réside pas seulement dans le décollage, mais dans la gestion rigoureuse des systèmes : électricité, hydraulique, pressurisation de la cabine. Tout doit être sous contrôle, exactement comme si 180 passagers se trouvaient virtuellement derrière la porte du cockpit.
Au fil des années, l’investissement financier a été conséquent, mais c’est surtout l’investissement temporel qui impressionne. Passer des week-ends entiers à souder des milliers de fils pour s’assurer que le voyant “Master Caution” s’allume au bon moment relève d’une forme de méditation technique. L’ingénieur raconte souvent l’anecdote de ce composant électronique introuvable qu’il a fini par concevoir lui-même, prouvant que la barrière technologique n’est qu’un obstacle de plus à franchir. Ce simulateur est le témoin d’une époque où l’on prenait le temps de comprendre comment fonctionnent les choses. C’est une machine qui possède une âme, loin des produits de grande consommation que l’on achète et que l’on remplace au bout de deux ans.
Un réalisme technique qui bluffe les professionnels
Le niveau de fidélité atteint par le simulateur d’Abdelkrim Hachadi est tel qu’il attire l’attention de vrais pilotes de ligne. Ce ne sont pas seulement les graphismes qui impressionnent, mais le comportement de l’avion virtuel. La lourdeur des commandes, la réactivité des moteurs CFM56 et la précision des systèmes de navigation permettent de réaliser des vols complets, de la préparation du cockpit au “cold and dark” jusqu’à l’extinction des moteurs à l’arrivée. L’immersion est renforcée par un système audio qui reproduit les bruits de vent, les alertes sonores du GPWS (Ground Proximity Warning System) et les communications radio avec le contrôle aérien virtuel.
Pour garantir une expérience optimale, l’ingénieur s’appuie sur des solutions techniques de pointe :
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Un affichage panoramique à 180 degrés utilisant des projecteurs haute définition pour une immersion visuelle totale.
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Des répliques de sièges de pilotes ergonomiques, permettant de rester aux commandes durant des vols de plusieurs heures.
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Un palonnier et un manche (Yoke) à retour de force pour ressentir les pressions aérodynamiques sur les gouvernes.
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Des cartes d’interface Arduino et Leo Bodnar pour relier les centaines d’interrupteurs physiques au logiciel de vol.
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Une base de données de navigation mise à jour mensuellement via Navigraph, reflétant les vraies cartes aériennes mondiales.
L’une des grandes fiertés d’Abdelkrim est d’avoir réussi à synchroniser les cadrans analogiques avec les données numériques. Voir une aiguille de pression d’huile bouger physiquement sur son tableau de bord alors qu’il pousse les manettes dans son salon est un plaisir qu’il ne se lasse pas de partager. Ce souci du détail s’étend jusqu’à la check-list, qu’il suit avec une rigueur militaire. Rien n’est laissé au hasard : l’emport de carburant est calculé en fonction de la charge et de la météo réelle téléchargée en temps réel depuis des serveurs météo mondiaux. Si un orage éclate au-dessus de l’aéroport de Casablanca dans la réalité, Abdelkrim devra affronter les mêmes turbulences et la même visibilité réduite dans son cockpit de Rabat.
La transmission du savoir aéronautique au Maroc
Passé soixante ans, Abdelkrim Hachadi ne voit plus son simulateur comme un simple jouet personnel. Il est animé par une volonté farouche de transmettre cette passion aux jeunes Marocains. Le Royaume connaît actuellement un essor spectaculaire de son industrie aéronautique, avec des zones franches à Casablanca qui accueillent des géants comme Boeing, Safran ou Airbus. Pourtant, susciter des vocations chez les jeunes demande plus que des discours ; il faut du concret, du spectaculaire, du palpable. L’ingénieur souhaite ouvrir les portes de son cockpit aux étudiants, aux passionnés et même aux enfants pour leur montrer que la technologie est à leur portée s’ils ont la patience d’apprendre.
Le projet de transformer cette installation privée en un petit centre de formation ou d’initiation trotte dans la tête d’Abdelkrim. Il imagine des ateliers où l’on expliquerait pourquoi un avion vole, comment on lit une carte aéronautique ou comment on communique avec une tour de contrôle. Pour lui, le simulateur est un outil pédagogique extraordinaire. Il permet de démystifier le métier de pilote, souvent perçu comme inaccessible, et de mettre en avant les métiers de l’ombre : ingénieurs de maintenance, contrôleurs aériens ou techniciens en électronique embarquée. C’est une manière de redonner au pays ce que sa longue carrière lui a permis d’acquérir en termes d’expertise internationale.
L’impact d’une telle initiative à Rabat pourrait être significatif. Dans un monde de plus en plus numérique, offrir une expérience physique de pilotage peut être le déclic nécessaire pour un futur ingénieur. Abdelkrim croit fermement que “la main doit aider l’esprit”. En manipulant les commandes, le jeune apprend la responsabilité et la rigueur. Chaque erreur en simulation est une leçon apprise sans danger, une préparation à la réalité exigeante de l’industrie. Son rêve est désormais de voir son cockpit de Boeing 737 devenir un lieu de rencontre, un hub où la passion des anciens inspire l’ambition des plus jeunes, créant ainsi une chaîne de savoir ininterrompue.
Un simulateur comme outil d’inclusion et d’éducation
L’ingénieur réfléchit également à l’aspect inclusif de son projet. Il est convaincu que l’aviation ne doit pas être réservée à une élite. Grâce à la simulation, le coût de la formation s’effondre. Bien sûr, son simulateur ne remplace pas une heure de vol réelle dans une école de pilotage certifiée, mais il permet de dégrossir considérablement le travail. On peut apprendre les procédures d’urgence, la navigation aux instruments (IFR) et la gestion de la fatigue sans brûler un seul litre de kérosène. C’est aussi une démarche écoresponsable qui permet de s’entraîner intensément tout en réduisant l’empreinte carbone liée à l’apprentissage initial.
Abdelkrim a déjà reçu plusieurs visites de jeunes curieux et leurs réactions sont unanimes : l’émerveillement. Passer du petit écran d’un ordinateur portable à un cockpit à l’échelle 1:1 change radicalement la perception de l’espace. L’ingénieur prend le temps d’expliquer chaque voyant, de raconter l’histoire de la conception du 737, cet avion mythique qui a transporté des milliards de passagers. Cette approche narrative de la technologie rend l’apprentissage vivant et mémorable. Pour le sexagénaire, chaque sourire d’un enfant qui réussit son premier atterrissage virtuel est une récompense bien plus gratifiante que n’importe quelle réussite professionnelle passée.
L’ingénierie au service du rêve et de la résilience
Le parcours d’Abdelkrim Hachadi est une leçon de résilience. Mener un tel projet sur deux décennies nécessite une discipline de fer. Il a fallu surmonter les doutes, les pannes techniques frustrantes et parfois l’incompréhension de l’entourage face à ce projet “fou”. Mais cette ténacité est la marque des grands ingénieurs. Elle reflète également le dynamisme industriel du Maroc, qui ne veut plus être un simple consommateur de technologies étrangères, mais un acteur capable de comprendre, de réparer et d’innover. Ce simulateur est une métaphore de cette ambition nationale : partir de rien, utiliser son intelligence et sa passion pour bâtir quelque chose de grand.
L’histoire de ce Boeing 737 à Rabat nous rappelle que la retraite n’est pas forcément une fin de parcours, mais le début d’une nouvelle aventure. Pour Abdelkrim, l’heure n’est pas au repos mais à l’optimisation constante de sa machine. Il surveille de près les dernières avancées en matière de réalité virtuelle et augmentée, cherchant toujours comment améliorer l’immersion visuelle. Son esprit reste en alerte, curieux de tout, prouvant que la passion est le meilleur moteur contre le vieillissement. Il continue de parcourir le monde virtuellement, se posant à Tokyo, New York ou Dubaï, mais son port d’attache reste cette pièce à Rabat où il construit l’avenir.
En conclusion, le simulateur de vol d’Abdelkrim Hachadi est bien plus qu’un assemblage de ferraille et d’électronique. C’est le manifeste d’un homme qui a décidé que le ciel n’avait pas de limites, même depuis son salon. C’est une invitation à oser, à se lancer dans des projets de longue haleine et à croire en la force de la transmission. Alors que le Maroc s’affirme chaque jour davantage comme une nation technologique, des initiatives individuelles comme celle-ci constituent le terreau fertile d’une culture de l’excellence et de l’innovation. Le vol continue pour Abdelkrim, et le plus beau décollage est sans doute celui des vocations qu’il s’apprête à faire naître.
FAQ — Simulateur de Vol Boeing 737 de Rabat
1. Quel est le modèle exact de l’avion reproduit ?
En ce vendredi 6 mars 2026, le simulateur reste une réplique fidèle du Boeing 737-800 Next Generation (NG).
- Réalisme : Le cockpit reproduit l’agencement exact des instruments (Overhead panel, MCP, FMC).
- Immersion : Le système utilise des écrans haute définition et des logiciels de simulation de vol professionnels (comme P3D ou MSFS) pour recréer l’environnement des aéroports du monde entier, y compris celui de Rabat-Salé.
2. Combien de temps a-t-il fallu pour construire ce simulateur ?
C’est l’œuvre d’une vie qui a nécessité plus de 20 ans de travail acharné :
- Évolution : Abdelkrim Hachadi a commencé avec des systèmes rudimentaires pour aboutir à une structure physique complexe (base fixe, sièges réels, manettes de gaz motorisées).
- Ingénierie : Chaque bouton et chaque interrupteur a été câblé manuellement à des cartes d’interface électronique pour communiquer avec l’ordinateur de vol.
3. Ce simulateur est-il ouvert au public en 2026 ?
L’installation demeure un projet privé, mais la vision évolue :
- Localisation : Il est situé au domicile du créateur à Rabat.
- Partage : Fort de sa notoriété médiatique, M. Hachadi multiplie les échanges avec des passionnés et des écoles d’ingénieurs. Son ambition est de créer un espace dédié à l’éducation aéronautique pour inspirer les jeunes Marocains vers les métiers de l’air.
4. Est-ce que ce simulateur peut aider à devenir pilote ?
Oui, comme outil pédagogique complémentaire :
- Procédures : Il permet de pratiquer les “check-lists” de démarrage (Cold & Dark), les décollages et les atterrissages dans des conditions météorologiques variées.
- Navigation : L’utilisation du FMC (Flight Management Computer) et de la radio-navigation est identique à celle d’un vrai Boeing.
- Limites : N’étant pas certifié par la DGAC ou l’EASA comme un simulateur de type D (Full Flight Simulator), il ne permet pas de valider des heures de vol légales, mais il prépare mentalement et techniquement aux tests de sélection.
Le simulateur d’Abdelkrim Hachadi est devenu en 2026 un symbole de la persévérance technologique marocaine, prouvant que la passion peut transformer un salon en un véritable cockpit de ligne.