Le Maroc continue d’impressionner les observateurs internationaux avec une trajectoire économique solide qui résiste aux turbulences mondiales. La récente mission du Fonds monétaire international (FMI) achevée début 2026 dresse un portrait encourageant : une croissance de 4,9 % prévue pour 2025 et 2026, une inflation maîtrisée sous la barre de 1 % et des équilibres macroéconomiques respectés. Mais derrière ces chiffres qui rassurent, des défis structurels persistent, notamment celui de l’emploi des jeunes qui reste le grand chantier à achever. 🇲🇦
- Une croissance économique résiliente malgré les défis
- Les secteurs porteurs de la croissance marocaine
- Le défi crucial de l’emploi et de la formation
- Les équilibres macroéconomiques préservés
- La question des entreprises publiques et de la compétitivité
- Le financement des PME et l’entrepreneuriat
- Perspectives et recommandations stratégiques
- FAQ : Questions essentielles sur l’économie marocaine
Le royaume chérifien semble avoir trouvé son rythme de croisière économique, porté par une gestion budgétaire rigoureuse, des réformes en profondeur et une conjoncture climatique plus favorable après plusieurs années de sécheresse. Pourtant, la question centrale demeure : comment transformer cette stabilité macroéconomique en opportunités concrètes pour la population, en particulier pour une jeunesse qui peine à trouver sa place sur le marché du travail ?
Une croissance économique résiliente malgré les défis
La croissance marocaine affiche une belle résilience face aux chocs externes. Après avoir traversé des années difficiles marquées par la pandémie de Covid-19 et une sécheresse prolongée qui a durement frappé le secteur agricole, l’économie nationale rebondit avec une progression de 3,5 % en 2023, puis 4,6 % en 2024, avant d’atteindre les 4,9 % anticipés pour 2025 et 2026.
Cette dynamique ascendante témoigne d’une capacité d’adaptation remarquable du tissu économique marocain. Le pays bénéficie d’une diversification sectorielle qui le protège partiellement des aléas : l’industrie automobile et aéronautique connaît un développement spectaculaire, le tourisme maintient des performances honorables malgré les fluctuations conjoncturelles, et la construction continue de soutenir l’activité économique. 🏗️
Cependant, si le Nouveau Modèle de Développement (NMD) vise un taux de croissance de 6 à 7 % sur la durée, l’économie marocaine n’y est pas encore. L’enjeu réside moins dans l’atteinte ponctuelle d’un chiffre élevé que dans la durabilité et la qualité de cette croissance. Car une croissance à 5 % qui ne crée pas suffisamment d’emplois et qui creuse les inégalités territoriales pose autant de problèmes qu’elle en résout.
Le secteur agricole reste un baromètre crucial de l’économie nationale. Les bonnes précipitations de 2025 ont redonné espoir après sept années de sécheresse consécutive qui ont mis à rude épreuve l’agriculture vivrière et les petits exploitants. Cette amélioration climatique devrait même permettre de dépasser les prévisions initiales et d’approcher les 5,5 % de croissance en 2026, offrant un bol d’air bienvenu à l’économie rurale.
Les secteurs porteurs de la croissance marocaine
L’industrie constitue aujourd’hui la colonne vertébrale du développement économique marocain. Entre 2014 et 2024, le secteur industriel a doublé en termes de chiffre d’affaires et d’exportations, une performance remarquable qui témoigne d’une transformation structurelle profonde.
L’aéronautique se distingue particulièrement avec un chiffre d’affaires multiplié par 3,4 sur la décennie. Le royaume attire désormais les plus grands noms du secteur et développe une expertise reconnue internationalement. L’automobile n’est pas en reste, avec des investissements massifs qui positionnent le Maroc comme un hub régional incontournable. Ces industries à haute valeur ajoutée contribuent significativement aux exportations et à l’image de marque du “Made in Morocco”. ✈️
Mais cette montée en gamme industrielle soulève un paradoxe : ces secteurs de pointe créent relativement peu d’emplois comparés aux industries traditionnelles. Un projet récent lancé sous le haut patronage royal illustre cette réalité : 280 millions d’euros investis pour créer 500 emplois. Dans le textile traditionnel, ce même montant aurait généré des dizaines de milliers de postes de travail.
Le secteur des services, notamment le tourisme, continue de jouer son rôle d’amortisseur économique et d’employeur de masse. Malgré les fluctuations liées aux aléas conjoncturels internationaux, l’industrie touristique marocaine maintient une attractivité certaine grâce à la diversité de son offre : balnéaire, culturel, écotourisme, tourisme d’affaires…
L’agriculture, quant à elle, vit une mutation complexe. Le plan Génération Verte succédant au Maroc Vert vise à moderniser et professionnaliser le secteur tout en préservant son rôle social. Mais la réalité du terrain montre que malgré les efforts déployés, l’exode rural n’a pas été stoppé et la petite agriculture familiale continue de souffrir, notamment lors des périodes de sécheresse qui libèrent une main-d’œuvre souvent peu qualifiée pour intégrer l’industrie ou les services structurés.
Le défi crucial de l’emploi et de la formation
Le taux de chômage demeure le talon d’Achille de l’économie marocaine. Avec 13 % au niveau national selon les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), et un taux alarmant de 36 % chez les jeunes, la situation reste préoccupante. Ces statistiques signifient concrètement que dans un foyer moyen avec trois jeunes en âge de travailler, un seul occupe effectivement un emploi.
La méthodologie de calcul du HCP, qui considère qu’une personne ayant travaillé une heure par jour est active, suggère même que la réalité pourrait être encore plus sombre. Le chômage féminin constitue également un défi majeur, malgré les efforts pour favoriser l’inclusion économique des femmes. 👩💼
Chaque année, le marché du travail marocain doit absorber environ 400 000 nouveaux demandeurs d’emploi : 200 000 sortant du système éducatif et universitaire, et 200 000 personnes en âge de travailler. Or, l’économie nationale peine à créer suffisamment de postes pour répondre à cette demande, encore moins à résorber le stock de chômeurs existants.
Le problème n’est pas seulement quantitatif, il est aussi qualitatif. L’inadéquation entre les compétences des diplômés et les besoins réels du marché constitue un frein majeur. Les universités et centres de formation professionnelle fonctionnent parfois en décalage avec les évolutions rapides des secteurs d’activité. Une formation ouverte en 2026 peut se retrouver obsolète l’année suivante face aux nouvelles exigences technologiques.
La solution réside dans un changement de paradigme : plutôt que de se concentrer uniquement sur des formations techniques et métiers, il faut développer les soft skills et la capacité d’adaptation. Former des professionnels capables de s’autoformer et de se réinventer face aux mutations technologiques devient plus crucial qu’une expertise technique figée.
Les Cités des Métiers et des Compétences, initiées par l’OFPPT dans les dix régions du royaume, représentent une initiative prometteuse. Ces structures fonctionnent en cogestion public-privé, permettant aux entreprises de participer directement à la définition des programmes et à la formation. L’Institut des Métiers de l’Aéronautique (IMA) illustre ce modèle réussi où le privé gère la formation avec les moyens mis à disposition par l’État. 🎓
Les équilibres macroéconomiques préservés
Le Maroc fait figure d’élève modèle en matière de gestion macroéconomique. L’inflation est redescendue à 0,8 % début 2025, bien en dessous des 6 % atteints pendant la crise post-Covid de 2021-2022. Cette maîtrise résulte d’une politique monétaire prudente menée par Bank Al-Maghrib, qui a privilégié le contrôle des prix sur la stimulation de la croissance.
Le déficit budgétaire s’est réduit à 3,5 % du PIB, un niveau conforme aux standards européens et meilleur que de nombreux pays de l’Union européenne qui peinent à descendre sous les 5-6 %. Cette performance témoigne d’une discipline budgétaire rigoureuse et d’une capacité à générer des revenus fiscaux en hausse.
Les recettes fiscales ont bondi de 199 milliards de dirhams en 2020 à 299 milliards en 2025, soit une augmentation moyenne de 20 milliards par an. Cette progression spectaculaire s’explique par trois facteurs principaux :
- La modernisation des systèmes d’information de la Direction Générale des Impôts, permettant une identification plus efficace des redevables
- L’élargissement de l’assiette fiscale conformément aux assises fiscales de 2019
- Une meilleure collecte grâce à la digitalisation administrative 💰
L’endettement public s’est stabilisé à 67 % du PIB, contre 71-72 % auparavant, alors même que le pays mène d’importants investissements infrastructurels. Cette maîtrise repose sur des sources de financement innovantes, notamment les opérations de prélèvement collectif et immobilier (OPCI) qui ont généré 25 milliards de dirhams rien qu’en 2024 par la cession-location de biens immobiliers publics.
Cependant, cet équilibre macroéconomique soulève un débat : faut-il privilégier la stabilité financière au détriment d’une croissance plus agressive ? Le Maroc a fait le choix de la prudence, garantissant ainsi sa crédibilité auprès des bailleurs de fonds internationaux et maintenant son attractivité pour les investisseurs étrangers. Ce positionnement lui permet d’accéder à des lignes de crédit préférentielles auprès de la Banque mondiale et du FMI.
La question des entreprises publiques et de la compétitivité
Le FMI insiste particulièrement sur la nécessité de réformer la gouvernance des établissements et entreprises publics (EEP). Ces structures, parfois jugées trop lourdes et peu compétitives, pèsent sur les finances publiques. Beaucoup fonctionnent à déficit et dépendent des transferts budgétaires de l’État, une situation insoutenable à long terme.
La solution passe par l’introduction d’outils de gestion modernes : contrôle de gestion, tableaux de bord, indicateurs de performance, comptabilité analytique. Il s’agit de piloter ces entreprises comme le ferait le secteur privé, en visant la rentabilité et l’autonomie financière tout en préservant leur mission de service public.
L’objectif n’est pas nécessairement la privatisation systématique, mais plutôt l’instauration d’une gouvernance efficace qui permette aux recettes de couvrir les charges d’exploitation et d’investissement, réduisant ainsi la dépendance au budget général de l’État. Cette neutralité financière libérerait des ressources publiques pour d’autres priorités sociales. 🏛️
La compétitivité industrielle reste un défi majeur. Le déficit structurel de la balance commerciale révèle une dépendance aux importations qui affecte la souveraineté économique du pays. Le Maroc importe massivement des produits pétroliers, des matières premières industrielles et même certains produits alimentaires, ce qui fragilise sa sécurité économique.
Paradoxalement, de nombreuses entreprises étrangères implantées au Maroc préfèrent importer leurs matières premières plutôt que de s’approvisionner localement, par manque de confiance dans la qualité et la fiabilité des fournisseurs marocains. Cette situation illustre la nécessité de professionnaliser les PME pour qu’elles puissent intégrer les chaînes de valeur internationales et répondre aux standards de qualité exigés.
Le financement des PME et l’entrepreneuriat
Les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) constituent 95 % du tissu entrepreneurial marocain mais peinent à accéder au financement nécessaire à leur développement. Les banques commerciales, naturellement averses au risque, privilégient les dossiers solides et rentables, laissant de côté les projets à fort potentiel mais vulnérables financièrement.
Cette réticence bancaire constitue un obstacle majeur, mais le problème ne se limite pas au financement. Les PME marocaines souffrent aussi d’un déficit de compétences en marketing, en force de vente et en connaissance du marché. La capacité à identifier les opportunités, à se positionner sur les marchés et à développer une clientèle fait souvent défaut.
L’accès aux marchés reste également problématique dans une économie où certains secteurs sont dominés par des structures oligopolistiques. Quand quelques grandes entreprises contrôlent l’essentiel de la production et de la distribution, les PME émergentes peinent à trouver leur place. Cette concentration empêche une réelle concurrence et limite l’innovation.
Le développement du capital-risque demeure insuffisant au Maroc. Sans mécanismes permettant de financer des projets innovants mais risqués, les petites entreprises se retrouvent acculées : soit elles basculent dans l’informel, soit elles sont absorbées par de plus grandes structures, soit elles disparaissent. On compte environ 10 000 défaillances d’entreprises par an dans le secteur formel, un chiffre qui serait bien plus élevé si l’on incluait l’économie informelle représentant plus de 30 % du PIB. 📊
Perspectives et recommandations stratégiques
Pour transformer la croissance économique en développement inclusif, plusieurs leviers doivent être activés simultanément. La simplification des procédures administratives constitue un préalable indispensable : des investisseurs ont quitté le pays face à des blocages bureaucratiques, des problèmes de titres fonciers et autres tracasseries qui découragent l’initiative privée.
L’ouverture des marchés et l’assouplissement des règles de concurrence permettraient aux nouveaux entrants de se positionner. Trop de secteurs restent fermés ou verrouillés par des positions dominantes, limitant la vitalité entrepreneuriale. Une régulation plus équilibrée favoriserait l’émergence de champions nationaux sans étouffer la concurrence.
La qualification des ressources humaines doit devenir une priorité absolue. Les grandes entreprises qui s’implantent au Maroc témoignent de difficultés à recruter des profils adaptés, même pour des postes d’ouvriers spécialisés. Les formations doivent s’adapter aux technologies de l’Industrie 4.0 : intelligence artificielle, systèmes cyber-physiques, smart factories… Ces compétences deviennent indispensables pour maintenir l’attractivité industrielle du royaume.
Le développement de marques locales de proximité pourrait réduire la dépendance logistique et créer de l’emploi au niveau des quartiers et des régions. Actuellement, la production reste hyper-concentrée géographiquement (Tanger, Casablanca, Kenitra), laissant de vastes territoires à l’écart du développement industriel.
L’amélioration de la productivité des investissements (ICOR – Incremental Capital-Output Ratio) est cruciale. Il faut actuellement investir une unité pour obtenir un retour d’une unité, ce qui est très faible. Cette faible rentabilité limite la capacité de l’économie à générer croissance et emplois. Les investissements doivent privilégier les secteurs à fort effet multiplicateur plutôt que les infrastructures qui, bien que nécessaires, créent peu d’emplois directs à long terme. 🎯
FAQ : Questions essentielles sur l’économie marocaine
Pourquoi la croissance marocaine ne crée-t-elle pas assez d’emplois ?
La structure de l’économie marocaine s’est transformée vers des secteurs à haute valeur ajoutée (aéronautique, automobile) qui emploient moins de main-d’œuvre que les industries traditionnelles. Un point de croissance générait 25 000 emplois auparavant, contre moins de 15 000 aujourd’hui. De plus, l’oligopolisation de l’économie concentre la richesse dans 2 % des entreprises, limitant les opportunités pour les PME créatrices d’emplois.
Comment le Maroc maîtrise-t-il son inflation malgré les crises internationales ?
Bank Al-Maghrib a mené une politique monétaire prudente en privilégiant le contrôle des prix sur la stimulation de la croissance. Le taux directeur a été ajusté pour contenir l’inflation importée liée aux crises russo-ukrainienne et énergétique. Cependant, l’inflation ressentie reste plus élevée car les prix alimentaires, très sensibles pour les ménages, avaient fortement augmenté en 2021-2022 et ne sont redescendus que partiellement.
Pourquoi les PME marocaines peinent-elles à se développer ?
Les PME font face à un triple défi : difficulté d’accès au financement bancaire (réticence au risque), manque de compétences en gestion et marketing, et fermeture de nombreux marchés dominés par de grandes structures. S’ajoute la méfiance de certains donneurs d’ordres internationaux qui préfèrent importer leurs matières premières plutôt que de faire confiance aux fournisseurs locaux, limitant l’intégration des PME dans les chaînes de valeur.
Quelles sont les priorités pour améliorer l’employabilité des jeunes ?
Au-delà des formations techniques, il faut développer les compétences transversales (soft skills) et la capacité d’adaptation face aux mutations technologiques rapides. Les Cités des Métiers et la cogestion public-privé de la formation professionnelle constituent des pistes prometteuses. Il faut aussi réduire l’inadéquation entre diplômes et besoins du marché en associant davantage les entreprises à la définition des programmes de formation.