Depuis quelques années, l’intelligence artificielle est partout. Dans la presse, sur LinkedIn, dans les discours de dirigeants, dans les valorisations boursières. OpenAI, Nvidia, Google, Microsoft — les milliards de dollars s’accumulent à une vitesse qui donne le vertige. Et pourtant, une question commence à murmurer dans les couloirs des salles de marchés et des cabinets de conseil : et si tout ça ressemblait un peu trop à la bulle internet des années 2000 ?
- Ce qu’on appelle vraiment une bulle spéculative
- Pourquoi certains experts sonnent l’alarme sur l’IA
- Les arguments de ceux qui pensent que cette fois, c’est différent
- Les signaux d’alerte concrets à surveiller
- Ce que l’histoire des bulles nous enseigne vraiment
- Ce que vous devez retenir si vous n’êtes pas investisseur
- FAQ — Vos questions sur la bulle de l’IA
Pour ceux qui n’ont pas de doctorat en économie ni de compte chez un hedge fund londonien, ce dossier est fait pour vous. On va décortiquer, sans jargon inutile, ce qu’est une bulle spéculative, pourquoi certains pensent que l’IA en est une, et ce que ça change concrètement pour vous — que vous soyez investisseur, entrepreneur ou simple citoyen curieux.
Ce qu’on appelle vraiment une bulle spéculative
Une bulle, dans le sens économique du terme, c’est relativement simple à comprendre : c’est quand le prix d’un actif s’envole bien au-delà de sa valeur réelle, alimenté non pas par des fondamentaux solides, mais par l’enthousiasme, la peur de manquer le train (le fameux FOMO) et une confiance aveugle dans l’avenir.
L’exemple le plus connu reste la bulle dot-com de la fin des années 90. Des entreprises sans revenus, sans modèle économique clair, parfois sans produit fini étaient valorisées à plusieurs milliards de dollars simplement parce qu’elles avaient “.com” dans leur nom. Quand la bulle a éclaté en 2000-2001, des milliers de sociétés ont disparu du jour au lendemain, emportant avec elles les économies de beaucoup d’épargnants.
Le schéma classique d’une bulle suit toujours à peu près le même cycle : innovation réelle → engouement excessif → afflux de capitaux → valorisations délirantes → correction brutale. Ce qui est intéressant, c’est que la technologie sous-jacente n’est pas forcément mauvaise — Internet était une vraie révolution — mais les marchés ont tendance à surestimer la vitesse à laquelle les profits vont se concrétiser.
Pourquoi certains experts sonnent l’alarme sur l’IA
Aujourd’hui, les signes qui rappellent une bulle sont là, et ils sont nombreux. Nvidia, le fabricant de puces indispensables à l’entraînement des modèles d’IA, a vu sa capitalisation boursière frôler les 3 000 milliards de dollars en 2024 — soit une progression de plus de 800 % en deux ans. OpenAI est valorisée à plus de 150 milliards de dollars malgré des pertes colossales. Des start-ups sans aucun revenu lèvent des dizaines de millions d’euros sur la seule promesse d’un modèle de langage “révolutionnaire”.
Goldman Sachs a publié en 2024 un rapport remarqué dans lequel ses économistes posaient une question inconfortable : l’IA générative représente-t-elle vraiment un retour sur investissement suffisant pour justifier les 1 000 milliards de dollars que les entreprises prévoient d’y injecter ? Leur réponse était nuancée — mais pas rassurante. L’IA générait peu de gains de productivité mesurables à ce stade, et les cas d’usage rentables restaient encore relativement rares.
Ce qui inquiète les analystes les plus prudents, c’est que beaucoup d’entreprises investissent massivement dans l’IA non pas parce qu’elles en ont besoin, mais parce qu’elles ont peur de se retrouver à la traîne. C’est un comportement classique de fin de cycle spéculatif : on achète parce que les autres achètent, et non parce que la valeur est là.
Les arguments de ceux qui pensent que cette fois, c’est différent
Il serait malhonnête de ne présenter qu’un seul côté du débat. Nombreux sont les économistes et investisseurs sérieux qui estiment que l’IA n’est pas une bulle au sens traditionnel du terme — ou du moins, pas entièrement.
Des revenus réels, pas des promesses en l’air
Contrairement aux start-ups dot-com qui brûlaient du cash sans jamais générer un dollar, des entreprises comme Microsoft, Google ou Amazon intègrent l’IA dans des produits existants et génèrent des revenus concrets. Azure AI, Google Workspace Gemini ou AWS Bedrock sont des services que des millions d’entreprises paient déjà. Ce n’est pas de la fumée.
Une infrastructure qui transcende l’IA
Même si l’IA générative devait décevoir à court terme, les investissements dans les data centers, les semi-conducteurs et les câbles sous-marins auront de la valeur quelle que soit l’évolution du marché. Nvidia vend des pelles pendant une ruée vers l’or — et les pelles ont une utilité bien réelle, quel que soit le cours du métal.
Des cas d’usage qui se multiplient vraiment
La médecine, le droit, la finance, la logistique, l’éducation — dans ces secteurs, des gains de productivité concrets commencent à se mesurer. Une étude du MIT publiée en 2023 montrait que les consultants ayant accès à GPT-4 accomplissaient leurs tâches 25 % plus vite et avec une qualité supérieure à ceux qui n’y avaient pas accès. Ce n’est pas rien.
Les signaux d’alerte concrets à surveiller
Pour savoir si on est vraiment dans une bulle, voici les indicateurs que les analystes regardent de près :
- Le ratio cours/bénéfices des entreprises IA : quand une entreprise se paie 100 fois ses bénéfices annuels, la moindre déception peut provoquer une chute violente.
- Le niveau de dépenses en capex : les géants de la tech dépensent des dizaines de milliards en infrastructure IA — si les revenus ne suivent pas, les actionnaires vont s’impatienter.
- Le taux d’adoption réelle par les PME : les grandes entreprises testent, mais est-ce que les petites structures intègrent vraiment l’IA dans leur quotidien ?
- La concentration du marché : quand seulement une poignée d’entreprises captent l’essentiel des investissements, le risque systémique augmente.
- Les faillites de start-ups IA : un indicateur avancé d’une correction prochaine serait une vague de fermetures dans l’écosystème des jeunes pousses.
Ce que l’histoire des bulles nous enseigne vraiment
Il y a une leçon souvent oubliée dans l’histoire des bulles spéculatives : la technologie au cœur de la bulle finit généralement par tenir ses promesses — mais pas aux investisseurs du début.
Internet a révolutionné le monde, comme promis. Mais ceux qui avaient acheté des actions Pets.com ou Boo.com en 1999 ont tout perdu. En revanche, ceux qui ont investi dans Amazon ou Google après l’éclatement de la bulle, quand les valorisations étaient raisonnables, ont fait fortune.
Pour l’IA, le scénario plausible est similaire. La technologie est réelle, les applications sont réelles, mais le calendrier et les valorisations actuelles sont peut-être excessifs. Une correction, même sévère, ne signifierait pas la fin de l’IA — elle signifierait simplement que le marché a recalibré ses attentes à des niveaux plus réalistes.
Ce que les économistes appellent le “Gartner Hype Cycle” illustre bien ce phénomène : chaque grande technologie traverse un pic d’attentes excessives, suivi d’un creux de désillusion, avant d’atteindre une adoption stable et productive. L’IA est probablement quelque part entre le pic et le creux — et la traversée peut faire mal aux portefeuilles non préparés.
Ce que vous devez retenir si vous n’êtes pas investisseur
Parce que tout le monde n’a pas d’actions Nvidia dans son portefeuille, voici ce que la possible bulle de l’IA change concrètement pour le commun des mortels.
Si vous êtes salarié, la vraie question n’est pas de savoir si la bulle va éclater, mais si votre secteur va être transformé par l’IA avant ou après une éventuelle correction. La réponse est : probablement avant. Les entreprises investissent massivement maintenant, et les effets sur l’emploi — positifs et négatifs — se font déjà sentir.
Si vous êtes entrepreneur ou dirigeant, méfiez-vous des vendeurs de solutions IA miracles. Beaucoup de start-ups surfent sur la vague sans apporter de valeur réelle. Exigez des preuves de concept et des métriques concrètes avant de signer un chèque.
Si vous êtes simple citoyen curieux, retenez ceci : une bulle qui éclate ne fait pas disparaître la technologie. Elle fait disparaître les excès. Et souvent, ce qui reste après le ménage est plus solide, plus utile et plus accessible que ce qui existait avant.
FAQ — Vos questions sur la bulle de l’IA
La bulle de l’IA va-t-elle vraiment éclater ?
Personne ne peut prédire avec certitude si ou quand une correction interviendra. Ce qui est certain, c’est que les valorisations actuelles de certaines entreprises spécialisées en IA reposent sur des hypothèses de croissance très optimistes. Si ces anticipations ne se concrétisent pas, une correction est probable — sans nécessairement provoquer un choc systémique pour l’économie réelle.
L’IA va-t-elle disparaître comme certaines start-ups dot-com ?
Non. L’intelligence artificielle est une technologie structurante avec des usages concrets et croissants dans de nombreux secteurs. Ce qui pourrait disparaître, ce sont les entreprises surévaluées sans modèle économique viable. Les acteurs disposant de revenus solides, de données propriétaires et d’une proposition de valeur claire ont davantage de chances de traverser une éventuelle correction.
Faut-il éviter d’investir dans l’IA en ce moment ?
Il ne s’agit pas d’un conseil financier, mais d’un constat historique : lors des grandes vagues technologiques, les opportunités les plus intéressantes ont souvent émergé après les phases de correction. La prudence, l’analyse fondamentale et la diversification demeurent des principes essentiels en période d’euphorie des marchés.
En quoi la bulle de l’IA diffère-t-elle de la bulle internet ?
Une différence majeure réside dans la solidité financière des acteurs dominants de l’IA. Contrairement à de nombreuses entreprises de la bulle internet des années 2000, plusieurs leaders actuels sont déjà très rentables et disposent de ressources considérables. Cela ne supprime pas le risque de correction, mais rend un effondrement généralisé moins probable.