Il y a quelques années encore, parler de l’intelligence artificielle dans une école marocaine relevait de la science-fiction. Aujourd’hui, des lycéens de Casablanca codent leurs premiers algorithmes, des entrepreneurs de Rabat lancent des startups en deep tech, et des jeunes diplômés de Marrakech postulent à des postes qui n’existaient pas il y a dix ans. Quelque chose a changé. Profondément, rapidement, et de manière presque silencieuse.
- Une jeunesse connectée qui ne attend plus
- Les secteurs qui attirent les Marocains tournés vers l’avenir
- Ce que les Marocains font concrètement pour se préparer
- Les obstacles qui freinent encore cette transition
- Le Maroc, hub africain des talents de demain ?
- FAQ — Les Marocains et les métiers du futur en 2026
Le Maroc est en train de vivre une transformation professionnelle sans précédent. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas une évolution imposée de l’extérieur — c’est une anticipation qui vient de l’intérieur.
Une jeunesse connectée qui ne attend plus
Le profil de la jeunesse marocaine a radicalement évolué. Avec un taux de pénétration d’Internet dépassant les 88 % en 2024 selon l’ANRT, et une population dont plus de 40 % a moins de 25 ans, le Maroc dispose d’un vivier humain particulièrement réceptif aux mutations du marché du travail mondial.
Cette génération n’attend pas que l’État ou les grandes entreprises lui indiquent la direction à suivre. Elle se forme seule, via des plateformes comme Coursera, Udemy ou encore YouTube. Elle suit les tendances mondiales en temps réel, compare les offres d’emploi à Dubaï, Paris et Toronto, et calibre ses compétences en conséquence.
L’auto-formation est devenue une norme, pas une exception. Un étudiant en économie à Fès peut aujourd’hui compléter sa licence avec une certification Google en data analytics, et se positionner ainsi sur des profils hybrides très recherchés par les entreprises multinationales installées dans les zones franches du royaume.
Les secteurs qui attirent les Marocains tournés vers l’avenir
La tech et l’intelligence artificielle
L’essor des Offshoring et des centres de services partagés a ouvert une porte monumentale. Des villes comme Casablanca, Rabat et Oujda concentrent aujourd’hui des centaines d’entreprises technologiques qui recrutent massivement des profils en développement logiciel, cybersécurité, cloud computing et machine learning.
Le gouvernement marocain a d’ailleurs inscrit la transformation numérique comme priorité dans sa feuille de route Maroc Digital 2030. L’objectif : former 100 000 ingénieurs en numérique d’ici la fin de la décennie. Les grandes écoles comme l’EMI, l’ENSIAS ou l’École 1337 — fondée sur le modèle de l’École 42 — jouent un rôle central dans cette montée en compétences.
Les énergies renouvelables et le green business
Le Maroc est l’un des leaders africains dans les énergies renouvelables. Avec Noor Ouarzazate, l’une des plus grandes centrales solaires au monde, et un objectif de 52 % d’électricité verte d’ici 2030, le pays crée une demande croissante pour des ingénieurs spécialisés en transition énergétique, des techniciens en maintenance solaire et éolienne, et des consultants en développement durable.
Des jeunes Marocains commencent à se former spécifiquement à ces métiers, conscients que la demande va exploser dans les prochaines années, non seulement au Maroc mais dans toute l’Afrique subsaharienne.
La santé numérique et la biotech
La pandémie de Covid-19 a révélé les failles du système de santé, mais elle a aussi accéléré sa digitalisation. Télémédecine, dossiers médicaux électroniques, analyse de données de santé — autant de domaines où des profils hybrides mêlant médecine et data science sont désormais recherchés. Certaines universités marocaines ont commencé à intégrer ces dimensions dans leurs cursus de santé publique.
Ce que les Marocains font concrètement pour se préparer
Les ambitions ne restent pas au stade des déclarations. On observe des comportements concrets, mesurables, qui traduisent cette anticipation :
- Les inscriptions aux bootcamps de coding ont bondi de 60 % entre 2022 et 2024, selon plusieurs opérateurs du secteur
- Des centaines de jeunes rejoignent chaque année des programmes comme Simplon Maroc ou Re-Coded pour se reconvertir vers le numérique
- Les réseaux professionnels comme LinkedIn connaissent une explosion d’utilisateurs marocains actifs, avec une forte présence dans les secteurs tech, finance et consulting
- De nombreux Marocains de la diaspora rentrent au pays pour lancer des startups, attirés par un écosystème entrepreneurial en plein essor (CFC, Technopark, Morocco Founders)
- Les parents eux-mêmes poussent leurs enfants vers des filières plus orientées STEM, sciences et technologies, délaissant les cursus littéraires jugés moins employables
Ce mouvement de fond n’est pas le fruit du hasard. Il reflète une lucidité collective face à l’automatisation croissante et à la nécessité de rester compétitif dans un marché mondial. Les Marocains ont compris que les métiers répétitifs sont menacés, et qu’il faut monter dans la chaîne de valeur.
Les obstacles qui freinent encore cette transition
Un système éducatif encore trop lent à muter
Malgré les réformes engagées, le système scolaire marocain peine encore à s’adapter au rythme des mutations économiques. Les programmes restent souvent académiques, peu orientés vers les compétences pratiques, et les enseignants manquent parfois de formation aux outils numériques modernes.
Le fossé entre l’université et le marché du travail reste une réalité douloureuse pour de nombreux diplômés. Un rapport du Haut-Commissariat au Plan de 2023 soulignait que près de 30 % des diplômés de l’enseignement supérieur étaient au chômage dans les deux ans suivant leur sortie de l’université.
Les inégalités territoriales et sociales
La dynamique d’anticipation ne touche pas tout le Maroc de la même manière. Les grandes métropoles bénéficient d’une densité d’acteurs (écoles, startups, incubateurs, accès au financement) que les zones rurales ou les villes moyennes ne peuvent pas encore offrir. Un jeune de Taza ou d’Errachidia n’a pas les mêmes cartes en main qu’un étudiant à Casablanca, même avec la même intelligence et la même motivation.
Combler ces inégalités d’accès à la formation et aux opportunités est un enjeu stratégique si le Maroc veut que sa transition soit inclusive et durable.
Le Maroc, hub africain des talents de demain ?
L’ambition dépasse les frontières du royaume. Plusieurs signaux laissent penser que le Maroc peut devenir un véritable hub régional de formation et d’innovation. La position géographique entre l’Europe et l’Afrique, la stabilité politique relative, la maîtrise du français et de l’arabe, et un coût de la vie compétitif sont autant d’atouts.
Des multinationales comme Oracle, Microsoft, IBM ou encore Capgemini ont choisi le Maroc pour y installer des centres de compétences africains. Elles y forment des équipes locales qui travaillent ensuite sur des projets pour le continent tout entier. Ce mouvement confirme que les talents marocains sont reconnus au niveau international.
Des initiatives comme le programme gouvernemental Forsa, doté d’un milliard de dirhams pour financer des projets entrepreneuriaux, ou encore les partenariats avec des universités françaises, canadiennes et américaines renforcent cette trajectoire. Le Maroc n’est plus seulement un pays qui exporte des travailleurs — il commence à exporter des compétences, des innovations et des solutions.
FAQ — Les Marocains et les métiers du futur en 2026
Quels sont les métiers du futur les plus porteurs au Maroc ?
En 2026, la demande explose pour les experts en cybersécurité, les ingénieurs Data/IA et les spécialistes du Cloud, portés par la stratégie “Maroc Digital 2030”. Parallèlement, les métiers liés à l’hydrogène vert, à la maintenance des véhicules électriques et à la santé numérique (télémédecine) offrent des opportunités massives, notamment avec la perspective de la Coupe du Monde 2030 qui accélère les infrastructures intelligentes.
Comment se former aux métiers du futur sans passer par l’université ?
Le paysage de la formation a radicalement changé. Des écoles de code gratuites comme 1337 (UM6P) ou YouCode, et des bootcamps comme Simplon, permettent de devenir opérationnel en quelques mois. L’OFPPT a également lancé des Cités des Métiers et des Compétences (CMC) à travers le pays, proposant des cursus courts en Intelligence Artificielle et Industrie 4.0 accessibles sans diplôme universitaire préalable.
Le Maroc peut-il vraiment rivaliser sur le marché mondial du numérique ?
Oui, et le Royaume s’affirme désormais comme un Hub Digital régional. L’objectif de créer 240 000 emplois directs d’ici 2030 est soutenu par une attractivité croissante pour l’externalisation (offshoring) à haute valeur ajoutée. Avec l’émergence attendue de “gazelles” (startups à forte croissance) et l’amélioration de l’indice de développement de l’e-gouvernement, le Maroc devient un concurrent sérieux pour les pays d’Europe de l’Est et d’Asie du Sud-Est.
Quel rôle joue l’État marocain dans la préparation aux emplois de demain ?
L’action publique s’est structurée autour de Maroc Digital 2030, une feuille de route dotée de moyens concrets pour digitaliser les services publics et soutenir l’écosystème startup. En 2026, des programmes comme “JobInTech” visent à former des milliers de jeunes par an, tandis que le ministère de l’Inclusion Économique multiplie les dispositifs d’apprentissage en entreprise pour aligner les compétences des 750 000 stagiaires de la formation professionnelle sur les besoins réels du marché.