Le 16 février 2026 restera peut-être une date clé dans l’histoire de la transformation numérique marocaine. Ce lundi-là, dans les salons feutrés de Rabat, trois ministères et le Groupe AXA ont apposé leurs signatures sur une convention qui va bien au-delà d’un simple accord de coopération. C’est un signal fort, une déclaration d’intention adressée à toute une génération de jeunes talents : le Maroc prend au sérieux sa souveraineté technologique.
- Un accord au sommet, porté par trois ministères et un géant de l’assurance
- Les métiers ciblés, un panorama des compétences du futur
- Les établissements mobilisés, une carte académique ambitieuse
- AI Made in Morocco, bien plus qu’un slogan
- Un comité de suivi pour éviter le piège des belles intentions
- Ce que ce partenariat change concrètement pour les jeunes Marocains
- FAQ — Partenariat AXA GO et initiative AI Made in Morocco
Dans un monde où la maîtrise des données, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité conditionne la compétitivité des nations, ce partenariat public-privé ouvre un nouveau chapitre. Retour sur un accord structurant qui s’inscrit au cœur de la dynamique « AI Made in Morocco ».
Un accord au sommet, porté par trois ministères et un géant de l’assurance
Rarement une convention de ce type aura réuni autant de poids lourds institutionnels autour d’une même table. D’un côté, trois ministères aux portefeuilles complémentaires : le ministère de l’Industrie et du Commerce, piloté par Ryad Mezzour ; le ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, représenté par Azzedine El Midaoui ; et le ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration, incarné par Amal El Fallah Seghrouchni. De l’autre, Matthieu Caillat, Directeur Groupe des Technologies et de l’IA et PDG d’AXA GO — la branche technologique mondiale du Groupe AXA.
Ce n’est pas anodin. AXA GO est l’entité qui pilote la transformation digitale de l’un des plus grands groupes d’assurance mondiaux, présent dans plus de 50 pays et employant plusieurs milliers d’experts technologiques à travers le globe. Choisir le Maroc comme terrain de co-construction de compétences, c’est reconnaître le potentiel réel du tissu académique et humain marocain.
Pour Ryad Mezzour, le message est limpide : « La transformation profonde de l’industrie marocaine repose sur une montée en gamme sans précédent de notre capital humain. » Une formule concise qui dit tout sur l’urgence perçue au plus haut niveau de l’État.
Les métiers ciblés, un panorama des compétences du futur
De la cybersécurité au DevOps, des champs en tension sur le marché mondial
La convention ne se contente pas de viser l’intelligence artificielle dans son acception générale. Elle cible avec précision six domaines technologiques où la demande mondiale de talents explose et où le Maroc entend tailler sa place : la cybersécurité, la Data, l’Intelligence Artificielle, le Cloud computing, le DevOps et le Testing logiciel.
Ces six piliers ne sont pas choisis au hasard. Selon les dernières projections du Forum économique mondial, plus de 85 millions de postes pourraient rester vacants d’ici 2030 dans les secteurs technologiques faute de profils qualifiés. En cybersécurité seule, l’écart entre les besoins et les ressources disponibles dépasse déjà les 3,5 millions de postes non pourvus à l’échelle mondiale. Le Maroc, en formant dès maintenant ses propres experts, se positionne pour capter une part de ce marché de l’emploi technologique international.
Une approche pragmatique centrée sur l’employabilité réelle
Ce qui distingue cette convention d’une simple déclaration d’intention, c’est la granularité des actions prévues. Il ne s’agit pas seulement de signer des partenariats-cadres et d’espérer des résultats. Le texte prévoit des mécanismes concrets :
- Identification et anticipation des besoins en profils spécialisés, en lien direct avec les équipes RH d’AXA GO
- Co-construction de formations initiales, y compris en alternance, pour ancrer les apprentissages dans la pratique professionnelle réelle
- Développement de programmes de formation continue adaptés aux évolutions rapides des technologies
- Renforcement des dispositifs de stages et d’immersion en entreprise pour les étudiants
- Promotion de projets de R&D appliqués aux enjeux de la transformation digitale
- Mobilisation des universités et établissements publics autour d’un agenda commun
Cette architecture en couches successives crée un continuum cohérent entre formation, recherche et insertion professionnelle. C’est précisément ce chaînon manquant qui a longtemps fragilisé l’adéquation entre les diplômes produits et les attentes du marché du travail.
Les établissements mobilisés, une carte académique ambitieuse
Les grandes écoles marocaines en première ligne
La force de cet accord tient aussi à l’identité des établissements impliqués. Plusieurs écoles d’excellence relevant du ministère de l’Industrie et du Commerce seront directement mobilisées, aux côtés des universités publiques. Parmi elles : l’École Centrale Casablanca, dont la réputation n’est plus à faire dans la formation d’ingénieurs de haut niveau ; l’École Arts et Métiers sur son campus de Rabat, référence européenne transplantée en sol marocain ; l’École Supérieure des Industries du Textile et de l’Habillement ; et enfin l’Institut Supérieur de Commerce et d’Administration des Entreprises (ISCAE), pilier historique de la formation managériale au Maroc.
Cet ensemble hétérogène est en réalité une force. Il signifie que la montée en compétences numériques ne sera pas réservée aux seuls profils d’ingénieurs purs. Les futurs managers, les professionnels du textile, les économistes seront eux aussi amenés à intégrer les outils de la Data et de l’IA dans leurs pratiques professionnelles. C’est une vision holistique de la transformation numérique, qui reconnaît que la digitalisation traverse toutes les filières économiques.
Un réseau universitaire au service de l’innovation
Au-delà des grandes écoles, les universités publiques marocaines joueront un rôle central. Ces établissements, qui accueillent chaque année des centaines de milliers d’étudiants, constituent le vrai réservoir de talents du pays. En les intégrant dans le périmètre de la convention, les signataires envoient un message d’inclusivité : l’excellence technologique ne doit pas rester l’apanage de quelques filières d’élite.
Pour Azzedine El Midaoui, cette dynamique illustre « la maturité du partenariat public-privé comme levier de développement des compétences et de l’innovation ». Une formulation qui reflète une évolution culturelle notable dans la relation entre institutions académiques et monde de l’entreprise au Maroc.
AI Made in Morocco, bien plus qu’un slogan
Une initiative ancrée dans les orientations royales
La convention s’inscrit explicitement dans la mise en œuvre des Hautes Orientations Royales relatives à la valorisation du capital humain et à l’accélération de la transformation numérique. Ce cadre de référence donne à l’accord une légitimité et une portée qui dépassent le seul périmètre des ministères signataires.
L’initiative « AI Made in Morocco » est au cœur de cette dynamique. Lancée pour promouvoir une intelligence artificielle véritablement conçue et développée sur le sol marocain, elle ambitionne de faire du Royaume un acteur et non plus seulement un consommateur des technologies numériques. L’accord avec AXA s’inscrit naturellement dans cette logique : en formant des ingénieurs data, des experts en cybersécurité et des spécialistes du cloud directement avec un partenaire industriel international, le Maroc crée les conditions d’une souveraineté technologique durable.
La loi-cadre 51.17 comme socle juridique
Sur le plan législatif, la convention s’appuie sur les dispositions de la loi-cadre n°51.17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique. Ce texte fondateur, qui dessine les grandes orientations de la politique éducative marocaine, met précisément l’accent sur le renforcement des formations professionnalisantes et l’adaptation permanente aux évolutions économiques. La convention AXA en est une déclinaison concrète et mesurable.
Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique, a d’ailleurs insisté sur « le rôle central des talents digitaux et de l’Intelligence Artificielle dans la transformation numérique du Royaume ». Une conviction que partage visiblement l’ensemble du gouvernement, à en juger par la mobilisation collective autour de cet accord.
Un comité de suivi pour éviter le piège des belles intentions
L’un des points souvent négligés dans ce type de partenariats institutionnels, c’est la question de la gouvernance. Un accord peut être excellent sur le papier et rester lettre morte faute de mécanismes d’évaluation. Les signataires semblent avoir tiré les leçons de cette réalité.
Un comité de suivi sera constitué, réunissant les représentants de chacune des parties signataires ainsi que des établissements d’enseignement concernés. Ce comité aura pour mission de piloter, coordonner et évaluer la mise en œuvre des actions prévues. C’est une architecture de gouvernance sérieuse, qui donne à la convention une chance réelle de produire des résultats concrets plutôt que de figurer dans une vitrine institutionnelle.
La question de la temporalité sera cruciale. Former un expert en cybersécurité ou un data scientist compétent ne se fait pas en quelques mois. Les cycles de formation sont longs, les partenariats industrie-académie demandent du temps pour trouver leur rythme. L’existence d’un comité de suivi actif sera la garantie que cet accord reste vivant et s’adapte aux réalités du terrain.
Ce que ce partenariat change concrètement pour les jeunes Marocains
Il serait facile de se perdre dans les abstractions institutionnelles et d’oublier ce qui est au cœur de cette convention : les étudiants et les jeunes diplômés marocains. Pour eux, cet accord représente des opportunités tangibles : des formations mieux alignées avec les besoins réels des entreprises, des stages dans un environnement technologique international, des passerelles vers l’emploi dans des secteurs où les salaires et les perspectives sont parmi les plus attractifs du marché.
Dans un pays où le chômage des jeunes diplômés reste une préoccupation majeure, la création de filières directement connectées à des employeurs identifiés est une réponse pragmatique et immédiatement utile. AXA GO emploie des milliers de technologues à travers le monde. Si même une fraction de ces postes peut être pourvue par des talents formés au Maroc, c’est un impact économique et social considérable.
FAQ — Partenariat AXA GO et initiative AI Made in Morocco
Qu’est-ce qu’AXA GO et pourquoi son implication dans ce partenariat est-elle significative ?
AXA GO est la branche technologique mondiale du Groupe AXA, responsable de sa transformation digitale à l’échelle internationale. Son implication signifie que le Maroc ne signe pas avec une entité locale mais avec le centre de décision technologique d’un groupe mondial, ce qui garantit une connexion directe aux besoins réels du marché international.
Quelles écoles sont concrètement impliquées dans cette convention ?
Plusieurs établissements sont mobilisés : l’École Centrale Casablanca, l’École Arts et Métiers campus de Rabat, l’École Supérieure des Industries du Textile et de l’Habillement, l’ISCAE, ainsi que les universités publiques marocaines. L’objectif est d’élargir la montée en compétences numériques à l’ensemble des filières.
Qu’est-ce que l’initiative « AI Made in Morocco » ?
Il s’agit d’une initiative gouvernementale visant à faire du Maroc un pays qui conçoit et développe sa propre intelligence artificielle, plutôt que de simplement importer des solutions étrangères. Elle s’inscrit dans une ambition de souveraineté technologique nationale.
Comment ce partenariat sera-t-il évalué dans le temps ?
Un comité de suivi composé de représentants des ministères signataires et des établissements concernés sera chargé de piloter, coordonner et évaluer régulièrement la mise en œuvre des actions prévues dans la convention.