La ville de Laayoune vient de franchir un cap symbolique. En accueillant le Forum international Sahel-Sahara sur la diplomatie scientifique et le développement durable, elle s’impose désormais comme une capitale intellectuelle africaine à part entière. Ce n’est pas une formule rhétorique — c’est la réalité que reflètent les travaux tenus à la faculté de médecine et de pharmacie, où des chercheurs, universitaires et experts venus des quatre coins du continent ont débattu de l’avenir commun de l’Afrique.
- Laayoune, nouvelle capitale intellectuelle du Sud marocain
- La diplomatie scientifique, outil de coopération au-delà des frontières
- Les grands enjeux débattus au cœur du forum
- Le Maroc et sa vision d’un partenariat Sud-Sud par la science
- Ce que ce forum change pour l’avenir
- FAQ — Forum Sahel-Sahara et diplomatie scientifique
Ce forum n’était pas un colloque de plus. Il incarnait quelque chose de profond : la conviction que la science peut faire ce que la politique peine parfois à accomplir — rapprocher les peuples, créer des ponts durables, et poser les jalons d’une coopération fondée sur la confiance et la connaissance partagée.
Laayoune, nouvelle capitale intellectuelle du Sud marocain
Il y a encore quelques années, évoquer Laayoune dans le cadre d’un forum scientifique international aurait pu surprendre. Aujourd’hui, cette métropole du Sud du Royaume incarne pleinement la vision d’un Maroc qui mise sur ses régions pour rayonner vers l’Afrique subsaharienne. La tenue de cet événement dans ses murs n’est pas un hasard — c’est le résultat d’un investissement patient dans les infrastructures académiques, la recherche et l’ouverture internationale.
La faculté de médecine et de pharmacie de Laayoune, encore jeune mais déjà ambitieuse, a su offrir un cadre à la hauteur des enjeux. Les participants l’ont unanimement souligné : la ville possède désormais les ressources humaines et institutionnelles pour accueillir des échanges de ce niveau. Ce n’est pas anodin dans une région qui regarde vers le continent africain comme vers son horizon naturel.
Ce positionnement géographique est aussi un atout stratégique. Laayoune est une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest, un espace charnière entre le Maghreb et le Sahel. En s’affirmant comme pôle académique, elle transforme cette position géographique en levier diplomatique et scientifique concret.
La diplomatie scientifique, outil de coopération au-delà des frontières
Quand la science ouvre des portes que la politique ferme
L’un des moments les plus marquants du forum a été l’intervention du Dr. Dounia El Korchi, spécialiste marocaine en Géo-Micro-biologie, résidant en Allemagne. Sa prise de parole a posé les bases d’une réflexion aussi lucide que stimulante : la diplomatie scientifique et les décisions politiques sont liées de façon organique.
Selon elle, la science fournit à la politique trois choses essentielles : des outils de légitimation, des cadres de coopération, et une capacité de prospective. Autrement dit, un gouvernement qui s’appuie sur la recherche pour décider agit de manière plus éclairée, plus durable et plus crédible aux yeux de la communauté internationale.
Cette vision n’est pas théorique. Dans un monde où les tensions géopolitiques tendent à fragmenter les alliances traditionnelles, la coopération scientifique représente un canal discret mais puissant. Elle permet d’entretenir des relations, même lorsque les relations diplomatiques officielles traversent des zones de turbulences.
Un levier de gouvernance moderne et inclusive
Le Dr. El Korchi est allée plus loin dans son analyse. Elle a décrit la diplomatie scientifique comme une composante essentielle de la gouvernance moderne, capable d’alimenter la décision politique par la connaissance tout en créant des voies d’échange inédites. Les États, a-t-elle rappelé, utilisent de plus en plus la coopération scientifique pour nouer des alliances autour de projets de recherche partagés — des alliances qui influencent ensuite durablement leur politique étrangère.
C’est ce que certains analystes appellent la “soft diplomacy par les savoirs” : une forme d’influence douce mais profonde, qui ne passe ni par les armes ni par les pressions économiques, mais par la co-construction de solutions à des problèmes communs. Dans le contexte africain, où les défis sont immenses et les ressources souvent limitées, cette approche prend tout son sens.
Les grands enjeux débattus au cœur du forum
Innovation, recherche et développement durable
Les échanges qui ont rythmé ce forum ont mis en lumière un constat partagé : le développement de l’Afrique ne pourra se faire sans une dynamique endogène fondée sur la connaissance. Trop longtemps, le continent a vu ses cerveaux migrer vers l’Europe ou l’Amérique du Nord. La diplomatie scientifique offre un cadre pour inverser cette tendance — ou du moins pour créer des passerelles entre les diasporas et les pays d’origine.
Les thématiques abordées illustraient cette ambition :
- La recherche en santé et biotechnologies, domaine dans lequel la faculté de médecine de Laayoune aspire à jouer un rôle régional
- L’agriculture durable et la gestion des ressources hydriques dans les zones sahéliennes, confrontées à des défis climatiques croissants
- Le développement des énergies renouvelables, secteur dans lequel le Maroc s’est déjà imposé comme un leader continental avec des projets emblématiques comme Noor Ouarzazate
- La transformation numérique et l’accès aux technologies comme facteur d’inclusion économique et sociale
- La formation des jeunes chercheurs africains et la création de réseaux académiques transfrontaliers durables
Ces axes ne sont pas abstraits. Ils répondent à des réalités vécues par des millions de personnes dans la région Sahel-Sahara, là où les effets du changement climatique, de l’insécurité alimentaire et du sous-développement se font sentir avec le plus d’acuité.
Des partenariats concrets, pas de simples déclarations
Ce qui a distingué ce forum d’autres rencontres académiques, c’est sa capacité à générer des engagements tangibles. Les participants n’étaient pas réunis pour produire des recommandations destinées à prendre la poussière dans un tiroir. L’accent a été mis sur la création de partenariats entre institutions universitaires, laboratoires de recherche, et acteurs du développement.
Ces collaborations prennent des formes variées : co-publication de travaux scientifiques, mobilité des chercheurs, projets pilotes menés conjointement dans des zones sahéliennes, partage de bases de données et d’expertises. C’est dans cette granularité opérationnelle que réside la véritable valeur ajoutée de la diplomatie scientifique.
Le Maroc et sa vision d’un partenariat Sud-Sud par la science
Une stratégie cohérente, portée par le Souverain
L’accueil de ce forum à Laayoune s’inscrit dans une trajectoire marocaine bien définie. Depuis plusieurs années, le Royaume du Maroc a fait du partenariat Sud-Sud un pilier de sa politique étrangère africaine. Cette vision, portée au plus haut niveau de l’État, se traduit par des investissements massifs dans des secteurs clés — santé, agriculture, finance, infrastructure — au profit de pays africains frères.
Mais la dimension scientifique de cette politique est souvent sous-estimée. Pourtant, c’est elle qui garantit la durabilité des coopérations. Former des médecins, des ingénieurs, des chercheurs africains au Maroc — et désormais à Laayoune — c’est construire des liens humains qui résistent aux vicissitudes politiques.
Les régions du Sud, passerelles vers l’Afrique profonde
Le message envoyé par la tenue de ce forum à Laayoune est clair : les provinces du Sud ne sont pas une périphérie du Maroc, mais son avant-garde africaine. Cette requalification géopolitique est aussi une réalité économique et académique en construction.
La ville investit dans ses universités, ses hôpitaux, ses zones d’activité. Elle attire des étudiants venus d’Afrique subsaharienne. Elle accueille des forums qui réunissent l’élite intellectuelle du continent. Progressivement, elle dessine un profil inédit : celui d’une métropole africaine tournée vers l’avenir, ancrée dans la solidarité continentale et portée par une ambition scientifique authentique.
Ce n’est pas de la communication institutionnelle — c’est une transformation réelle, mesurable, que les participants de ce forum ont pu toucher du doigt pendant deux jours d’échanges denses et fertiles.
Ce que ce forum change pour l’avenir
Les conclusions du Forum international Sahel-Sahara dessinent plusieurs perspectives concrètes. D’abord, la pérennisation de l’événement : plusieurs participants ont exprimé le souhait de faire de Laayoune le siège régulier de ce rendez-vous, ce qui lui conférerait une stature comparable à des forums africains bien établis.
Ensuite, la mise en réseau des institutions présentes. La création d’une plateforme numérique collaborative entre universités sahéliennes et marocaines a été évoquée comme une priorité — un outil qui permettrait de maintenir les échanges entre deux éditions et d’accélérer les projets de recherche conjoints.
Enfin, et c’est peut-être le plus important, ce forum a contribué à changer les représentations. Laayoune n’est plus seulement perçue comme une ville aux enjeux territoriaux complexes. Elle s’impose progressivement comme un espace de création intellectuelle, de rencontre humaine et de projection africaine. C’est une transformation identitaire profonde, dont les effets se feront sentir bien au-delà des frontières marocaines.
FAQ — Forum Sahel-Sahara et diplomatie scientifique
Qu’est-ce que la diplomatie scientifique et pourquoi est-elle importante pour l’Afrique ?
La diplomatie scientifique désigne l’utilisation de la coopération en matière de recherche et d’innovation comme outil de politique étrangère. Pour l’Afrique, elle représente une voie de développement endogène — moins dépendante des aides extérieures — et un moyen de créer des alliances durables fondées sur le savoir partagé plutôt que sur les seuls intérêts économiques.
Pourquoi Laayoune a-t-elle été choisie pour accueillir ce forum international ?
Laayoune bénéficie d’une position géographique stratégique entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, d’infrastructures académiques en développement rapide — dont la faculté de médecine et de pharmacie — et d’une volonté politique affirmée de faire des régions du Sud du Maroc des pôles de rayonnement africain.
Quels sont les liens entre science et politique étrangère selon les experts réunis à Laayoune ?
Selon les intervenants, la science fournit à la politique des outils de légitimation, de coopération et de prospective. Les projets de recherche partagés permettent d’entretenir des canaux de dialogue même dans des contextes géopolitiques tendus, créant ainsi des alliances durables.
Quels secteurs ont été identifiés comme prioritaires pour la coopération Sahel-Sahara ?
Les débats ont mis en avant la santé et les biotechnologies, l’agriculture durable, les énergies renouvelables, la transformation numérique et la formation des jeunes chercheurs africains comme axes prioritaires d’une coopération scientifique régionale renforcée.