L’industrie de défense mondiale retient son souffle. Le géant turc des drones militaires Baykar vient d’annoncer le lancement de ses premières opérations de recrutement au Maroc, marquant ainsi une étape décisive dans l’histoire de son expansion internationale. Implantée à Ben Slimane, à moins d’une heure de Casablanca, la filiale marocaine baptisée Atlas Defense incarne bien plus qu’une simple délocalisation industrielle : elle symbolise l’ancrage durable d’une puissance technologique turque sur le continent africain.
- Un investissement de 250 millions de dollars au cœur du Maroc industriel
- Ankara et Rabat, une alliance stratégique qui prend forme
- Atlas Defense recrute : les profils recherchés
- Les drones qui seront produits à Ben Slimane
- La famille Bayraktar, architectes d’un empire technologique
- Un signal fort pour toute l’Afrique
- FAQ — Atlas Defense et Baykar au Maroc
Un investissement de 250 millions de dollars au cœur du Maroc industriel
Lorsque l’on évoque l’essor fulgurant de Baykar ces dernières années, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires annuel de 2,5 milliards de dollars, dont 88 % issus des exportations. Ce dynamisme commercial hors norme explique en grande partie pourquoi le groupe cherche aujourd’hui à ancrer sa production dans des territoires stratégiques à travers le monde.
Le site de Ben Slimane représente un investissement total estimé à 250 millions de dollars, un montant considérable qui témoigne de l’ambition réelle derrière ce projet. Il ne s’agit pas d’une unité d’assemblage secondaire, mais bien de la première grande plateforme industrielle de Baykar sur le continent africain, selon les termes utilisés dans le Bulletin officiel du Maroc.
Les travaux d’installation sont déjà bien avancés, et les premières lignes de production devraient être opérationnelles dès 2025. Une rapidité d’exécution qui reflète la culture d’entreprise de Baykar, connue pour sa capacité à livrer vite et bien — une réputation bâtie sur des décennies d’ingénierie militaire.
Ankara et Rabat, une alliance stratégique qui prend forme
Un accord signé en décembre 2024
Tout a commencé par une poignée de main diplomatique. En décembre 2024, la Turquie et le Maroc ont signé un accord de coopération ouvrant la voie à une collaboration industrielle inédite dans le secteur de la défense. Cet accord, loin d’être purement symbolique, a immédiatement débouché sur des actes concrets : création d’une entité juridique, sélection du site, lancement des travaux.
Cette alliance s’inscrit dans une logique plus large. Le Maroc, qui avait déjà acquis plusieurs unités du célèbre drone Bayraktar TB2 ces dernières années, exprime depuis longtemps sa volonté de développer une industrie nationale de défense compétitive. S’associer à Baykar, leader mondial des drones armés pour la troisième année consécutive, constitue une opportunité rare pour Rabat.
Une coopération gagnant-gagnant
Du côté turc, l’intérêt est tout aussi stratégique. En implantant une usine sur le sol africain, Baykar contourne certaines contraintes logistiques et géopolitiques liées à l’exportation directe depuis la Turquie. La position géographique du Maroc, à la croisée de l’Europe, de l’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, en fait une base idéale pour une distribution élargie.
Pour le Maroc, c’est l’occasion de créer des emplois qualifiés, de former une main-d’œuvre locale aux standards de l’industrie aéronautique militaire de haute technologie, et de renforcer son statut de hub régional pour l’industrie de défense en Afrique du Nord.
Atlas Defense recrute : les profils recherchés
Les premiers postes ouverts à Ben Slimane
C’est la nouvelle qui a fait le tour des réseaux professionnels marocains ces dernières semaines : Atlas Defense a officiellement lancé sa première campagne de recrutement. Les profils recherchés sont techniques, spécialisés, et correspondent aux besoins directs d’une chaîne de production aéronautique militaire.
Voici les postes actuellement ouverts :
- Techniciens en mécanique — pour l’assemblage et la maintenance des structures physiques des drones
- Techniciens en électronique — au cœur des systèmes embarqués et des liaisons de données
- Techniciens en peinture aéronautique — un métier précis, aux normes strictes propres à l’aviation militaire
- Techniciens en structures aéronautiques — pour la conception et la solidité des cellules d’aéronefs
- Pilotes d’essai — un profil d’élite, chargé de valider les performances opérationnelles avant livraison
Ces recrutements représentent la première vague d’embauches, appelée à s’amplifier à mesure que la production montera en régime. Pour les ingénieurs et techniciens marocains du secteur aéronautique, c’est une chance inédite d’intégrer une entreprise qui figure parmi les plus influentes de l’industrie mondiale de la défense.
Une montée en puissance progressive
Les observateurs du secteur s’accordent à dire que ces premières embauches ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. La configuration d’un site de cette envergure — 250 millions de dollars d’investissement — implique nécessairement des centaines de postes à terme, répartis entre production, logistique, qualité, recherche et développement.
Les drones qui seront produits à Ben Slimane
Le Bayraktar TB2, une légende des champs de bataille modernes
Si le nom de Baykar résonne aussi fort dans les cercles militaires internationaux, c’est en grande partie grâce au Bayraktar TB2. Ce drone de combat tactique, développé au début des années 2010, s’est illustré sur des théâtres d’opérations aussi variés que le conflit du Haut-Karabakh, la Libye ou encore le Sahel. Léger, endurant, précis, il est devenu en quelques années l’un des systèmes d’armes les plus copiés et les plus craints du monde.
Le TB2 sera l’un des principaux appareils produits localement à Ben Slimane, destinés en priorité aux Forces Armées Royales marocaines. Cette production locale marque un tournant : jusqu’ici, le Maroc importait ces systèmes directement depuis la Turquie.
L’Akıncı, le fleuron stratégique de Baykar
À côté du TB2, Atlas Defense sera également chargée de produire des composants liés à l’Akıncı TİHA, le drone de haute altitude et longue endurance qui représente le summum technologique de Baykar à ce jour. Rappelons que c’est précisément sur ce système qu’a été signé le plus grand contrat d’exportation de défense de l’histoire turque, estimé à environ 3 milliards de dollars en juillet 2023 — un record absolu confirmé par plusieurs médias spécialisés dont Airforce Technology.
L’Akıncı est un drone d’une envergure différente : capable d’emporter des charges utiles lourdes, d’opérer à haute altitude et sur des distances considérables, il incarne la montée en gamme stratégique de Baykar vers les systèmes UCAV de grande puissance.
La famille Bayraktar, architectes d’un empire technologique
Selçuk et Haluk, deux frères au sommet
Derrière Baykar, il y a avant tout une famille. L’entreprise est détenue à 52,5 % par Selçuk Bayraktar, ingénieur brillant né en 1979, qui en est le président du conseil d’administration et directeur technique. Son frère Haluk Bayraktar, propriétaire des 47,5 % restants, assure la direction générale de l’entreprise en tant que CEO.
Selçuk Bayraktar est une figure qui dépasse largement le monde des affaires. Gendre du président turc Recep Tayyip Erdoğan — il a épousé sa fille Sümeyye en 2016 — il est souvent présenté comme l’architecte du succès des drones turcs et une pièce maîtresse du complexe militaro-industriel d’Ankara. Son profil d’ingénieur-entrepreneur, formé entre la Turquie et le MIT, en fait une personnalité rare à l’intersection de la technologie, du business et de la politique.
Une entreprise privée, mais une ambition nationale
Ce qui distingue Baykar d’autres géants de la défense, c’est son statut d’entreprise entièrement privée, non cotée en bourse, et portée par une vision familiale de long terme. Cette indépendance structurelle lui confère une agilité que les grands groupes d’État peinent à égaler, tout en lui permettant d’entretenir des liens étroits avec les sphères décisionnelles turques.
L’implantation au Maroc s’inscrit dans cette logique : exporter non seulement des produits, mais aussi un modèle industriel, transférer du savoir-faire, et tisser des alliances durables avec des partenaires stratégiques.
Un signal fort pour toute l’Afrique
Le Maroc, tête de pont d’un déploiement continental
L’ouverture de l’usine de Ben Slimane ne se limite pas à une transaction commerciale bilatérale. Elle pose les jalons d’une présence industrielle turque durable en Afrique. Baykar a déjà exporté ses drones TB2 à plusieurs États africains, mais passer de l’exportation à la production locale sur le continent est un saut qualitatif majeur.
Le Maroc, avec son tissu industriel relativement développé, sa stabilité politique et sa proximité avec les marchés européens et subsahariens, constitue un tremplin idéal. Ben Slimane deviendra probablement le centre névralgique d’une stratégie africaine que Baykar n’a pas encore pleinement dévoilée, mais que les spécialistes anticipent déjà.
L’essor des drones armés, une réalité géopolitique incontournable
Les conflits récents ont définitivement consacré le drone armé comme outil central de la guerre moderne. Les armées qui ne disposent pas de cette capacité accusent un retard stratégique considérable. En s’équipant localement et en maîtrisant une partie de la chaîne de production, le Maroc se positionne intelligemment dans cette nouvelle réalité.
Pour Baykar, chaque nouvelle implantation est aussi un message : la Turquie est désormais une puissance industrielle de défense de premier plan, capable de rivaliser avec les acteurs historiques américains, européens ou israéliens sur leurs propres marchés.
FAQ — Atlas Defense et Baykar au Maroc
Qu’est-ce qu’Atlas Defense et où est-elle implantée ?
Atlas Defense est la filiale marocaine de Baykar, le fabricant turc de drones militaires. Elle est implantée à Ben Slimane, à environ 60 km de Casablanca, et représente un investissement de 250 millions de dollars.
Quels drones seront fabriqués dans l’usine de Ben Slimane ?
L’usine produira principalement les drones Bayraktar TB2 et des composants liés au système Akıncı TİHA, deux des systèmes les plus reconnus dans l’industrie mondiale des drones de combat.
Quels profils sont recherchés lors des premiers recrutements d’Atlas Defense ?
Les premiers postes concernent des techniciens en mécanique, électronique, peinture aéronautique et structures aéronautiques, ainsi que des pilotes d’essai. Ces recrutements constituent la première phase d’une montée en puissance progressive du site.
Pourquoi Baykar a-t-il choisi le Maroc pour son expansion africaine ?
Le Maroc bénéficie d’une position géographique stratégique, d’un tissu industriel aéronautique existant, d’une stabilité politique et d’une relation bilatérale avec la Turquie formalisée par un accord de coopération signé en décembre 2024, faisant du pays un terrain idéal pour la première grande base africaine de Baykar.
Vivement que le Maroc fabrique ses propres drones inch’Allah
incha’Allah