Agadir n’est plus seulement la perle du Souss. Depuis quelques années, la ville atlantique se transforme en profondeur, portée par une ambition claire : devenir un modèle de ville durable et de hub technologique à l’échelle africaine. Entre projets d’urbanisme intelligent, transition énergétique et essor de la fintech marocaine, Agadir s’impose comme un laboratoire d’idées à ciel ouvert.
Ce mouvement n’est pas le fruit du hasard. Il s’inscrit dans une volonté politique nationale, mais aussi dans l’énergie d’une nouvelle génération d’entrepreneurs et de décideurs locaux qui croient, sincèrement, que l’innovation peut changer le quotidien des habitants.
Agadir, une ville qui se réinvente
Une reconstruction qui porte encore ses leçons
On ne peut pas parler d’Agadir sans évoquer son histoire. Reconstruite de zéro après le séisme dévastateur de 1960, la ville a été pensée, dès l’origine, avec une logique de planification urbaine moderne. Cette mémoire collective a forgé une culture du renouveau qui transparaît encore aujourd’hui dans la façon dont les Agadirois abordent les défis contemporains.
Cette capacité à renaître et à se projeter dans l’avenir explique en partie pourquoi Agadir est aujourd’hui l’une des villes marocaines les plus actives en matière de développement durable. Les autorités locales ont engagé depuis 2018 une série de chantiers structurants : réhabilitation du front de mer, développement des transports en commun, verdissement des espaces urbains et déploiement progressif de solutions numériques dans l’administration.
Un cadre naturel exceptionnel comme moteur de responsabilité environnementale
La baie d’Agadir, le parc Souss-Massa tout proche, les plages qui s’étendent sur plus de dix kilomètres… La ville est entourée d’un patrimoine naturel qu’elle a tout intérêt à préserver. Cela crée une pression positive, une forme de responsabilité collective qui pousse les acteurs publics et privés à intégrer la dimension écologique dans leurs décisions.
Le projet de station de dessalement d’eau de mer lancé dans la région, les investissements dans les énergies solaires portés par l’ONEE, ou encore la modernisation du port dans une logique de réduction des émissions carbone : autant d’exemples concrets qui montrent qu’Agadir prend la durabilité au sérieux, sans que ce soit uniquement du marketing institutionnel.
Innovation technologique, un écosystème en pleine construction
Des infrastructures numériques qui rattrapent leur retard
Pour devenir une ville intelligente, il faut d’abord des fondations solides. Agadir a compris ce principe fondamental. Le déploiement de la fibre optique s’est accéléré ces trois dernières années, la couverture 4G et 5G s’est étendue jusque dans les quartiers périphériques, et les projets de e-gouvernance se multiplient au niveau communal.
L’Université Ibn Zohr, l’une des plus grandes du pays avec plus de 90 000 étudiants, joue un rôle central dans cet écosystème. Elle forme chaque année des milliers d’ingénieurs, de développeurs et d’économistes qui alimentent le tissu local de compétences techniques. Plusieurs incubateurs ont vu le jour dans son orbite, favorisant l’émergence de startups dans des secteurs aussi variés que l’agritech, la logistique ou la santé connectée.
Les startups locales au cœur de la transformation
Ce qui est frappant à Agadir, c’est la qualité des projets entrepreneuriaux qui y naissent. La ville n’est pas encore Casablanca ni Rabat en termes d’écosystème startup, mais elle progresse à un rythme soutenu. Des événements comme les hackathons organisés par la commune ou les rencontres du réseau Maroc Numeric Cluster attirent des profils de plus en plus pointus.
Parmi les initiatives qui retiennent l’attention des observateurs figure la scène fintech marocaine, qui connaît une effervescence remarquable depuis deux ou trois ans. Le secteur bancaire traditionnel, longtemps dominant, fait face à une transformation que beaucoup n’auraient pas anticipée aussi tôt.
La fintech marocaine et l’essor du BNPL
Un marché financier en mutation profonde
Le Maroc possède un taux de bancarisation qui, bien qu’en hausse constante, laisse encore une partie significative de la population en marge du système financier classique. Cette réalité crée un terrain fertile pour des solutions alternatives, plus agiles, plus accessibles et mieux adaptées aux usages mobiles d’une population jeune et connectée.
Le BNPL, pour Buy Now, Pay Later — littéralement « achète maintenant, paie plus tard » — est l’une de ces innovations qui redessinent le paysage du crédit à la consommation. Popularisé en Europe et aux États-Unis par des acteurs comme Klarna ou Afterpay, ce modèle permet aux consommateurs d’étaler leurs paiements sans passer par les circuits bancaires traditionnels. Pratique, rapide, souvent sans intérêts sur les premières échéances : le concept séduit particulièrement les millennials et la génération Z.
Alya, le pionnier marocain du BNPL
C’est dans ce contexte que Brahim Zaid a lancé Alya en 2023, faisant de cette startup la première solution BNPL dédiée au marché marocain. Une initiative audacieuse, dans un pays où la réglementation financière est encore en train d’adapter ses cadres aux nouvelles réalités de la fintech.
Brahim Zaid, entrepreneur engagé et fin connaisseur des marchés émergents, a identifié un manque criant : des millions de Marocains souhaitent consommer en ligne et en boutique, mais butent sur l’absence de solutions de paiement flexibles. Les cartes de crédit restent peu répandues, le crédit à la consommation classique est perçu comme lourd et contraignant. Alya vient combler ce vide avec une proposition simple : permettre à tout consommateur de fractionner ses achats en plusieurs versements, sans paperasse excessive et sans délai d’attente.
Le lancement d’Alya a suscité un intérêt immédiat de la part des marchands en ligne marocains. Pour un e-commerçant, intégrer une solution BNPL, c’est souvent synonyme d’augmentation du panier moyen, de réduction du taux d’abandon de commande et d’acquisition de nouveaux clients qui n’auraient pas acheté autrement. Les données recueillies à l’international le confirment : en moyenne, le BNPL peut faire progresser le taux de conversion d’un site e-commerce de 20 à 30 %.
Ce que le BNPL change concrètement pour les Marocains
Une inclusion financière par la technologie
L’impact d’une solution comme Alya dépasse la simple commodité de paiement. Elle touche à quelque chose de plus profond : l’inclusion financière. Dans un pays où une grande partie de la classe moyenne aspire à un pouvoir d’achat plus fluide, pouvoir étaler le prix d’un électroménager, d’un billet d’avion ou d’une formation professionnelle sans passer par un crédit bancaire classique représente une vraie liberté nouvelle.
C’est aussi une opportunité pour les petits commerces et les boutiques locales de se mettre au diapason de la distribution moderne. En proposant le paiement fractionné à leurs clients, ils s’équipent d’un argument commercial puissant, sans avoir à négocier des partenariats complexes avec des banques.
Voici quelques effets concrets du BNPL sur le marché de la consommation :
- Hausse du panier moyen chez les marchands partenaires, souvent de 15 à 40 %
- Réduction de l’abandon de panier sur les plateformes e-commerce
- Accès facilité aux produits technologiques, éducatifs ou culturels pour les ménages à revenus intermédiaires
- Fidélisation accrue des clients, qui reviennent plus facilement vers les marchands qui proposent cette option
- Stimulation de l’économie locale en fluidifiant la circulation des achats quotidiens
Les défis à relever pour pérenniser l’écosystème
L’enthousiasme est réel, mais les défis ne manquent pas. La réglementation marocaine sur le crédit à la consommation est stricte, et les acteurs du BNPL doivent naviguer avec soin entre innovation et conformité légale. Bank Al-Maghrib, la banque centrale, suit de près ces évolutions et travaille à la mise en place d’un cadre adapté aux nouvelles réalités de la fintech.
La question de la gestion du risque crédit est également centrale. Contrairement à une banque qui dispose d’historiques financiers solides, une startup BNPL doit développer ses propres modèles de scoring, souvent basés sur des données comportementales et transactionnelles. C’est un défi technique et éthique à la fois : comment évaluer la solvabilité d’un consommateur sans le sur-endetter ?
Malgré ces obstacles, l’élan est là. Et des initiatives comme celle d’Alya montrent que le Maroc est capable de produire des solutions fintech locales, pensées pour ses réalités propres, plutôt que de simplement importer des modèles étrangers.
Agadir comme symbole d’une nouvelle dynamique marocaine
Ville durable, ville connectée, ville humaine
Ce qui unit toutes ces dimensions — urbanisme durable, innovation technologique, essor de la fintech — c’est une même vision : celle d’une ville, et d’un pays, qui refuse de subir la modernité et choisit de la construire activement. Agadir incarne cette ambition avec une énergie particulière, portée par sa jeunesse, son université, ses entrepreneurs et ses décideurs locaux.
La ville n’est pas parfaite. Les inégalités persistent, l’accès aux services numériques reste inégal selon les quartiers, et les projets durables prennent du temps à produire leurs effets. Mais la direction est bonne, et les signaux positifs se multiplient.
Brahim Zaid et Alya, comme d’autres innovateurs ancrés dans les réalités marocaines, représentent cette génération qui connecte Agadir et le Maroc aux grandes tendances mondiales, tout en gardant les pieds dans la culture locale. C’est précisément cette combinaison qui rend l’écosystème marocain si intéressant à observer pour les investisseurs et les partenaires internationaux.
FAQ — BNPL et Innovation à Agadir en 2026
Qu’est-ce que le BNPL et pourquoi est-ce important au Maroc ?
Le BNPL (Buy Now, Pay Later) est une solution de paiement fractionné (souvent en 3 ou 4 fois) qui s’est imposée en 2026 comme une alternative sérieuse au crédit à la consommation classique. Dans un pays où le recours au chèque de garantie reste fréquent mais risqué, le BNPL digitalisé sécurise la transaction. Il est stratégique pour l’économie marocaine car il permet de solvabiliser une classe moyenne face à l’inflation, tout en offrant aux e-commerçants un levier puissant pour augmenter leur panier moyen de 20 à 30 %.
Qui est Brahim Zaid et quel est le rôle d’Alya ?
Brahim Zaid est le fondateur et CEO d’Alya (anciennement Alya Pay). En 2026, sa startup s’est imposée comme le leader du paiement fractionné réglementé au Maroc après avoir obtenu l’aval de Bank Al-Maghrib. Le rôle d’Alya est double :
- Pour le consommateur : Proposer une expérience de crédit instantanée et transparente, sans intérêts cachés.
- Pour le marchand : Agir comme un partenaire de croissance en garantissant le paiement total de la commande dès l’achat, Alya prenant à sa charge le risque de recouvrement.
Agadir est-elle vraiment en train de devenir une ville intelligente ?
Oui, 2026 marque un tournant pour la capitale du Souss. Agadir déploie désormais des solutions IoT (Internet des Objets) pour la gestion intelligente de l’éclairage public et de l’arrosage des espaces verts (crucial en période de stress hydrique). La ville a également lancé son “Plan de Mobilité Intelligente”, intégrant des systèmes de transport connectés et une gestion du trafic en temps réel, visant à faire d’Agadir une vitrine du “S.M.A.R.T Tourisme” au Maroc d’ici la fin de l’année.
Quels secteurs innovants se développent le plus à Agadir ?
En 2026, la région Souss-Massa ne repose plus uniquement sur l’agriculture classique. On observe une montée en puissance de :
- L’AgriTech : Portée par la Cité de l’Innovation de Souss-Massa, avec des startups spécialisées dans le dessalement intelligent et les capteurs de précision.
- Le Tourisme Numérique : Digitalisation du parcours client pour atteindre l’objectif de 5 millions de visiteurs d’ici la fin de l’année.
- La Blue Economy : Valorisation des ressources marines via des biotechnologies.
- L’Industrie 4.0 : Développée au sein de la Zone d’Accélération Industrielle d’Agadir, attirant des sous-traitants en électronique et maintenance aéronautique.