Le Maroc n’est plus simplement un pays en développement qui cherche à sécuriser son approvisionnement électrique. Il est devenu, en l’espace d’une décennie, un acteur énergétique reconnu sur la scène internationale, cité en exemple par des institutions aussi exigeantes que l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA) ou la Banque mondiale. Cette transformation n’est pas le fruit du hasard : elle découle d’une vision stratégique assumée, d’investissements massifs et d’une géographie naturelle exceptionnellement favorable.
- Une vision stratégique construite sur le long terme
- Des ressources naturelles transformées en capital économique
- Un positionnement géopolitique inédit
- Les bénéfices concrets pour l’économie marocaine
- Les défis qui restent à surmonter
- Pourquoi le monde entier regarde le Maroc
- FAQ — Transition énergétique au Maroc
Dans un monde où la compétitivité des nations se joue désormais autant sur les marchés du carbone que sur les parquets boursiers, la transition énergétique marocaine s’impose comme un levier géopolitique et économique de premier ordre. Voici pourquoi ce pari audacieux est en train de se transformer en véritable avantage concurrentiel.
Une vision stratégique construite sur le long terme
Tout commence en 2009, quand le Maroc lance sa Stratégie Énergétique Nationale, avec un objectif clair : atteindre 42 % d’énergie renouvelable dans son mix électrique d’ici 2020. Objectif atteint — et même dépassé. Le royaume a depuis relevé la barre à 52 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, un engagement inscrit dans sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN) soumise à la COP.
Ce qui distingue le Maroc d’autres pays ayant formulé des ambitions similaires, c’est la cohérence entre les discours politiques et les réalisations concrètes sur le terrain. La construction de la centrale solaire Noor Ouarzazate — la plus grande centrale solaire concentrée (CSP) au monde à son inauguration en 2016 — a illustré cette capacité d’exécution rare. Avec une puissance de 580 mégawatts prévue sur le complexe complet, ce projet titanesque a montré que le Maroc savait transformer les ambitions en béton, en acier et en kilowattheures.
Cette vision ne s’est pas construite en vase clos. Elle s’appuie sur une gouvernance solide, notamment via l’IRESEN (Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles) et Masen (Moroccan Agency for Sustainable Energy), deux structures qui incarnent la professionnalisation du secteur et permettent d’attirer des financements internationaux à des conditions compétitives.
Des ressources naturelles transformées en capital économique
Le soleil et le vent comme matières premières
Le Maroc bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel, avec plus de 3 000 heures de soleil par an dans certaines régions du sud. Les vastes étendues désertiques du Sahara ne sont plus seulement un défi logistique : elles sont devenues des gisements d’énergie que le pays apprend à exploiter méthodiquement.
Le potentiel éolien n’est pas en reste. Les couloirs de vent qui traversent le détroit de Gibraltar et les reliefs de l’Atlas créent des conditions idéales pour l’énergie éolienne. Le parc éolien de Tarfaya, avec ses 131 éoliennes et sa puissance de 300 MW, en est la démonstration la plus éloquente. Il produit suffisamment d’électricité pour alimenter plusieurs centaines de milliers de foyers.
L’hydrogène vert, la prochaine frontière
Mais la vraie carte maîtresse que le Maroc commence à abattre, c’est l’hydrogène vert. Produit par électrolyse à partir d’électricité renouvelable, cet hydrogène propre est en passe de devenir le carburant de la décarbonation industrielle mondiale. Or le Maroc cumule tous les avantages : un coût de production d’électricité renouvelable parmi les plus bas du monde, une position géographique idéale entre l’Afrique et l’Europe, et des infrastructures portuaires en plein développement.
L’Union européenne, qui cherche désespérément à sécuriser ses approvisionnements en hydrogène vert pour tenir ses objectifs climatiques, regarde le Maroc avec un intérêt croissant. Des accords de partenariat entre Rabat et Bruxelles ont déjà été signés dans ce sens, et plusieurs entreprises européennes — notamment allemandes et espagnoles — ont commencé à prospecter des sites au Maroc pour des unités de production.
Un positionnement géopolitique inédit
Entre l’Europe et l’Afrique, un hub énergétique en construction
La transition énergétique marocaine ne se limite pas à produire de l’électricité propre pour usage domestique. Elle vise à faire du royaume un hub régional de l’énergie, capable d’exporter vers l’Europe via des câbles sous-marins et vers l’Afrique subsaharienne via des interconnexions terrestres.
L’interconnexion électrique avec l’Espagne — qui existe depuis plusieurs décennies — prend une nouvelle dimension dans ce contexte. Des projets d’extension de capacité sont à l’étude, et le câble Xlinks, qui prévoit de transporter de l’électricité solaire marocaine directement au Royaume-Uni via un câble sous-marin de 3 800 km, illustre l’ambition de ce positionnement. Si ce projet aboutit, il serait l’un des projets d’infrastructure énergétique les plus ambitieux de l’histoire récente.
Un modèle pour le continent africain
À l’échelle africaine, le Maroc se positionne comme un modèle et un partenaire. L’Initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture Africaine (Triple A), portée par le Maroc depuis la COP22 à Marrakech en 2016, témoigne d’une diplomatie verte active. Plusieurs pays africains regardent les infrastructures marocaines et cherchent à reproduire certains aspects de ce modèle, en s’appuyant parfois sur l’expertise des entreprises marocaines comme NAREVA ou Voltalia Maroc.
Cette double attractivité — vers le nord et vers le sud — confère au Maroc une position géostratégique rare, celle d’un pays charnière qui peut tirer parti des besoins énergétiques des deux côtés de la Méditerranée.
Les bénéfices concrets pour l’économie marocaine
La transition énergétique n’est pas qu’une affaire de politique étrangère ou de réputation internationale. Elle produit des effets tangibles sur l’économie nationale. Voici les principaux bénéfices déjà visibles :
- Réduction de la facture énergétique : le Maroc importait historiquement plus de 90 % de ses besoins énergétiques. La montée en puissance des renouvelables permet de réduire cette dépendance coûteuse aux hydrocarbures.
- Création d’emplois locaux : les projets solaires et éoliens génèrent des milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans les régions éloignées comme Ouarzazate ou Guelmim.
- Attractivité des investissements directs étrangers : des groupes comme EDF Renewables, ACWA Power ou Siemens Gamesa ont investi massivement au Maroc, attirés par la stabilité du cadre réglementaire et la qualité des ressources.
- Développement industriel : le Maroc aspire à développer une filière locale de fabrication de panneaux solaires et de composants éoliens, réduisant ainsi la dépendance aux importations tout en créant de la valeur ajoutée.
- Amélioration de la compétitivité des entreprises : l’accès à une énergie moins chère et plus stable renforce l’attractivité du territoire pour les industriels nationaux et étrangers.
- Diplomatie climatique renforcée : en portant des engagements ambitieux et crédibles, le Maroc s’assure une place de choix dans les négociations climatiques internationales, avec les avantages politiques et financiers qui en découlent.
Les défis qui restent à surmonter
Le stockage, talon d’Achille des renouvelables
Aucun tableau idyllique ne serait honnête sans mentionner les obstacles. Le principal défi technique de la transition énergétique marocaine reste le stockage de l’énergie. Le soleil ne brille pas la nuit, le vent ne souffle pas toujours au bon moment. Sans capacités de stockage suffisantes — batteries de grande échelle, stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) —, l’intégration d’une part toujours plus grande d’énergie variable dans le réseau devient techniquement complexe.
Le Maroc travaille sur plusieurs projets de STEP, notamment dans le Haut Atlas, mais les investissements nécessaires restent colossaux et les délais de réalisation longs.
Le financement et l’équité sociale
L’autre défi est celui du financement de la transition et de son équité sociale. Si les grands projets attirent les capitaux internationaux, la modernisation du réseau de distribution, l’électrification rurale complète et l’accompagnement des ménages vulnérables face à l’évolution des prix de l’énergie nécessitent des ressources publiques importantes. La question de qui paie et qui bénéficie de la transition est centrale pour sa durabilité politique.
Pourquoi le monde entier regarde le Maroc
Dans les conférences climatiques, dans les rapports de l’IRENA, dans les analyses des think tanks européens et américains, le Maroc revient régulièrement comme exemple de pays en développement ayant réussi à articuler ambition climatique et développement économique. Ce n’est pas une posture : c’est le résultat d’une décennie de choix courageux, d’investissements ciblés et d’une diplomatie énergétique habile.
À l’heure où la compétition mondiale se redessine autour de l’accès aux ressources énergétiques propres, aux matériaux critiques pour la transition et aux chaînes de valeur vertes, le Maroc a compris avant beaucoup d’autres que l’énergie renouvelable n’est pas un coût à supporter mais un capital à valoriser. Cette prise de conscience précoce est peut-être son avantage concurrentiel le plus durable.
FAQ — Transition énergétique au Maroc
Le Maroc peut-il réellement atteindre 52 % d’énergies renouvelables d’ici 2030 ?
Oui, l’objectif est ambitieux mais crédible. Le Maroc a déjà atteint 42 % en 2020 et les projets en construction ou en développement suggèrent une trajectoire cohérente, à condition que les investissements dans le réseau et le stockage suivent le rythme.
Qu’est-ce que l’hydrogène vert et pourquoi est-ce important pour le Maroc ?
L’hydrogène vert est produit à partir d’électricité renouvelable, sans émissions de CO₂. Il peut décarboner l’industrie lourde et les transports. Le Maroc, grâce à son ensoleillement et ses ressources éoliennes, peut le produire à faible coût et l’exporter vers l’Europe, créant ainsi une nouvelle source de revenus.
La transition énergétique profite-t-elle aux Marocains ordinaires ?
Elle génère des emplois et réduit la dépendance aux importations d’hydrocarbures, stabilisant les prix à long terme. Cependant, les bénéfices ne sont pas encore également répartis, et des efforts supplémentaires sont nécessaires pour que les ménages à revenus modestes en profitent pleinement.
Le projet de câble Xlinks est-il réaliste ?
Le projet est techniquement faisable mais reste un défi d’ingénierie et de financement important. Des études de faisabilité avancées existent et des financeurs institutionnels s’y intéressent. Sa réalisation dépendra des décisions politiques et des conditions de marché des prochaines années.