Imaginez finaliser la cession de votre fonds de commerce après des semaines de négociation, puis recevoir quelques mois plus tard un redressement fiscal que vous n’aviez pas anticipé. Pas pour fraude, pas pour dissimulation, mais simplement parce que l’acte ne mentionnait pas le numéro de virement. Un oubli administratif, une ligne manquante — et voilà une majoration qui s’invite dans vos comptes. C’est exactement le scénario que rend possible la Loi de finances 2026 à compter du 1er juillet prochain.
- Une réforme fiscale ancrée dans la lutte contre l’informel
- Les trois déclencheurs de la majoration de 2%
- Ce que la réforme interdit désormais
- Le risque de double pénalisation
- Ce que cela change concrètement pour chaque acteur
- Avant et après juillet 2026
- Comment anticiper dès maintenant
- FAQ — Vos questions sur la réforme fiscale 2026
Avec l’introduction du nouvel article 133-III du Code Général des Impôts (CGI) 2026, le Maroc franchit un cap décisif dans sa lutte contre l’économie informelle. Les mutations à titre onéreux portant sur des biens immeubles, droits réels immobiliers ou fonds de commerce dépassant 300.000 dirhams entrent dans une ère de transparence forcée. Pour les professionnels et les particuliers, l’heure de l’anticipation a sonné.
Une réforme fiscale ancrée dans la lutte contre l’informel
Depuis plusieurs années, le Maroc intensifie ses efforts pour assainir le circuit financier des transactions immobilières et commerciales. Le recours massif aux espèces, les actes aux formulations volontairement floues, les règlements partiellement dissimulés — autant de pratiques qui alimentent l’économie grise et privent l’État de recettes fiscales considérables.
La Direction Générale des Impôts (DGI) a fait de la traçabilité des paiements un cheval de bataille. Et le CGI 2026 concrétise cette ambition avec une mesure simple dans sa mécanique, mais redoutable dans ses effets : un droit d’enregistrement supplémentaire de 2% déclenché par trois situations précises, applicables à toutes les mutations dépassant le seuil des 300.000 dirhams.
Ce qui frappe dans cette réforme, c’est sa logique punitive assumée. Il ne s’agit pas de faciliter la vie des contribuables, mais bien de dissuader les comportements opaques en les rendant fiscalement coûteux. Omar Heddad, Managing Partner chez COJUFI Audit & Conseil, le résume avec clarté : “Anticipez vos opérations et sécurisez vos paiements dès maintenant pour éviter un coût fiscal supplémentaire.”
Les trois déclencheurs de la majoration de 2%
L’absence de mentions de paiement dans l’acte
Premier cas, et sans doute le plus insidieux : l’omission des modalités et références de paiement dans l’acte de mutation. Concrètement, si un acte de vente immobilière ne précise pas que le règlement a été effectué par virement bancaire du 12 mars 2026 portant la référence VIR-2026-XXX, la majoration s’applique automatiquement à l’intégralité du prix de cession, même si le virement a bel et bien eu lieu.
C’est ici que réside le piège le plus fréquent. Un notaire pressé, une formulation standard copiée-collée, un acte signé dans l’urgence — et c’est 2% du prix total qui s’envole. Sur une transaction à 400.000 dirhams, cela représente 8.000 dirhams de majoration pour un simple oubli documentaire.
Le recours à des moyens de paiement non traçables
Deuxième déclencheur : le paiement par des moyens non vérifiables. À compter du 1er juillet 2026, seuls quatre instruments sont admis sans pénalité : le chèque barré non endossable, le virement bancaire, les procédés électroniques (cartes bancaires, plateformes sécurisées) et la compensation. Tout autre mode de règlement expose à la majoration.
Cette disposition cible directement les paiements en espèces, qui restent légalement possibles mais fiscalement sanctionnés dès lors qu’ils interviennent dans une transaction dépassant le seuil légal. La transparence devient, en quelque sorte, une obligation tarifée.
Le paiement partiel en espèces
Troisième cas, plus nuancé : lorsqu’une fraction du prix est réglée en liquide, la majoration de 2% ne s’applique qu’à cette quote-part. Prenons un exemple concret : une cession de fonds de commerce à 500.000 dirhams, dont 100.000 dirhams payés en espèces. La majoration sera de 2.000 dirhams (2% × 100.000 DH), ciblant exclusivement la fraction non traçable.
Ce mécanisme proportionnel peut sembler clément, mais il reste un signal fort : aucune composante en espèces ne passera sous le radar dans les transactions importantes.
Ce que la réforme interdit désormais
La fin des actes aux formulations vagues
Fini les mentions du type “paiement échelonné selon accord entre les parties” sans aucun détail supplémentaire. La réforme impose une rigueur documentaire inédite. Chaque acte doit désormais comporter :
- Le type d’instrument utilisé (virement, chèque, paiement électronique)
- Les références précises (numéro de chèque, date et référence du virement)
- Les échéances détaillées en cas de paiement fractionné
- La ventilation explicite entre les différentes modalités si plusieurs moyens coexistent
Une mention approximative suffit à déclencher la taxe sur l’intégralité du montant. La vigilance rédactionnelle n’est plus une option — c’est une exigence fiscale.
La tolérance zéro pour les espèces significatives
Avant le 1er juillet 2026, l’article 133 du CGI demeurait muet sur les paiements en espèces dans les transactions immobilières. Cette lacune permettait des pratiques informelles sans pénalité spécifique. Le CGI 2026 referme définitivement cette fenêtre : toute somme en liquide est désormais taxée, quelle que soit sa proportion dans le prix global.
Pour une transaction d’un million de dirhams incluant 200.000 dirhams en espèces, la majoration ciblée atteindra 4.000 dirhams. Un coût non négligeable qui rend les espèces structurellement non compétitives face aux moyens traçables.
Le risque de double pénalisation
C’est l’aspect le moins commenté mais potentiellement le plus douloureux de cette réforme. La majoration de 2% prévue par l’article 133-III s’additionne aux droits d’enregistrement classiques, qui atteignent déjà 6% pour la plupart des transactions immobilières en vertu de l’article 133-A du CGI.
Concrètement, une mutation immobilière mal documentée pourrait supporter une charge fiscale globale de 8% — soit le taux normal de 6% augmenté de la majoration de 2%. Une pression fiscale considérable qui transforme une négligence administrative en erreur financière majeure.
Cette logique de cumul renforce l’urgence d’une révision systématique des pratiques documentaires, notamment pour les professionnels qui traitent un grand nombre de transactions.
Ce que cela change concrètement pour chaque acteur
Pour les notaires et rédacteurs d’actes
La pression est maximale pour les professionnels de l’acte juridique. Leur responsabilité engage désormais directement leurs clients sur le plan fiscal. Réviser les modèles d’actes, intégrer des blocs standardisés de description des modalités de paiement, vérifier systématiquement les justificatifs bancaires avant signature — autant de réflexes à adopter d’urgence avant le 1er juillet 2026. 🔥
Pour les acquéreurs et vendeurs
Particuliers ou professionnels, tous sont concernés. L’objectif est simple : ne plus recourir aux espèces pour les transactions dépassant 300.000 dirhams et s’assurer que l’acte signé reflète fidèlement et précisément les conditions de règlement. Une transaction d’un million de dirhams mal structurée peut générer plusieurs milliers de dirhams de surcoût évitable.
Pour les banques et services anti-fraude
La généralisation des paiements traçables renforce mécaniquement le rôle des établissements bancaires comme acteurs de la transparence fiscale. La documentation obligatoire de l’origine des fonds et des références de transaction accentue par ailleurs la vigilance contre le blanchiment de capitaux 🌍. Une triple dynamique qui fait de la sécurisation des transactions un enjeu collectif.
Avant et après juillet 2026
La rupture avec le régime antérieur est nette et assumée. En 2025, l’article 133 du CGI ne prévoyait aucune majoration spécifique liée au défaut de traçabilité. Les mentions des modalités de paiement n’étaient pas requises dans les actes, et les règlements en espèces étaient tolérés sans pénalité particulière.
Le CGI 2026 inverse radicalement cette logique. La transparence devient la norme de référence, et l’opacité, même partielle, se paie cash — au sens littéral du terme. Cette évolution législative transforme non seulement les contraintes documentaires, mais modifie en profondeur les comportements financiers attendus lors des mutations à titre onéreux.
Comment anticiper dès maintenant
L’impératif est clair : agir avant le 1er juillet 2026, pas après. Voici les actions prioritaires à engager sans délai :
- Auditer tous les modèles d’actes utilisés pour les mutations immobilières et commerciales
- Bannir les règlements en espèces pour toute transaction dépassant 300.000 dirhams
- Systématiser la collecte des références bancaires (numéros de virement, dates, RIB) avant signature
- Former les équipes juridiques et administratives aux nouvelles exigences documentaires
- Insérer une clause de conformité fiscale dans les promesses de vente et avant-contrats
Comme le rappelle Omar Heddad, “l’anticipation est la clé pour éviter une fiscalité punitive”. ✨ Dans un marché immobilier marocain en pleine transformation, cette réforme consacre l’avènement d’une ère de transparence — mais aussi celui de surcoûts significatifs pour les acteurs imprudents.
FAQ — Vos questions sur la réforme fiscale 2026
À partir de quand s’applique la majoration de 2% prévue par l’article 133-III du CGI 2026 ?
La mesure entre en vigueur le 1er juillet 2026. Toute mutation à titre onéreux signée à partir de cette date et dépassant 300.000 dirhams est concernée.
La majoration s’applique-t-elle aux donations et partages familiaux ?
Non. Conformément à l’article 133-C-6° du CGI, les donations et les partages sans soulte sont expressément exclus du champ d’application de cette majoration.
Que se passe-t-il si l’acte mentionne les modalités mais que le paiement a partiellement eu lieu en espèces ?
La majoration de 2% s’applique uniquement à la fraction réglée en espèces, et non à l’intégralité du prix. En revanche, si les modalités ne sont pas mentionnées, la taxe frappe le montant total.
Un paiement par chèque classique (endossable) est-il accepté ?
Non. Seul le chèque barré non endossable est admis. Un chèque ordinaire endossable est assimilé à un moyen non traçable et expose au risque de majoration.