Le Maroc roule à toute vitesse vers la modernité. Depuis quelques années, les grandes villes du royaume — Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir — vivent une transformation silencieuse mais profonde de leurs systèmes de mobilité. Les transports intelligents ne sont plus une promesse lointaine réservée aux métropoles européennes ou asiatiques. Ils sont là, progressivement, dans la vie quotidienne de millions de Marocains. Mais comment cette révolution est-elle vécue au sol, dans le réel ? Entre enthousiasme sincère et résistances légitimes, le tableau est nuancé.
- Une révolution silencieuse dans les rues marocaines
- Ce que vivent réellement les usagers au quotidien
- Les projets phares qui transforment la mobilité
- Les défis à surmonter pour une adoption massive
- Le Maroc dans le concert mondial des smart cities
- Ce que pensent les Marocains de ces changements
- FAQ — Les Marocains face aux transports intelligents
Une révolution silencieuse dans les rues marocaines
Parler de transports intelligents au Maroc, c’est d’abord parler de mobilité connectée : des feux tricolores adaptatifs qui régulent le flux en temps réel, des applications mobiles qui informent sur les horaires de bus, des systèmes de paiement dématérialisés dans le tramway de Casablanca ou de Rabat. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est le quotidien de centaines de milliers d’usagers.
Le tramway de Rabat-Salé, inauguré en 2011 et régulièrement amélioré depuis, est l’un des exemples les plus frappants. Avec ses deux lignes couvrant plus de 19 km, il intègre aujourd’hui des systèmes de supervision centralisée, de géolocalisation des rames et de billetterie sans contact. À Casablanca, le projet de métro prévu pour les prochaines années promet d’aller encore plus loin dans l’intégration numérique. Le Grand Casablanca Settat engage des milliards de dirhams dans une mobilité de demain.
Ce que vivent réellement les usagers au quotidien
La génération connectée adopte vite
Les jeunes Marocains urbains, souvent équipés de smartphones performants, ont intégré les outils numériques de mobilité de façon naturelle. Des applications comme Yassir, le super-app algérien très présent au Maroc, ou encore les plateformes locales de VTC ont bouleversé les habitudes. Appeler un taxi depuis son téléphone, payer sans espèces, noter son chauffeur — ces usages qui semblaient futuristes il y a dix ans sont devenus banals dans les grandes villes.
À Casablanca, une étudiante en marketing témoigne : “Avant, je perdais 40 minutes à attendre un bus sans savoir s’il allait passer. Maintenant, j’utilise une application, je sais exactement quand arrive le prochain. C’est un gain de temps énorme.” Ce type de témoignage revient souvent. L’information en temps réel change fondamentalement la relation à la mobilité.
Les générations plus âgées, entre méfiance et apprentissage
La réalité est plus complexe pour les populations de plus de 50 ans, notamment dans les quartiers périphériques ou les villes secondaires. Payer en sans contact, scanner un QR code, télécharger une application : ces gestes qui paraissent évidents pour les digital natives représentent parfois de véritables obstacles. Beaucoup de Marocains continuent à privilégier le petit taxi traditionnel, payé en cash, pour sa simplicité et son accessibilité immédiate.
Cette fracture numérique est reconnue par les experts. Selon une étude de l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT), si le taux de pénétration d’internet au Maroc dépasse désormais les 88 % en 2023, l’usage reste très inégal selon les tranches d’âge et les territoires.
Les projets phares qui transforment la mobilité
Le Maroc a fait de la mobilité intelligente l’une des priorités de son Plan National d’Investissement. Plusieurs projets structurants méritent d’être mis en lumière :
- 🚊 Le Grand Projet Ferroviaire de Casablanca : deux lignes de métro en construction pour une mise en service progressive attendue, intégrant systèmes de supervision en temps réel, paiement multimodal et interconnexion avec le tramway et le train.
- 🚌 La modernisation du réseau de bus (BRT) : plusieurs villes explorent des systèmes de Bus Rapid Transit avec voies dédiées, priorité aux feux et suivi GPS en temps réel.
- 🛣️ Les autoroutes intelligentes : la Société Nationale des Autoroutes du Maroc (ADM) déploie des capteurs, caméras et systèmes d’aide à la conduite sur ses 1 800 km de réseau.
- 📱 Le paiement multimodal : la Banque Centrale et les opérateurs travaillent à unifier les supports de paiement pour créer un titre de transport unique utilisable dans bus, tram et train.
- 🚗 La mobilité électrique : avec l’essor des stations de recharge et des premières initiatives de bus électriques dans des villes comme Agadir, le tournant vert s’amorce.
Ces projets s’inscrivent dans la vision du Maroc pour la CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030, deux événements sportifs majeurs qui obligent à mettre les infrastructures de mobilité au niveau international.
Les défis à surmonter pour une adoption massive
L’infrastructure reste le nerf de la guerre
Malgré des avancées réelles, l’équipement du territoire reste inégal. Les villes moyennes comme Béni Mellal, Taza ou Errachidia ne bénéficient pas encore des mêmes avancées que Casablanca ou Rabat. La connectivité des réseaux mobiles, indispensable pour les transports intelligents, reste parfois défaillante dans certaines zones rurales ou périurbaines. Sans couverture fiable, pas d’application, pas de paiement dématérialisé, pas de géolocalisation.
Le déploiement de la 5G au Maroc, encore en phase de test et de déploiement partiel en 2024, constitue une étape clé. Une couverture nationale robuste conditionnera en grande partie la généralisation des transports connectés à l’ensemble du territoire.
La formation et l’inclusion numérique, enjeux stratégiques
Équiper les villes de capteurs intelligents et d’algorithmes ne suffit pas si les usagers n’ont pas les clés pour utiliser ces outils. Des programmes de sensibilisation et de formation sont indispensables, particulièrement dans les quartiers populaires et pour les publics âgés ou peu scolarisés. Plusieurs associations et communes s’y attellent, avec des ateliers d’initiation au numérique dans les maisons de quartier ou les espaces communautaires.
Cette dimension sociale est fondamentale. Un transport intelligent qui exclut une partie de la population échoue dans sa mission première : améliorer la mobilité pour tous.
Le Maroc dans le concert mondial des smart cities
Un benchmark africain encourageant
À l’échelle du continent africain, le Maroc fait figure de pionnier. Casablanca figure régulièrement dans les classements des villes africaines les plus innovantes en matière de mobilité urbaine, aux côtés du Cap, Nairobi et Lagos. La capitale économique marocaine a notamment été distinguée dans le cadre du réseau C40 Cities, regroupant les métropoles engagées dans la lutte contre le changement climatique via une mobilité décarbonée.
Le modèle marocain attire également l’attention d’investisseurs et de coopérations internationales. La France, l’Union Européenne et la Banque Mondiale accompagnent financièrement plusieurs projets de transport intelligent, signe que le Maroc est perçu comme un laboratoire crédible pour la mobilité du futur en Afrique.
Une ambition ancrée dans un contexte global
La transition vers les transports intelligents s’inscrit dans une dynamique mondiale de lutte contre la congestion urbaine et les émissions de CO₂. Selon l’ONU, plus de 68 % de la population mondiale vivra en ville d’ici 2050. Pour le Maroc, dont l’urbanisation progresse rapidement — environ 64 % de citadins actuellement — organiser une mobilité fluide, propre et connectée est une question de survie économique et sociale.
Le pays dispose d’un atout précieux : une volonté politique clairement affichée. Le Nouveau Modèle de Développement (NMD), présenté en 2021, place la mobilité durable et intelligente au cœur des priorités nationales. Les décisions suivent, même si les délais de réalisation restent souvent plus longs que prévus.
Ce que pensent les Marocains de ces changements
Au-delà des chiffres et des projets, il y a les perceptions. Un sondage réalisé par le cabinet de conseil Valyans Consulting en 2022 révèle que 74 % des Marocains urbains se déclarent favorables au développement des transports intelligents dans leur ville. L’attente est forte, notamment autour de la réduction des embouteillages (premier critère cité) et de l’amélioration de la sécurité routière.
Pourtant, une majorité d’entre eux pointent aussi le coût comme frein principal : abonnements, smartphones, connexion internet — autant de dépenses qui s’ajoutent pour des foyers souvent sous pression budgétaire. La gratuité ou la forte subvention des transports en commun intelligents est donc une condition d’acceptabilité sociale que les décideurs ne peuvent ignorer.
FAQ — Les Marocains face aux transports intelligents
Quelles sont les principales applications de transport disponibles au Maroc ?
Plusieurs applications facilitent la mobilité au Maroc : Yassir pour les VTC, Careem (présent dans certaines villes), ainsi que les applications officielles des réseaux de tramway de Rabat et Casablanca pour suivre les horaires en temps réel. L’écosystème numérique local se développe rapidement.
Le tramway de Casablanca est-il vraiment connecté ?
Oui, le tramway de Casablanca (géré par Casa Tramway) dispose d’un système de supervision centralisé, de valideurs sans contact et d’une application mobile permettant de consulter les horaires. La billettique évolue progressivement vers un titre unique multimodal.
La Coupe du Monde 2030 va-t-elle vraiment accélérer les transports intelligents ?
Très probablement. Les exigences de la FIFA en matière de mobilité — fluidité, sécurité, accessibilité — poussent le Maroc à accélérer ses projets d’infrastructure. Casablanca, Rabat et Marrakech, villes hôtes pressenties, devraient bénéficier d’investissements massifs dans les systèmes de transport d’ici 2030.
Les petites villes marocaines sont-elles concernées par les transports intelligents ?
Pour l’instant, les projets se concentrent sur les grandes métropoles. Mais des initiatives existent dans des villes moyennes, notamment autour du déploiement de GPS dans les flottes de bus ou de systèmes de paiement mobile. La généralisation reste un défi à moyen terme.