Imaginez une ville fantôme lovée entre l’Atlantique et les dunes infinies du Sahara, endormie depuis des décennies, soudainement convoitée par les ambitions les plus audacieuses du Golfe. C’est l’histoire de La Guera, ce bout du monde situé à l’extrême sud du Sahara marocain, tout près de Nouadhibou en Mauritanie, qui pourrait bien devenir le plus grand village touristique du monde. Une proposition spectaculaire portée par les Émirats arabes unis, qui entendent transformer cette péninsule endormie en véritable phénomène africain du tourisme de désert. 🌍
La Guera, une ville fantôme au destin extraordinaire
Un passé glorieux englouti par le sable
Peu de gens connaissent La Guera. Et pourtant, cette localité porte en elle une histoire fascinante. Fondée en 1920 lors de la colonisation espagnole, elle s’appelait alors La Agüera et abritait un port de pêche et de commerce très actif. Dans les années 1960 et 1970, ses eaux poissonneuses attiraient pêcheurs marocains et sahraouis, et le site vivait au rythme des allers-retours entre la mer et le désert. Puis la guerre du Sahara a tout emporté.
Progressivement abandonnée, la ville a été officiellement évacuée en 1989 sur demande de la Mauritanie, inquiète de voir ses propres activités économiques à Nouadhibou étranglées. Aujourd’hui, La Guera est une cité fantôme à moitié ensablée, patrouillée par quelques éléments militaires mauritaniens, dont le statut administratif reste suspendu entre Rabat et Nouakchott. Elle dépend formellement de la province d’Ousred, dans la région marocaine de Dakhla-Oued Eddahab.
Une position géographique unique en Afrique
La Guera est située du côté occidental du Ras Nouadhibou (l’ancien Cap Blanc), une péninsule de 65 kilomètres de long, à proximité des villes mauritaniennes de Nouadhibou et Cansado. Ce positionnement est d’une richesse rare : entre désert de sable, côte atlantique, eaux riches en biodiversité marine et frontière naturelle entre deux pays, le site offre un cadre paysager sans équivalent sur le continent. C’est précisément ce potentiel brut que les Émirats arabes unis ont identifié comme levier pour créer quelque chose d’inédit à l’échelle mondiale. 🏕️
Le projet colossal porté par les Émirats arabes unis
Un village touristique pensé comme une métropole du désert
La proposition émiratie au Maroc ne ressemble à aucun autre projet hôtelier. Il ne s’agit pas d’un resort isolé ni d’un simple camp de luxe : Abu Dhabi envisage la construction du plus grand village touristique au monde, une destination autonome, complète, pensée pour accueillir des flux massifs de visiteurs en provenance des quatre coins du globe. L’échelle est pharaonique, l’ambition encore plus grande.
Le concept repose sur une architecture de destination intégrée, combinant hébergement, loisirs, gastronomie, commerce et infrastructures dans un site qui n’existe pour ainsi dire pas encore. C’est le genre de vision que les Émirats ont appliquée à Dubai il y a trente ans — désert transformé en destination mondiale — et qu’ils souhaitent désormais reproduire sur le sol africain. ✨
Les composantes clés du village proposé
Voici les éléments essentiels que les Émirats arabes unis ont mis sur la table pour ce projet d’envergure :
- 🏡 Hébergement diversifié : chalets et villas de standing, hôtels toutes gammes, maisons d’hôtes de charme et tentes de luxe pour les amateurs d’expériences sahariennes authentiques.
- 🏄 Loisirs et bien-être : piscines et parcs aquatiques, spas et centres de remise en forme, terrains de sport multidisciplinaires, espaces verts soigneusement aménagés et aires de jeux pour les familles.
- 🥣 Restauration et commerces : une large palette de restaurants et cafés représentant les cuisines du monde, boutiques de souvenirs artisanaux et supérettes de proximité.
- 🛣️ Infrastructures modernes : accueil et sécurité, parkings pour voitures et cars de tourisme, électricité fiable, assainissement aux normes, connexion internet haut débit et groupes électrogènes.
- ⚓ Équipements de prestige : salles de réception et de réunion pour le tourisme d’affaires, et surtout une marina pour les activités nautiques, tirant parti de la façade atlantique exceptionnelle du site.
Cette liste révèle une chose essentielle : les Émirats ne veulent pas construire un simple hôtel en plein désert. Ils veulent créer une ville touristique vivante, auto-suffisante, capable de fonctionner comme une destination à part entière.
Un partenariat stratégique Maroc-Émirats aux enjeux considérables
Une relation bilatérale solide et en pleine expansion
Ce projet ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une dynamique de coopération profonde entre Rabat et Abu Dhabi, qui ne cesse de se renforcer. Les deux nations collaborent étroitement dans de nombreux domaines : investissements, sécurité, énergie renouvelable et développement durable. Elles partagent une vision commune pour la stabilité du monde arabe et la promotion du développement économique régional.
Le montant de 30 milliards de dollars alloués par les Émirats arabes unis pour des investissements au Maroc souligne l’importance de ce partenariat. Dans ce contexte, La Guera ne serait qu’une pièce — certes spectaculaire — d’un puzzle bien plus vaste entre les deux royaumes. Le tourisme devient un nouveau terrain d’expression de cette alliance stratégique.
Abu Dhabi soutient la souveraineté marocaine sur le Sahara
L’engagement diplomatique émirati est loin d’être anodin. Les Émirats arabes unis figurent parmi les puissances qui considèrent la proposition d’autonomie marocaine pour le Sahara occidental comme la manière la plus sérieuse et la plus réaliste de résoudre le différend sahraoui. Ce soutien politique de fond crée les conditions favorables pour des investissements à long terme dans les provinces du Sud du Maroc.
Un signal fort a été envoyé récemment : les Émirats arabes unis disposent désormais d’un consulat à Laâyoune et s’apprêtent à ouvrir prochainement une ambassade à Dakhla, renforçant ainsi leur ancrage institutionnel dans la région. Ces deux décisions sont des marqueurs concrets d’une stratégie qui combine diplomatie et investissement dans un même geste. 🔥
Le Sahara marocain, destination en plein décollage
Des chiffres qui donnent le vertige
L’essor touristique des provinces du Sud du Maroc n’est plus une promesse : c’est une réalité statistique. Le Maroc a accueilli près de 20 millions de touristes en 2025, en hausse de 14% par rapport à 2024 et de 53% par rapport à 2019, alors que la moyenne mondiale n’a pas dépassé 4%. Ces chiffres placent le Maroc au premier rang africain en termes d’afflux touristique, et les provinces sahariennes contribuent de plus en plus à ce succès.
La baie de Dakhla, façonnée par le sable, l’Atlantique et le vent, attire les touristes, en particulier les Européens, et est devenue le paradis des kitesurfeurs, un spot reconnu mondialement. Dakhla a par exemple vu sa population passer de 140 000 à 220 000 habitants en à peine dix ans, portée par un boom économique et touristique sans précédent. La Guera pourrait connaître une trajectoire encore plus spectaculaire si les ambitions émiraties se concrétisent.
Une vision africaine à portée continentale
La montée en puissance de Dakhla comme hub multidimensionnel offre une opportunité unique aux investisseurs nationaux et internationaux, en phase avec les ambitions royales et les attentes des partenaires africains et européens. La région est en train de construire son propre modèle de développement fort, inclusif et panafricain. La Guera s’inscrirait dans cette logique de rayonnement continental, en positionnant le Sahara marocain comme une destination incontournable à l’échelle de l’Afrique tout entière.
L’État marocain encourage la réalisation d’infrastructures touristiques au niveau de la baie de Lagouira ainsi que dans plusieurs oasis du Sahara, conscient de l’importance du tourisme en tant que véritable locomotive de développement économique et social. Le projet émirate viendrait donc amplifier une dynamique déjà enclenchée par Rabat, lui donnant une dimension et des moyens financiers autrement plus imposants.
Ce que La Guera pourrait changer pour l’Afrique
La Guera n’est pas simplement un projet touristique. Si le plus grand village touristique du monde voit le jour ici, entre mer et sable, à deux pas de la Mauritanie, c’est toute la perception du Sahara comme destination qui basculera. Le désert africain, longtemps perçu comme une zone inhospitalière et conflictuelle, deviendrait un laboratoire d’un tourisme haut de gamme, durable et porteur de sens.
Dans les années 1960 et 1970, La Guera abritait un port commercial et de pêche très actif, dans une ville au climat modéré tout au long de l’année, aux paysages sublimes entre mer et désert, et aux eaux très poissonneuses, avant de devenir une cité fantôme à cause de la guerre du Sahara. Le potentiel est donc là et n’attend qu’à être exploité.
Aujourd’hui, l’histoire semble prête à tourner une nouvelle page. Les investissements du Golfe, le soutien diplomatique international et la dynamique nationale marocaine convergent vers un même point sur la carte : cette petite péninsule oubliée du bout du monde, qui pourrait bien devenir l’une des destinations les plus surprenantes du XXIe siècle. 🌅