Dans un pays où TikTok cartonne, où WhatsApp Business s’est imposé comme un réflexe commercial et où les réseaux sociaux semblent avoir tout envahi, une question revient régulièrement dans les discussions entre entrepreneurs marocains : l’email marketing est-il encore utile en 2024 ? Ou s’agit-il d’un outil has-been réservé aux grandes entreprises étrangères ?
La réponse mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Parce qu’elle est plus nuancée — et plus encourageante — qu’on ne le croit.
- L’email marketing dans le contexte marocain
- Pourquoi l’email reste un canal rentable
- Les obstacles spécifiques au marché marocain
- Les secteurs où l’email marketing performe le mieux au Maroc
- Comment construire une stratégie email efficace au Maroc
- Les outils accessibles aux entreprises marocaines
- Email marketing vs réseaux sociaux : faut-il choisir ?
- FAQ — Email Marketing au Maroc en 2026
L’email marketing dans le contexte marocain
Le Maroc a connu une transformation digitale rapide ces dernières années. Avec plus de 27 millions d’internautes recensés en 2023 et un taux de pénétration d’internet qui dépasse les 74 %, le terrain est objectivement favorable au marketing digital sous toutes ses formes. Mais il y a une réalité locale qu’on ne peut pas ignorer : l’usage de l’email au quotidien reste encore très inégal selon les profils.
Les cadres en entreprise, les freelances, les e-commerçants et les professions libérales utilisent leur boîte mail de façon régulière. En revanche, une grande partie de la population encore peu familière avec le monde professionnel digital préfère communiquer via des canaux comme WhatsApp ou Facebook Messenger. Ce clivage est important à comprendre avant de lancer une stratégie d’emailing.
Cela ne signifie pas que l’email marketing est inutile au Maroc. Cela signifie qu’il faut cibler intelligemment et construire des listes de qualité plutôt que de viser large.
Pourquoi l’email reste un canal rentable
Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans la relation des marketeurs marocains à l’email. Beaucoup le sous-estiment, et pourtant les chiffres mondiaux parlent d’eux-mêmes : selon Litmus, chaque euro investi en email marketing génère en moyenne 36 euros de retour. Ce ratio dépasse largement celui des réseaux sociaux ou de la publicité payante.
Au Maroc, les professionnels qui ont misé sérieusement sur l’emailing confirment ce potentiel. Un responsable marketing d’une boutique de cosmétiques en ligne à Casablanca confiait récemment avoir multiplié par trois son chiffre d’affaires mensuel grâce à des séquences d’emails bien construites — sans augmenter son budget publicitaire. L’email lui permettait de réactiver des clients inactifs, de promouvoir des soldes et de fidéliser sa base existante.
La raison profonde de cette efficacité est simple : contrairement à Instagram ou Facebook, l’email vous appartient. Votre liste d’abonnés n’est pas soumise aux caprices d’un algorithme. Personne ne peut vous couper de vos contacts du jour au lendemain.
Les obstacles spécifiques au marché marocain
Soyons honnêtes : utiliser l’email marketing au Maroc n’est pas sans difficultés. Plusieurs freins ralentissent encore son adoption à grande échelle.
La qualité des bases de données
Le problème numéro un, c’est la qualité des listes. Beaucoup d’entreprises marocaines travaillent encore avec des bases de données achetées ou récupérées sans consentement explicite. Résultat : des taux d’ouverture catastrophiques, des signalements comme spam, et une réputation d’expéditeur dégradée. L’emailing de masse non ciblé ne fonctionne tout simplement pas — ni au Maroc, ni ailleurs.
La barrière de la langue
Le Maroc est un marché trilingue : arabe dialectal, français, darija mélangée. Choisir la bonne langue pour ses emails est une décision stratégique. Une campagne en français peut être perçue comme froide ou élitiste par certains segments. Une campagne entièrement en arabe classique peut sembler trop formelle. Les marques qui réussissent sont souvent celles qui adaptent leur ton à leur audience cible avec une vraie connaissance du terrain.
La méfiance vis-à-vis des emails commerciaux
Comme dans beaucoup de marchés émergents, les consommateurs marocains ont été gavés d’emails promotionnels de mauvaise qualité. Cette surexposition a créé une certaine méfiance. Pour y remédier, les expéditeurs sérieux doivent travailler davantage sur la valeur perçue de chaque email : pas d’email pour le principe, mais un contenu qui apporte vraiment quelque chose.
Les secteurs où l’email marketing performe le mieux au Maroc
Tous les secteurs ne sont pas égaux face à l’email. Voici ceux où le retour sur investissement est le plus solide dans le contexte marocain :
E-commerce : relances de paniers abandonnés, promotions flash, fidélisation — l’email reste le levier le plus direct pour convertir
Formation en ligne et coaching : les séquences de nurturing fonctionnent très bien pour éduquer des prospects avant une vente
Immobilier et services B2B : des prospects qualifiés qui attendent des informations précises répondent bien à des emails personnalisés
Tourisme et hôtellerie : les offres saisonnières et les rappels de réservation génèrent d’excellents taux d’engagement
Santé et bien-être : newsletters de contenu, conseils pratiques, promotions ciblées — une audience souvent très engagée
Ce qui ressort de ces secteurs, c’est qu’ils partagent un point commun : une relation de confiance à construire dans la durée, ce pour quoi l’email est parfaitement adapté.
Comment construire une stratégie email efficace au Maroc
Construire une liste propre dès le départ
Tout commence par une liste de contacts opt-in, c’est-à-dire des personnes qui ont volontairement accepté de recevoir vos communications. Un formulaire d’inscription sur votre site, un lead magnet (guide gratuit, code promo, checklist) ou une inscription lors d’un achat — les méthodes sont nombreuses. L’important, c’est de ne jamais acheter de base de données.
Personnaliser et segmenter
Envoyer le même email à toute votre liste est une erreur classique. Les outils modernes comme Mailchimp, Brevo (ex-Sendinblue) ou ActiveCampaign permettent de segmenter facilement votre audience : par comportement, par historique d’achat, par localisation. Un client qui a acheté il y a six mois mérite un email différent de quelqu’un qui vient de s’inscrire.
Soigner l’objet et le préheader
Au Maroc comme ailleurs, la décision d’ouvrir un email se prend en moins de trois secondes, à la lecture de l’objet. Un bon objet est court, clair, légèrement intrigant — jamais menteur, jamais en majuscules abusives. Le préheader (la petite phrase visible dans la boîte de réception) est souvent négligé alors qu’il joue un rôle clé dans le taux d’ouverture.
Les outils accessibles aux entreprises marocaines
La bonne nouvelle, c’est que les outils d’email marketing accessibles depuis le Maroc sont nombreux et souvent abordables. Brevo propose un plan gratuit jusqu’à 300 emails par jour — largement suffisant pour démarrer. Mailchimp reste une référence internationale avec une interface très intuitive. Pour les projets plus ambitieux ou les boutiques en ligne, Klaviyo est particulièrement puissant pour le e-commerce.
La plupart de ces plateformes supportent les envois en français et offrent des modèles d’emails facilement personnalisables. L’investissement de départ est donc très faible, ce qui rend le retour sur investissement potentiel encore plus attractif pour les PME marocaines.
Email marketing vs réseaux sociaux : faut-il choisir ?
La question qui revient souvent est celle-là : dois-je me concentrer sur Instagram, TikTok ou les emails ? La réponse évidente est : les deux, mais avec une logique différente.
Les réseaux sociaux servent à attirer, à créer de la notoriété, à toucher de nouvelles audiences. L’email, lui, sert à convertir et à fidéliser les personnes déjà intéressées. Ce sont deux étapes complémentaires d’un même tunnel. Les entrepreneurs qui sous-performent sont souvent ceux qui ont tout misé sur les réseaux sans jamais construire une liste email — et qui se retrouvent dépendants des algorithmes pour chaque vente.
L’email marketing, c’est votre filet de sécurité. Votre actif digital le plus stable.
FAQ — Email Marketing au Maroc en 2026
L’email marketing est-il légal au Maroc ?
Oui, mais le cadre est strictement défini par la loi 09-08. En 2026, la CNDP (Commission Nationale de contrôle de la protection des Données à caractère Personnel) exige un consentement opt-in explicite. Il est interdit d’utiliser des bases de données achetées ou collectées sans accord. Pour être en conformité, chaque email doit inclure :
- Un lien de désinscription fonctionnel et visible.
- L’identité claire de l’expéditeur.
- Une mention expliquant pourquoi l’utilisateur reçoit cet email.
Quel taux d’ouverture peut-on espérer au Maroc en 2026 ?
Le benchmark a évolué avec l’usage massif du mobile. En février 2026, la moyenne nationale se situe autour de 22,4 %. Cependant, des secteurs performants comme l’e-commerce ou l’associatif atteignent régulièrement 40 % à 52 %. Si votre taux tombe sous les 18 %, il est temps de nettoyer votre base de données (supprimer les inactifs) ou de retravailler vos objets d’email pour les rendre plus percutants.
Faut-il envoyer des emails en français ou en arabe ?
La tendance 2026 est au multilinguisme ciblé.
- Français : Reste le standard pour le B2B et les CSP+.
- Darija (romanisée ou arabe) : Indispensable pour le B2C, le Social Commerce et l’engagement émotionnel.
- Arabe classique : Préféré pour les communications officielles ou institutionnelles.
Astuce : Utilisez l’IA pour segmenter votre liste et envoyer la version linguistique préférée de chaque abonné automatiquement.
Combien d’emails par mois est-ce trop ?
En 2026, la “fatigue de la boîte de réception” est réelle. Les experts recommandent une fréquence de 1 à 3 emails par semaine pour les marques actives (e-commerce), et 2 à 4 par mois pour les services ou le B2B. L’envoi optimal au Maroc se situe généralement le mardi ou le jeudi entre 9h et 11h. Au-delà de 12 emails par mois, le taux de désabonnement risque de grimper de manière critique.