Le continent africain vit une transformation silencieuse mais profonde. Pendant que les regards restaient tournés vers l’Asie du Sud-Est ou l’Amérique latine comme terres promises de la fintech, une autre révolution s’écrivait tranquillement entre Casablanca, Dakar et Abidjan. Le Maroc s’est imposé comme une tête de pont stratégique pour les entreprises qui veulent conquérir l’Afrique de l’Ouest — et la digitalisation financière en est le moteur central.
- Le Maroc, hub naturel vers l’Afrique subsaharienne
- L’émergence du BNPL au Maroc : la vision de Brahim Zaid et Alya
- Digital et expansion en Afrique de l’Ouest : les leviers clés
- Construire une stratégie digitale panafricaine cohérente
- Les défis à surmonter pour durer
- FAQ — BNPL et Expansion Digitale en Afrique en 2026
Ce mouvement n’est pas le fruit du hasard. Il repose sur une convergence rare : une infrastructure bancaire marocaine solide, une diaspora hyperconnectée, une jeunesse africaine de l’Ouest massivement bancarisée sur mobile, et des entrepreneurs locaux qui comprennent les deux marchés simultanément.
Le Maroc, hub naturel vers l’Afrique subsaharienne
Depuis une dizaine d’années, le Royaume chérifien cultive méthodiquement sa position de passerelle entre l’Europe et l’Afrique. Les grandes banques marocaines — Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire, BMCE Bank of Africa — ont étendu leurs réseaux dans une quinzaine de pays africains. Ce n’est pas une coïncidence si Casablanca Finance City accueille aujourd’hui les sièges régionaux de multinationales qui veulent couvrir le continent.
Le Maroc bénéficie d’atouts structurels uniques : stabilité politique, accords de libre-échange, double culture francophone et arabophone, et une tradition commerciale ancestrale avec l’Afrique de l’Ouest. Ces éléments forment un socle que peu d’autres pays peuvent revendiquer avec autant de crédibilité.
La stratégie digitale s’appuie sur ces fondations. Les startups marocaines ne partent pas de zéro quand elles regardent vers Dakar ou Abidjan — elles activent des réseaux déjà tissés, des confiances déjà établies.
L’émergence du BNPL au Maroc : la vision de Brahim Zaid et Alya
C’est dans ce contexte effervescent que Brahim Zaid a lancé Alya en 2023, avec une ambition claire : introduire le Buy Now Pay Later (BNPL) sur le marché marocain. Une innovation financière qui avait déjà bouleversé l’Europe et l’Australie, mais qui trouvait au Maroc un terrain vierge — et potentiellement explosif.
Le BNPL répond à un besoin réel et profond dans les économies à revenus intermédiaires. Des millions de consommateurs marocains ont un accès limité au crédit bancaire traditionnel, non par manque de solvabilité, mais par manque d’historique de crédit ou par complexité administrative. Le paiement fractionné sans frais leur ouvre une porte qui était restée fermée.
Alya s’est positionnée à l’intersection de deux besoins : celui des consommateurs qui veulent acheter maintenant et payer progressivement, et celui des marchands qui cherchent à augmenter leur taux de conversion et leur panier moyen. C’est un modèle gagnant-gagnant, validé ailleurs dans le monde et transposé avec intelligence au contexte marocain.
Pourquoi le BNPL a du sens dans ce contexte
Le timing de Brahim Zaid n’est pas anodin. En 2023, le Maroc comptait plus de 23 millions d’utilisateurs d’internet mobile, avec un taux de pénétration du smartphone dépassant les 60 %. Le e-commerce local connaissait une croissance annuelle à deux chiffres depuis la pandémie. L’appétit était là. La solution manquait.
Le pari d’Alya, c’est aussi un pari sur la confiance. Dans une économie où le cash reste roi par habitude plus que par nécessité, proposer une expérience numérique fluide, transparente et sans surprise représente un changement culturel autant que technologique.
Digital et expansion en Afrique de l’Ouest : les leviers clés
L’Afrique de l’Ouest présente un profil démographique et technologique qui fascine les investisseurs. Avec plus de 400 millions d’habitants, une médiane d’âge inférieure à 20 ans dans plusieurs pays, et un taux d’adoption du mobile money parmi les plus élevés au monde, la région est une des dernières grandes frontières du digital financier.
Les facteurs qui accélèrent la transformation
Plusieurs dynamiques se combinent pour créer une fenêtre d’opportunité historique :
- M-Pesa, Wave et Orange Money ont normalisé la transaction digitale pour des millions d’utilisateurs qui n’ont jamais eu de compte bancaire classique
- La croissance du e-commerce portée par des plateformes comme Jumia ou des acteurs locaux comme Afrimarket restructure les habitudes d’achat
- Les remittances — envois de fonds de la diaspora — représentent des dizaines de milliards de dollars par an dans la région, une manne que le digital capte de plus en plus efficacement
- Les régulateurs de pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Ghana deviennent progressivement plus accommodants vis-à-vis des fintechs
- La jeune génération urbaine d’Afrique de l’Ouest est digitale par nature, pas par conversion — elle n’a pas connu autre chose
Ces éléments forment un écosystème propice à l’implantation d’acteurs comme Alya, qui maîtrisent les codes du BNPL et comprennent les spécificités culturelles et réglementaires de la région.
Construire une stratégie digitale panafricaine cohérente
Se développer en Afrique de l’Ouest depuis le Maroc ne se résume pas à copier-coller un modèle. Les marchés sont hétérogènes : la Côte d’Ivoire francophone n’est pas le Nigeria anglophone, et le Sénégal n’est pas le Ghana. Chaque marché exige une adaptation locale sérieuse — du langage à l’interface, des partenariats aux méthodes de paiement acceptées.
Les entreprises qui réussissent cette expansion ont en commun une approche en plusieurs temps. D’abord, elles identifient un marché pilote — souvent le Sénégal ou la Côte d’Ivoire pour leur dynamisme numérique et leur stabilité relative. Ensuite, elles construisent des partenariats locaux solides avec des acteurs de terrain : opérateurs télécoms, associations de commerçants, plateformes e-commerce régionales.
La localisation est un investissement, pas une option. Une application pensée pour un consommateur de Casablanca ne fonctionnera pas telle quelle à Dakar. Les références culturelles, les niveaux de débit internet, les habitudes de navigation diffèrent suffisamment pour justifier une refonte partielle de l’expérience utilisateur.
Le rôle de la data dans la conquête des marchés
Dans ce contexte, la donnée devient un actif stratégique de premier plan. Comprendre les comportements d’achat, les créneaux horaires d’activité, les catégories de produits les plus achetées à crédit — tout cela permet d’affiner l’offre et de réduire les risques de défaut.
Les acteurs du BNPL comme Alya construisent des modèles de scoring alternatifs, basés sur des données comportementales plutôt que sur des historiques de crédit classiques inexistants. C’est précisément cette capacité à évaluer autrement la solvabilité qui leur donne un avantage compétitif réel dans des marchés où les banques traditionnelles restent aveugles.
Les défis à surmonter pour durer
La route vers une expansion réussie est jalonnée d’obstacles réels. La réglementation financière reste le principal frein pour les fintechs qui veulent opérer dans plusieurs pays simultanément. Obtenir des licences, respecter les exigences de capital minimum, naviguer les zones grises du droit monétaire — tout cela consomme du temps et des ressources.
La confiance des utilisateurs est un autre défi structurel. Dans des marchés marqués par des expériences douloureuses de crédit informel ou d’arnaques numériques, bâtir une réputation de sérieux prend du temps. Les acteurs sérieux le savent et investissent massivement dans la pédagogie et la transparence.
Il y a aussi la question de la liquidité. Le BNPL suppose que l’entreprise avance les fonds aux marchands avant de se faire rembourser par les consommateurs. Ce besoin en fonds de roulement est considérable à l’échelle régionale, et nécessite des partenariats bancaires ou des levées de fonds adaptés.
FAQ — BNPL et Expansion Digitale en Afrique en 2026
Qu’est-ce que le BNPL et pourquoi est-ce pertinent en Afrique ?
Le BNPL (Buy Now, Pay Later) permet d’acheter un produit immédiatement et de le payer en plusieurs mensualités, souvent sans intérêts. En Afrique, ce marché devrait tripler pour atteindre 16,8 milliards de dollars d’ici 2031. C’est un outil d’inclusion massif : en 2026, il répond aux besoins des populations qui possèdent un portefeuille mobile (Mobile Money) mais n’ont pas accès aux cartes de crédit classiques. Il permet de lisser les dépenses essentielles (santé, éducation, équipement) tout en boostant le chiffre d’affaires des commerçants de plus de 20 %.
Pourquoi le Maroc est-il une base stratégique pour l’Afrique de l’Ouest ?
Le Maroc s’est imposé en 2026 comme le “cerveau financier” du continent. Avec des investissements directs records atteignant 5 milliards de dirhams vers l’Afrique, le Royaume capitalise sur :
- Le Hub Casablanca Finance City : Qui héberge plus de 250 entreprises internationales tournées vers l’Afrique.
- La force bancaire : Des groupes comme Attijariwafa bank ou BCP sont présents dans plus de 20 pays africains, facilitant les synergies transfrontalières.
- La logistique : Un cadre réglementaire stable et une connectivité aérienne/numérique qui en font la rampe de lancement idéale pour les fintechs visant la zone UEMOA.
Alya est-elle la seule fintech BNPL au Maroc en 2026 ?
Alya, fondée par Brahim Zaid, reste la pionnière ayant obtenu l’approbation de Bank Al-Maghrib dès 2024. Cependant, en février 2026, l’écosystème s’est densifié. Des acteurs comme Chari (via ses services financiers intégrés) ou la super-app ORA Technologies explorent également des solutions de crédit fractionné. Alya conserve son avance grâce à des levées de fonds stratégiques début 2025 et une technologie de scoring propriétaire adaptée au comportement des consommateurs locaux.
Quels pays d’Afrique de l’Ouest offrent le meilleur potentiel digital ?
En 2026, trois marchés se distinguent par leur maturité :
- La Côte d’Ivoire : Véritable locomotive de l’UEMOA avec une adoption massive des paiements numériques et un soutien fort aux startups (Côte d’Ivoire Startup Act).
- Le Sénégal : Qui mise sur sa stratégie “Sénégal Numérique 2025” et un écosystème de pré-amorçage très actif à Dakar.
- Le Ghana : Leader sur l’interopérabilité des paiements mobiles, offrant un terrain d’expérimentation idéal pour le BNPL transfrontalier.