Un score de 76,15 points sur 100, une reconnaissance internationale qui confirme une trajectoire déjà amorcée sur plusieurs autres indices ces derniers mois. Je couvre depuis plusieurs années les classements géopolitiques et sécuritaires qui touchent la région, et celui-ci mérite qu’on s’y attarde tant il tranche avec l’image encore trop souvent diffusée du continent africain sur ces questions.
Ce résultat n’est pas tombé du ciel. Il s’inscrit dans une série de bons classements pour Rabat, entre paix mondiale, cybersécurité et réputation nationale, qui dessinent une stratégie de gouvernance cohérente plutôt qu’un coup de chance statistique.
Ce que révèle le Global Public Security Index 2025-2026
Le rapport a été présenté le 10 septembre, à l’occasion d’une conférence de presse organisée en amont de la 5e édition du Forum mondial de coopération en matière de sécurité publique, tenue à Lianyungang, dans la province chinoise du Jiangsu. L’agence de presse d’État chinoise ECNS a relayé les principales conclusions de cet indice, qui couvre cette fois 62 pays.
Ce périmètre n’a rien d’anecdotique : il représente près de 83 % de la population mondiale, plus de 75 % de la superficie terrestre du globe et près de 87,5 % de la production économique planétaire. Autrement dit, on parle d’un échantillon qui pèse lourd sur la balance géopolitique et économique, pas d’une étude confidentielle limitée à quelques capitales.
La Chine arrive en tête du classement avec 84,62 points, un résultat qui n’étonnera personne connaissant le poids que Pékin accorde à ce type d’indicateurs sur la scène internationale. Le score moyen des 62 pays s’établit à 72,56 points, en légère progression par rapport à l’édition précédente. C’est dans ce contexte que le score marocain de 76,15 prend tout son sens : il se situe nettement au-dessus de la moyenne mondiale de l’échantillon.
Un club très restreint de 20 pays « performants »
Les auteurs de l’étude n’ont pas simplement publié un classement brut de 62 lignes. Ils ont isolé un groupe de 20 pays jugés particulièrement performants en matière de gouvernance de la sécurité publique, un exercice de sélection qui va au-delà du simple score chiffré et intègre vraisemblablement des critères qualitatifs sur la solidité institutionnelle. Le Maroc y figure, et il y figure seul pour tout le continent africain.
C’est ce point précis qui donne au classement sa portée symbolique. Sur 54 pays africains, aucun autre n’a été retenu dans ce cercle restreint. J’y vois moins un hasard statistique qu’une reconnaissance de la manière dont le royaume a structuré ses appareils sécuritaires, entre coopération internationale, renseignement et maillage territorial, depuis une quinzaine d’années.
Pourquoi ce forum de Lianyungang compte
Le Forum mondial de coopération en matière de sécurité publique n’est pas un événement anodin dans le calendrier diplomatique. Sa 5e édition a réuni de hauts responsables des forces de l’ordre, des représentants des Nations unies et d’Interpol, ainsi que des diplomates et experts venus du monde entier. L’objectif affiché : échanger sur les nouvelles formes de menaces transnationales, du crime organisé aux risques numériques en passant par les trafics et le terrorisme.
Ce type de forum sert souvent de vitrine à la diplomatie chinoise, qui multiplie depuis quelques années les initiatives autour de la sécurité globale, en parallèle de ses propres routes commerciales. Que le Maroc soit cité en exemple dans ce cadre précis en dit long sur la manière dont Rabat est désormais perçu par des partenaires situés bien au-delà de sa sphère d’influence traditionnelle en Méditerranée et en Afrique de l’Ouest.
Plusieurs éléments structurels expliquent, à mon sens, cette reconnaissance :
- Une coopération sécuritaire internationale dense, notamment avec l’Union européenne sur les questions migratoires et le renseignement
- Une architecture institutionnelle éprouvée, avec des organes comme la DGST ou le BCIJ régulièrement cités dans les rapports internationaux sur le contre-terrorisme
- Un maillage territorial des forces de l’ordre qui limite les zones de non-droit, contrairement à de nombreux voisins régionaux
- Des investissements continus dans la formation et l’équipement des services de sécurité intérieure
Un maillon supplémentaire dans une série de bons classements
Ce qui frappe surtout, c’est que ce résultat ne débarque pas isolément. Il vient s’ajouter à une accumulation de classements favorables publiés ces derniers mois, qui dessinent une image cohérente plutôt qu’un simple coup de projecteur ponctuel.
Le royaume a ainsi gagné 20 places dans l’Indice mondial de la paix 2026, publié par l’Institut pour l’économie et la paix (IEP), une organisation australienne réputée pour la rigueur de sa méthodologie. Il s’y classe 65e sur 163 pays, ce qui en fait la 7e nation africaine et la 4e du monde arabe sur ce critère. Une progression de vingt rangs en une édition n’est pas un mouvement statistique mineur, c’est le signe d’une amélioration perçue et mesurée sur plusieurs indicateurs combinés : criminalité, stabilité politique, dépenses militaires relatives, tensions internes.
D’autres classements récents ont par ailleurs souligné des progrès marocains sur des terrains connexes, notamment la cybersécurité et ce que les analystes appellent la « réputation nationale », un concept flou mais de plus en plus scruté par les investisseurs et les agences de notation qui l’intègrent indirectement dans leurs analyses de risque-pays.
Ce que cela change concrètement
Pour un pays qui mise beaucoup sur l’attractivité touristique, les investissements étrangers et l’accueil de grands événements internationaux, à commencer par la Coupe du monde 2030 coorganisée avec l’Espagne et le Portugal, ce type de classement n’est pas qu’une ligne de plus sur un communiqué officiel. Il pèse directement dans les décisions d’investisseurs institutionnels, dans les primes d’assurance appliquées aux opérateurs internationaux, et dans la perception du grand public au moment de choisir une destination de voyage ou d’affaires.
Mon avis, après avoir suivi plusieurs de ces classements sécuritaires au fil des ans : leur accumulation compte davantage que chaque publication prise isolément. Un bon score isolé peut relever d’une méthodologie particulière ou d’un biais géopolitique ponctuel. Une convergence entre plusieurs instituts, aux méthodologies et aux commanditaires très différents, chinois d’un côté, australiens de l’autre, est beaucoup plus difficile à balayer d’un revers de main.
Les limites à garder en tête
Il serait toutefois maladroit de présenter ce classement comme une validation absolue et sans nuance. Le Global Public Security Index reste un indice produit dans un cadre où la Chine occupe une position centrale, à la fois comme organisatrice du forum et comme pays arrivant en tête du classement. Une part de lecture géopolitique s’invite forcément dans l’exercice, et il serait naïf de l’ignorer complètement.
Cela ne disqualifie pas la donnée marocaine en tant que telle, mais invite à la croiser avec d’autres sources, ce que permet justement la comparaison avec l’Indice mondial de la paix, produit par un institut sans lien avec Pékin. Le fait que les deux convergent vers une tendance positive renforce la crédibilité du signal global, même si les méthodologies et les échelles ne sont pas strictement comparables.
FAQ
Le Maroc est-il vraiment le seul pays africain dans ce classement ?
Oui, selon les conclusions du Global Public Security Index 2025-2026, le Maroc est le seul pays du continent africain à figurer parmi les 20 nations jugées les plus performantes en matière de gouvernance de la sécurité publique, sur un total de 62 pays étudiés.
Quel est le score exact obtenu par le Maroc ?
Le royaume a obtenu 76,15 points sur une échelle de 100, contre une moyenne de 72,56 points pour l’ensemble des 62 pays inclus dans l’étude.
Ce classement est-il lié à l’Indice mondial de la paix ?
Ce sont deux études distinctes, produites par des institutions différentes. Mais elles convergent : le Maroc a également gagné 20 places dans l’Indice mondial de la paix 2026 de l’Institut pour l’économie et la paix, se classant 65e mondial, 7e africain et 4e dans le monde arabe.
Qui a publié le Global Public Security Index 2025-2026 ?
Le rapport a été présenté le 10 septembre lors d’une conférence de presse précédant le Forum mondial de coopération en matière de sécurité publique de Lianyungang, en Chine, et relayé par l’agence de presse d’État chinoise ECNS.